Tolérance zéro pour les abus sexuels
L’Église catholique en Belgique poursuit intensément son combat engagé il y a trente ans avec un nouveau plan d’action.
Le mardi 3 mars 2026, la chaîne Canvas diffuse «Brief aan de paus» (Lettre au pape), qui fait suite à la série Godvergeten. L’archevêque Luc Terlinden a collaboré à ce documentaire en tant que référent pour les abus sexuels dans l’Église catholique belge.
Mgr Terlinden: «Tout abus est inacceptable. Et l’Église a failli dans le passé en ce qui concerne les abus sexuels en son sein. Je l’ai déjà dit et je le répète dans l’émission. L’Église aurait dû sans hésitation et sans réserve défendre les victimes et lutter contre tout abus par tous les moyens possibles. Mais cela n’a hélas pas suffisamment été le cas, par incrédulité, par sous-estimation du problème ou encore pour préserver la bonne réputation. À plusieurs reprises, nos évêques ont présenté leurs excuses à ce sujet. Ils ont reconnu les souffrances endurées à vie par les victimes et leur ont exprimé leur sincère compassion. Nous continuerons à le faire et à assumer nos responsabilités.»
On donne parfois l’impression que, pendant toutes ces années, l’Église n’a pas fait grand-chose, voire rien, pour concrétiser cette compassion. S’il demeure chez certaines victimes l’impression que l’Église n’en a pas fait assez, celle-ci a pourtant pris, depuis 1997 et surtout depuis 2010, toute une série d’initiatives pour reconnaître les victimes de faits prescrits au regard de la justice, œuvrer à la prévention et sanctionner les auteurs.
Trente ans de changements et d’actions
Le tournant décisif s’est produit il y a trente ans, à la suite de l’affaire Dutroux. En 1997, l’Église catholique de notre pays a créé deux points de contact pour signaler les abus sexuels dans le cadre d’une relation pastorale. En janvier 2000, une commission a été mise en place pour traiter les plaintes, sous la direction d’un magistrat indépendant. Les plaintes ont été examinées et ont abouti entre autres à une compensation financière pour les victimes. En 2010, une nouvelle commission a été instituée sous la direction du professeur Adriaenssens, pédopsychiatre.
Au lendemain du scandale autour de Roger Vangheluwe, une commission parlementaire spéciale a été créée en 2010, qui a formulé toute une série de recommandations dans son rapport final. Toutes les propositions émises par la commission dans son rapport final de 2011 ont été intégrées au programme des évêques, qui l’exécutent intégralement encore aujourd’hui.
La principale recommandation adressée à l’Église était la création d’un centre d’arbitrage. L’objectif était que les victimes d’actes prescrits par la justice puissent également être entendues, reconnues et, si elles le souhaitaient, obtenir une compensation financière. Le montant des indemnités a été aligné sur la pratique des tribunaux, ce qui a permis d’instaurer une égalité de traitement entre les faits prescrits et non prescrits.
Sur proposition du Parlement, les victimes ont pu se manifester jusqu’à fin 2012. Les points de contact de l’Église ont ensuite continué à fonctionner selon les mêmes principes. À ce jour, près de 1 600 signalements ont été enregistrés: 628 via l’arbitrage et 963 via les points de contact de l’Église (chiffres au 30 juin 2025). 972 victimes ont actuellement été reconnues et indemnisées. Au total, l’Église catholique de notre pays a versé jusqu’à présent (fin février 2026) neuf millions d’euros aux victimes.
Cadre légal général
Après la diffusion de la série Godvergeten, de nouvelles commissions parlementaires ont été créées. L’une des principales recommandations formulées dans leurs rapports finaux (2024) est la mise en place d’un cadre légal général pour toutes les victimes d’abus sexuels.
Mgr Terlinden: «L’Église catholique soutient pleinement cette proposition et nous l’avons déjà répété à plusieurs reprises au gouvernement. L’Église demande l’égalité de traitement pour toutes les victimes d’abus sexuels. Après-demain, mercredi 4 mars, j’aurai d’ailleurs une discussion à ce sujet avec la ministre Verlinden, en présence de victimes.»
Sur la base des nombreux entretiens menés avec les victimes et reconnaissant leur besoin urgent de soins psychologiques, l’Église a décidé d’offrir une aide supplémentaire de 3000 euros à chaque victime reconnue par l’Église pour des faits prescrits par la justice, afin de rendre les soins psychothérapeutiques plus accessibles, dans l’attente du cadre définitif établi par les pouvoirs publics. Depuis son annonce en octobre 2025, plus de 550 survivants ont demandé et reçu cette aide.
