Homélie de la Veillée Pascale 2015 en la Cathédrale

Maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : 

Il vous précède en Galilée.

Là vous le verrez,

Comme il vous l’a dit (Evangile de Marc 16, 7)

Voilà ce que dit un jeune homme vêtu de blanc assis à droite dans le tombeau, où Jésus avait été enseveli.

Les textes du Nouveau Testament n’arrêtent pas de manifester que la Pâque de Jésus s’inscrit dans les Ecritures, afin de souligner combien elle prend sens dans le dessein de Dieu sur toute l’humanité.

Jésus lui-même, au cours de son ministère public et, en particulier, durant les jours qui précèdent sa passion et sa mort, n’a pas cessé de rappeler que les Ecritures devaient s’accomplir. D’où la formule du jeune homme vêtu de blanc dans le tombeau : comme il vous l’a dit.

Il est par conséquent normal que la liturgie nous immerge dans beaucoup de textes de l’Ancien Testament pour que nous puissions faire un lien entre la Pâque de Jésus et le dessein de Dieu. C’est de cette manière que nous pouvons saisir que la Pâque de Jésus inaugure une étape nouvelle de l’humanité, tout en accomplissant la promesse faite par Dieu à son peuple, depuis les origines de l’humanité.

La Pâque de Jésus inaugure une étape nouvelle de l’humanité.

C’est ce que nous avons célébré dans la liturgie du feu et de la lumière.

Souvenons-nous de ce que nous avons chanté :

Voici la nuit, la sainte nuit qui s’illumine.

Et rien n’existe hormis Jésus,

Hormis Jésus où tout culmine.

En s’arrachant à nos tombeaux,

Dieu conduisait au Jour nouveau

La terre où il était vaincu.

Ensuite, nous avons chanté le Christ, lumière du Père, lumière du monde, lumière de la vie.

L’annonce de la Pâque nous a invités à louer la splendeur du Père, Jésus, Fils de Dieu.

Nous entrons dans un monde nouveau, une création nouvelle dans laquelle la mort n’a plus aucun avenir.

Après la liturgie du feu et de la lumière, nous avons écouté les récits de la promesse qui parcourt le dessein de Dieu depuis les origines :

-          Le récit de la création : en célébrant la création, nous célébrons la merveille plus grande encore de la création nouvelle jaillie de la résurrection du Christ et du don de l’Esprit Saint

-          Le récit de l’Exode, le passage de la Mer Rouge : en commémorant la Pâque des Hébreux, nous reconnaissons la merveille de la Pâque nouvelle, la victoire du Christ ressuscité sur les puissances du mal et de la mort

-          La parole du prophète Isaïe, qui parle au nom de Dieu : Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle. Le Christ donne son sang en signe de l’alliance nouvelle et éternelle

-          La parole du prophète Baruch, qui parle au nom de Dieu : Ecoute, Israël, les commandements de vie, prête l’oreille pour acquérir la connaissance. Le Christ est la Sagesse apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes. Grâce au Christ, nous connaissons ce qui plaît à Dieu

-          La parole du prophète Ezékiel, qui parle au nom de Dieu au peuple de Juda déporté à Babylone au temps de Nabuchodonosor : Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu

     Cette rétrospective, cette promesse trouve un premier accomplissement avec la venue du Fils de Dieu en ce monde, lorsqu’il a pris chair de notre chair, en étant enfanté de la Vierge Marie à Bethléem. Conçu de l’Esprit Saint, né de la Vierge Marie, Jésus, le Fils de Dieu, lumière née de la lumière, est accueilli par la foule immense des anges qui chantent la gloire de Dieu. L’incarnation du Fils de Dieu est le commencement du monde nouveau, qui entraîne la création tout entière à louer Dieu au ciel et sur la terre.

