La Pastorale Couples et Familles aborde le phénomène No-Kids
Le phénomène No-Kids, autrement dit le non-désir d’enfant, était au cœur de la journée du 7 février 2026 organisée par la Pastorale Couples et Familles à Mesvin. Un moment de réflexions, de partages et d’intériorité pour accueillir cette nouvelle réalité qui touche de plus en plus les couples qui demandent le mariage à l’Église.
« Le premier frein, c’est l’accès au logement », commence Marie Gralzinski, responsable du service Couples et Familles du diocèse de Tournai lors de sa présentation. Celle-ci était inspirée de l’intervention de Véronique Longchamps lors de la dernière Commission Interdiocésaine Famille et Société, en novembre 2025 et du livre Une vie sans enfant : Un bonheur est possible d’Isabelle Tilmant. « Il y a aussi la charge mentale, les alternatives de garde des enfants (les grands-parents travaillant encore et ne pouvant plus garder les enfants), la création ces dernières années de complexes ou restaurants sans enfant, l’éco-anxiété, … » Bref, la liste des raisons qui poussent les couples à ne pas vouloir d’enfant est longue.
Le non-désir d’enfant est pourtant un sujet assez récent. En effet, au siècle passé ainsi qu’aux siècles précédents, les femmes s’intégraient dans la société par leur rôle de mère. Aujourd’hui, la société a bien changé et a bousculé cette injonction pour pousser les femmes à trouver une autre voie que la maternité pour se définir. On peut citer comme exemple les nombreux comptes sur les réseaux sociaux de femmes qui promeuvent une vie où l’on privilégie la carrière professionnelle ou les projets de voyage partout dans le monde, délaissant totalement la question de l’accueil d’un enfant. Dans celle-ci, se cachent par ailleurs deux réalités distinctes : le désir d’enfant (qui est une projection de l’enfant qu’on aimerait avoir) et le projet de parentalité (qui tient compte des aspects pratiques et réalistes de l’accueil d’un enfant dans un couple). La question est donc plus complexe qu’on ne le croit au premier abord.
Il ne faut pas voir uniquement le changement de la société comme un problème néfaste pour le genre humain. En réalité, les couples d’aujourd’hui ont davantage que leurs aînés la liberté de choisir leur parentalité plutôt que de la subir. La liberté de ce choix (que les générations précédentes avaient peu avant l’invention de la contraception) engendre une parentalité plus réfléchie et responsable. Loin de fuir la parentalité, beaucoup de jeunes couples choisissent de prendre le temps de consolider leur relation avant d’accueillir un enfant, ce qui ne peut être que positif pour la construction de leur future famille.
La liberté et l’inattendu
« Il faut se laisser surprendre par l’inattendu », a souligné Mgr Rossignol, évêque de Tournai. Mgr Bordeyne, prêtre et théologien et président de l’Institut pontifical de théologie Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, va même plus loin dans sa prise de parole filmée en novembre 2025 lors de la Commission Interdiocésaine Famille et Société rassemblant les acteurs des différents diocèses francophones de la préparation au mariage : « Un couple se doit d’accueillir l’imprévu. S’il ne le fait pas, il risque de ne pas tenir sur la durée. »
Mgr Rossignol a aussi rappelé que la fécondité n’est pas uniquement liée au fait de donner naissance à des enfants mais qu’elle est liée aussi à la générosité. Sinon, les religieux ne pourraient pas être féconds et ce n’est pas juste de penser ainsi. La générosité, c’est l’apprentissage de la gratuité, d’être là pour l’autre sans attendre rien en retour. « Ce n’est pourtant pas naturel d’accueillir l’inattendu et la gratuité » conclut-il.
« Quand on a un problème, on a des zones de non-problèmes. Pourquoi ne pas regarder de ce côté plutôt que de se focaliser sur le problème ? On peut par exemple se concentrer sur l’ouverture des couples aux autres », dit Mgr Bordeyne. Une phrase qui a touché plusieurs participants tant le monde dans lequel les chrétiens évoluent tend à mettre en avant les aspects négatifs plutôt que positifs. La générosité est pourtant toujours présente chez les couples, même si elle ne prend pas la même forme que chez la génération précédente, et c’est une valeur qu’il ne faut pas hésiter à creuser avec les fiancés. Elle met en lumière la portée sociale du couple qui peut être aussi fécond sans forcément avoir d’enfant.
Quelques pistes ont également été abordées pour répondre à cette thématique : l’existence d’une maison pour les familles (notamment à Bruxelles), la mise en place de l’entraide ecclésiale (avec des mouvements comme Vivre et Aimer, les équipes Notre-Dame ou Tandem), l’aménagement de coin enfant dans les églises (pour créer un espace pour accueillir les familles et futures familles), les Souper Toi et Moi, … Mgr Bordeyne a proposé aussi l’exemple du Centre de la Famille à Trévise, en Italie, regroupant des formations étendues sur trois ans passant de la conjugalité à la fécondité en finissant par la portée sociale du couple afin de donner l’opportunité aux étudiants suivant cette formation d’approfondir leur connaissance d’eux-mêmes, de leur couple et de prendre conscience de leurs qualité et leurs faiblesses.
Des propositions variées
« Je crois beaucoup à l’échange synodal », avoue Mgr Bordeyne lors de son intervention filmée. En cohérence avec sa prise de parole, la démarche synodale était proposée pour intégrer les différents enseignements de la matinée. Par petits groupes, les participants ont pu mêler leur vécu aux interventions entendues. Ils sont même allés plus loin en approfondissant les attitudes, postures ou chemins d’accompagnement que l’Église devrait avoir tout en questionnant leur vécu pour l’améliorer. Une posture d’écoute pas toujours facile à tenir pour les plus bavards et pourtant très enrichissante, où chacun est écouté et compris avant de laisser place à la réaction que provoque tel ou tel partage d’expérience.

Différents ateliers étaient proposés l’après-midi pour continuer à nourrir les personnes présentes à cette journée. Pour les chercheurs de sens, un cours sur la sacramentalité dans le mariage était proposé par le directeur de l’Institut Supérieur de Théologie du Diocèse de Tournai (ISTDT), Patrick Willocq, avec un arrêt particulier sur la question de l’enfant et de la sexualité humaine dans l’histoire de la théologie. Pour les esprits pratiques, deux propositions d’animation à reproduire étaient proposées sur les thèmes de la connexion dans le couple et l’approfondissement de l’hymne à la charité (1 Co 13,4-7), une lecture souvent appréciée par les fiancés. Pour ceux qui veulent réfléchir sur l’accompagnement au mariage, un atelier était donné par Myriam Denys, responsable du service Couples et Familles dans le Vicariat du Brabant wallon, pour aborder l’importance des couples accompagnateurs, très présents dans son vicariat.
La journée de formation porte bien son nom car elle fut intense en questionnement et en réflexions. Le soleil était lui aussi de la partie, poussant quelques personnes à faire un tour dans le jardin de Mesvin pour profiter de ses rayons, se ressourcer ou simplement faire résonner intérieurement les paroles entendues. Mgr Bordeyne conclut parfaitement cette journée destinée à toutes les personnes concernées de près ou de loin par l’accompagnement des fiancés vers le mariage : « Le but de la préparation au mariage, c’est de pouvoir faire prendre du recul aux fiancés pour les rendre plus libres de choisir véritablement l’autre. »
Anaïs Marescaux























