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Jubilé des Prêtres - Homélie de Mgr Harpigny

Homélie

Solennité du Sacré-Cœur de Jésus

Année de la Miséricorde

Jubilé des Prêtres

Cathédrale

3 juin 2016

Chacun fait mémoire de son itinéraire comme enfant, adolescent avec l’expérience du premier appel sérieux à devenir prêtre ou avec l’impression de plus en plus précise d’une vocation particulière. Pour l’un ou l’autre, cet appel a été de pair avec une découverte de la foi. Pour tous, il y a eu une rencontre décisive avec le Christ. Pour quelques-uns, c’est dans la vie consacrée que la vocation s’est épanouie. Pour d’autres, c’est d’abord le service du peuple de Dieu qui a été prédominant.

Le temps de formation, toujours très long, a eu des étapes. Des moments de joie ; des moments d’épreuves. Dans des lieux de formation en Belgique, en Afrique ou encore ailleurs. L’institution aux différents ministères, l’ordination diaconale et l’ordination presbytérale ont été des moments forts. Durant ce temps de formation, l’accompagnement spirituel et la célébration régulière du sacrement de la réconciliation nous ont ouvert les yeux sur nous-mêmes, sur le chemin de la conversion, sur l’accueil de la grâce qui transforme notre existence. Pour beaucoup, la découverte de la Parole de Dieu dans la Bible ; la lecture des signes des temps ; la relecture de sa propre vie à la lumière de la foi ont été des lieux où la bonté de Dieu à notre égard a été révélée. Combien de fois n’avons-nous pas été interpellés par le témoignage des saints. A chaque période de l’histoire de l’Eglise, en des temps de discernement, des femmes, des hommes ont été des facettes du Christ lumière des nations, le Christ qui manifeste la miséricorde du Père dans une société souvent blessée par le mal.

Un peu à la fois ou tout d’un coup, les textes bibliques sur l’inhabitation de Dieu en nous, le don de l’Esprit Saint qui murmure sans cesse dans notre cœur, le dessein de Dieu pour tous et donc aussi pour nous ont fortifié notre adhésion personnelle au Christ. Nous avons été invités à approfondir les récits de l’appel et les récits de l’envoi en mission.

Au cours des années de formation, l’immersion dans l’Eglise universelle, le partage de la vie avec des chrétiens, membres d’un institut de vie consacrée ou futurs prêtres diocésains, le contact lointain ou proche avec l’évêque, les stages dans plusieurs lieux de vie des chrétiens ont fait toucher du doigt en quoi consiste la vie de l’Eglise et sa mission dans la société.

Si bien que le jour de l’ordination presbytérale était vu comme un commencement, un aboutissement et un envoi. Quelques-uns d’entre nous ont été envoyés aux études ; la plupart ont reçu une première mission.

Aujourd’hui, l’expérience de l’appel à devenir prêtre, la mémoire du temps de formation et la relecture des diverses missions reçues nous ont certainement transformés en profondeur. Et s’il y a eu des moments de doute, des épreuves, des obstacles, des chutes, nous n’avons pas à rougir. C’est l’expérience de tout disciple du Christ. Quand on regarde la vie des apôtres avant la mort de Jésus, on se retrouve bien souvent dans l’un ou l’autre, et on ne perd pas confiance. Ceci pour plusieurs raisons : tout d’abord, celui qui nous appelle à sa suite est quelqu’un qui nous aime bien, il veut réellement notre bien. Ensuite, celui qui nous appelle est mort par amour pour nous. Enfin, celui qui nous appelle garde les plaies de sa souffrance, de sa passion et de sa mort. Le Pape François le rappelait ce jeudi dans son instruction aux prêtres présents à Rome : les plaies du Christ ne sont pas purulentes ; elles sont le signe de son amour pour nous. Ressuscité, vainqueur de la mort et du péché, le Christ garde les traces de son amour pour tous, pour nous. Quand nous n’allons pas bien, regardons le Christ avec les traces de son amour pour nous.

La solennité du Sacré-Cœur met cet amour en avant : le cœur de quelqu’un qui aime son peuple, un cœur qui accueille, qui écoute la souffrance, le récits des blessures, des fragilités ; le cœur de Dieu, comme l’écrit Ezékiel, qui cherche la brebis perdue, qui panse la brebis blessée, qui rend des forces à la brebis malade.

L’apôtre Paul écrit : la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime, dit Jésus, dans l’évangile de Jean. Jésus l’a dit et il l’a fait. Gardons confiance en celui qui nous appelle et qui nous envoie. Accueillons son amour et aimons-le en retour.