La tolérance zéro envers les abus est la norme, telle qu’énoncée dans diverses brochures publiées par l’Église et dans le Code de conduite pour les personnes travaillant dans un contexte pastoral. Les faits récents ou graves qui surviennent aujourd’hui sont traités avec fermeté et font l’objet d’une obligation de signalement. Le parquet est informé, l’auteur présumé est suspendu et des mesures préventives supplémentaires sont prises. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi à Rome en est également informé systématiquement et une enquête canonique est ouverte.
Un Conseil de supervision multidisciplinaire a également été créé en 2016. Il rend des avis tant sur le sort des auteurs de faits prescrits que sur celui des auteurs condamnés après l’exécution de leur peine, ainsi que sur les tâches qu’ils pourraient, le cas échéant, encore accomplir. Pour Roger Vangheluwe, les évêques ont insisté à plusieurs reprises depuis 2010 pour qu’une peine plus sévère lui soit infligée. En mars 2024, le pape François a ordonné son retour à l’état laïc.
Dans le cadre de la lutte contre les abus sexuels au sein de l’Église catholique, une coordinatrice nationale a été nommée au printemps 2025 en la personne de Jessika Soors. Elle coordonne et met en œuvre de manière autonome la politique de l’Église catholique en la matière. Elle a pris contact avec de nombreux acteurs sur le terrain et plusieurs journées de rencontre avec des survivants ont été organisées.
Nouveau plan d’action
En décembre 2025, Jessika Soors a présenté le nouveau plan d’action contre les abus sexuels au sein de l’Église. L’accent est mis sur les réformes structurelles, une prévention efficace et la participation des victimes.
Le plan place les victimes au centre. Elles ont été associées à son élaboration et auront leur mot à dire dans sa mise en œuvre. Une collaboration avec Moderator asbl, forum pour la justice réparatrice et la médiation, est en cours de développement. Les victimes sont automatiquement informées de leurs droits et des possibilités d’aide. Une offre accessible de groupes de parole entre pairs sera mise en place pour les victimes. Un accompagnement spirituel sera également proposé aux victimes qui en ressentent le besoin.
Dans chaque diocèse et pour les coupoles francophones et néerlandophones des congrégations et ordres religieux, un coordinateur local veille à la mise en place d’une approche préventive de qualité. Tous les collaborateurs et bénévoles suivent une formation obligatoire sur l’intégrité, les limites, le travail sensible aux traumatismes et la reconnaissance des signes d’abus.
La politique d’intégrité est renforcée par une obligation de signalement pour les collaborateurs faisant l’objet d’une enquête pénale ou d’une condamnation. La numérisation du ‘célebret’, le document qui autorise un prêtre à célébrer l’Eucharistie, est un outil de sécurité supplémentaire qui garantit que seuls les prêtres n’ayant fait l’objet d’aucune plainte ou condamnation peuvent exercer leur ministère.
Les initiatives commémoratives existantes organisées pendant la période du 18 novembre, Journée des Nations Unies pour les victimes d’abus sexuels, sont complétées par une offre non liturgique. Les victimes peuvent participer à la conception de ces moments et lieux de commémoration.
Une procédure de dénonciation doit faciliter le signalement des soupçons d’abus par les témoins, sans crainte de mesures qui pourraient affecter le dénonciateur lui-même.
Une procédure uniforme sera mise en place pour archiver tous les documents et dossiers pertinents relatifs aux abus.
Mercredi matin 4 mars 2026, une nouvelle réunion aura lieu avec la ministre Annelies Verlinden au sujet de la mise en œuvre des recommandations des commissions parlementaires de 2024 sur les abus sexuels dans l’Église. Outre une délégation de victimes, l’archevêque Luc Terlinden et la coordinatrice nationale Jessika Soors y participeront également.
02/03/2026
Service de presse et d’information de la Conférence des Évêques de Belgique
Toutes les informations sur la manière de signaler les abus commis au sein de l’Église catholique en Belgique se trouvent sur cette page, ainsi qu’un aperçu de toutes les mesures déjà prises par l’Église catholique en Belgique dans la lutte contre les abus sexuels.

