L’apôtre Paul a, dans ses lettres, annoncé le changement radical manifesté dans la Pâque du Christ. Ce qui s’est produit dans le Christ, la mort ignominieuse sur la Croix, l’ensevelissement au tombeau et sa résurrection d’entre les morts n’est pas une exception dans l’histoire de l’humanité. Le Christ est le premier-né d’une multitude. Si le Christ est ressuscité, nous aussi, grâce à lui, en lui, nous sommes ressuscités.

Paul n’arrêtera pas de montrer que nous ressuscitons avec le Christ, en participant de manière mystérieuse mais bien réelle à la Pâque de Jésus. Pour un homme qui parle grec, le mot mystère signifie sacrement en langue latine. Nous participons, de manière mystérieuse, de manière sacramentelle, à la Pâque du Christ, sa mort et sa résurrection, en étant plongés dans la mort avec Jésus pour ressusciter avec lui, lorsque nous sommes baptisés. Ceci nous transforme de manière fondamentale : Nous le savons : l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps de péché soit réduit à rien, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché (…). Car lui qui est mort, le Christ, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

Faisant foi à ce que le Nouveau Testament nous enseigne sur le lien mystérieux mais réel de notre participation à la Pâque du Christ, nous pouvons entrer dans la liturgie baptismale.

Par le baptême, nous mourons à tout ce qui entraîne la mort, le mal et le péché ; par le baptême, nous recevons le pardon des péchés et nous sommes transformés au plus profond de nous-mêmes, nous naissons de manière mystérieuse, sacramentelle, à la vie éternelle, une vie qui comprend la résurrection de notre corps. Nous devenons, dans le Fils unique, ressuscité des morts, des fils adoptifs du même Père, de Dieu le Père.

Dans les textes du Nouveau Testament, nous trouvons l’accomplissement de la promesse de Dieu annoncée par le Prophète Ezékiel : Je mettrai en vous un esprit nouveau. Nous trouvons l’accomplissement de la promesse faite par Jésus à ses disciples : Vous allez renaître de l’eau et de l’Esprit Saint.

Ce don de l’Esprit est déjà manifesté au moment de la célébration du baptême, et il est encore manifesté au moment de la célébration de la confirmation.   

Recevez donc la force du Saint-Esprit promise par le Christ.

Elle vous rendra plus semblables au Christ.

Vous deviendrez de réels témoins de sa mort et de sa Résurrection,

Et vous serez des membres vivants de l’Eglise.

Ainsi grandira le Corps du Christ dans la foi et dans la charité.

Baptisés, confirmés, nous sommes incorporés au Christ, dans sa Pâque. Lui, l’agneau pascal, qui a été immolé, il est l’agneau véritable qui a enlevé le péché du monde ; en mourant, il a détruit notre mort ; en ressuscitant, il nous a rendu la vie.

Déjà, au dernier repas, la veille de sa mort, Jésus a livré son corps pour nous ; il a donné son sang versé pour nous et pour la multitude. Il a demandé de faire cela en mémoire de lui.

Après sa résurrection, Jésus s’est fait reconnaître à la fraction du pain.

En participant à la liturgie de l’eucharistie, nous communions au Corps et au Sang du Christ ; nous devenons le Corps du Christ, qu’est l’Eglise, l’assemblée de tous ceux qui sont appelés et envoyés par le Seigneur pour faire de toutes les nations des disciples. Nous partageons le pain de la Pâque, en communiant déjà aujourd’hui aux noces de l’Agneau dans le Royaume.

Aussi, l’invitation du jeune homme vêtu de blanc, assis à droite dans le tombeau où Jésus avait été enseveli, résonne-t-elle autrement cette nuit :

 

Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ?

Il est ressuscité : il n’est pas ici.

Voici l’endroit où on l’avait déposé.

Et maintenant,

Allez dire à ses disciples et à Pierre :

Il vous précède en Galilée.

Là vous le verrez,

Comme il vous l’a dit.

Le Ressuscité nous précède sur les routes du monde. C’est là que nous le verrons.

+ Guy Harpigny,

Evêque de Tournai

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    Diocèse de Tournai
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