Comment aimer Jésus ? Il y a longtemps que nous avons été initiés à cela. Pour chacun d’entre nous, il s’agit d’un secret, cela fait partie de notre vie intime. Et nous croyons que l’amour de Dieu, demandé par un commandement de Dieu, est vrai dans la mesure où nous aimons notre prochain comme nous-mêmes. Aimer Jésus, c’est aussi aimer ses frères et sœurs. Jésus le dit régulièrement : ce que vous faites à l’un de ces petits, c’est à moi que vous le faites.

Si cela est vrai, nous savons encore mieux comment aimer Jésus, comment entrer dans l’amour de Jésus pour son Père, dans l’Esprit Saint : nous aimons Jésus qui nous fait voir dans les êtres humains, les plus fragiles, les pauvres en particulier son propre visage. Nous avons la chance que, dans notre foi, nous ne sommes pas tiraillés entre l’amour du Christ et l’amour des êtres humains. Les œuvres corporelles de miséricorde ne sont pas les seules œuvres de miséricorde. Nous connaissons les œuvres spirituelles. Elles aussi touchent tous les êtres humains. Etre vigilant, conseiller ceux qui sont dans le doute ; enseigner les ignorants ; avertir les pécheurs. Garder un esprit conciliant : consoler les affligés ; pardonner les offenses ; supporter patiemment les personnes ennuyeuses. Prier : prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

Sur ce point se vérifie notre conversion. Et quelques questions formulées il y a quelques décennies déjà trouvent une réponse simple. Le Christ nous envoie auprès de l’humanité tout entière, et pas seulement auprès des chrétiens. C’est en creusant davantage la mission de l’Eglise, en accueillant ce qui est dit sur le témoignage de tous et le ministère de quelques-uns, que nous pouvons, de temps en temps, franchir des étapes sur le chemin de la conversion.

L’un de vous disait avant-hier : quels choix faisons-nous dans notre mission pastorale ? Faisons-nous ces choix en fonction de notre disponibilité ou en fonction de ce que Dieu fait voir comme soif de sa Parole, recherche religieuse ? Je pense qu’à certains moments, on regarde s’il reste de la place dans l’agenda pour être attentifs à ceux qui cherchent Dieu. Je pense qu’il faut oser regarder non pas ce que nous estimons obligatoire, mais regarder ou être attentifs à des réalités que nous connaissons, mais que nous laissons à d’autres faute de temps. La relecture de son ministère dans la foi invite parfois à de grands changements intérieurs.

Notre mission dans la société, notre témoignage comme notre ministère, est parfois cadenassée par des slogans. On parle beaucoup de chocs de cultures, de replis sur soi, de fondamentalismes, de radicalisation, en prenant comme modèles des actes de terroristes. Une étude plus précise nous fait voir que nous n’assistons pas à un choc des cultures, à des chocs entre des religions, mais que nous sommes confrontés à l’ignorance de tout ce qui est spirituel, religieux, tout ce qui a trait à la relation personnelle avec Dieu. Je ne vais pas revenir à ce que j’ai dit à la vigile de Pentecôte. Je fais simplement allusion à l’expérience de ceux et celles qui, parmi les adultes et les adolescents, demandent le baptême. Ces personnes cherchent Dieu, sont aimées par le Christ, accueillent l’Esprit Saint, mais ne savent pas toujours mettre des mots sur leur expérience, comment témoigner de la foi, rendre compte de l’espérance qui les habite.

Dans nos rapports avec les enfants et les jeunes, il nous arrive de parler du Christ, et c’est très bien évidemment. Nous savons que ce n’est pas suffisant. Nous avons à susciter, faire naître, une relation personnelle avec le Christ, comme beaucoup ou peu de personnes l’ont fait avec nous, pour nous. C’est dans cette relation avec le Christ qu’on découvre son Corps qui est l’Eglise. Heureux ceux qui saisissent dans la foi qu’ils sont membres d’un peuple qui, avec le Christ comme Tête, sont sacrement, signe et moyen de l’union intime avec Dieu, signe et moyen de l’unité du genre humain. Et sur cet aspect de notre ministère, n’oublions pas lettre que le Synode des jeunes nous a envoyée le 19 mars 2016.

C’est comme prêtres sur le chemin de la conversion et appelés à la sainteté que nous allons franchir la porte sainte de l’année de la miséricorde. Passons par la porte qu’est le Christ. Comme il l’a demandé : devenons miséricordieux comme le Père.

Avant de passer par la porte sainte, nous allons chanter la litanie du Sacré-Cœur, féliciter les prêtres qui fêtent un Jubilé en 2016 et renouveler les promesses sacerdotales.

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai

 

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