Regards missionnaires croisés sur le Vietnam

Regards missionnaires croisés sur le Vietnam

Dans le cadre de sa campagne de Carême pour les missionnaires, Aide à l’Église en Détresse a invité Mgr Rossignol et l’abbé Antoine Nguyen Thai Tai pour un échange au séminaire de Tournai.

L’asbl Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient les chrétiens persécutés dans le monde et est actuellement active dans 23 pays. Par l’information, la prière et l’action, l’association vient en aide aux prêtres et aux Églises locales. Chaque année, elle organise une campagne de Carême. En 2026, l’association a voulu que prières et solidarité se tournent vers les missionnaires. C’est ainsi que le 4 mars dernier, deux missionnaires aux destins croisés se sont retrouvés pour évoquer leur expérience et leur regard sur la mission.

D’un côté, Mgr Frédéric Rossignol, 101e évêque de Tournai mais qui avant cette nomination a vécu 16 ans au Vietnam comme membre de la Congrégation du Saint-Esprit et y a exercé de nombreuses responsabilités. De l’autre, l’abbé Antoine Nguyen Thai Tai, né à Hanoï et arrivé en Belgique… il y a près de 16 ans! Après des études de théologie au séminaire de Namur et son ordination sacerdotale en 2016, il est devenu responsable de la pastorale des jeunes du doyenné de Gaume.

Avec beaucoup d’humour, Mgr Rossignol a d’abord pris la parole en vietnamien… pour laisser l’abbé Antoine assurer la traduction simultanée en français! Mais c’est avec une grande attention que l’assemblée a ensuite découvert ces deux expériences de mission.

Des réalités très différentes

Pour le nouvel évêque de Tournai, l’Église est missionnaire par essence, et de tous temps des gens ont accepté de partir en mission. Aujourd’hui, l’Europe accueille à son tour de nombreux laïcs et consacrés venus de l’étranger. «C’est important de s’intéresser aux autres et de croire qu’ils peuvent nous apporter quelque chose, être sources de richesse.»

Mgr Rossignol a décrit un Vietnam très différent du monde occidental. La société est en effet plus liée au groupe qu’à l’individu et la cohésion sociale y est une valeur primordiale. La foi, nourrie par la prière, les chants et la tradition, est elle aussi très communautaire quand en Occident on est parfois plus dans l’introspection. Une vision que confirme l’abbé Nguyen Thai Tai: «La foi est nourrie dans la famille; c’est ce qui a amené ma propre vocation.»

S’il existe de grandes différences culturelles entre l’Europe et l’Asie, des phénomènes similaires peuvent toutefois être observés. Comme par exemple une forte sécularisation, liées à l’expansion du modèle urbain. «On voit ce mouvement au Vietnam, mais il est beaucoup plus rapide qu’il ne l’a été ici», constate l’évêque de Tournai. Aujourd’hui, presque tous les jeunes quittent les campagnes pour intégrer le monde ouvrier ou pour étudier en ville. Des villes dans lesquelles les traditions, et la foi, se perdent.

Un esprit d’ouverture à l’autre

Après avoir longuement insisté sur l’importance de la formation dans le parcours du chrétien, notamment pour les jeunes qui se tournent vers l’Église et arrivent vierges de préjugés mais aussi de connaissances basiques de la foi, Mgr Frédéric Rossignol a relevé combien le regard porté sur la foi et la religion diffèrent entre Belgique et Vietnam. «Là-bas, elles sont considérées comme un ‘plus’ dans la société alors que chez nous elles sont vues comme un carcan qui limite la liberté des gens.»

Pour les deux intervenants, c’est avec ouverture et positivité qu’il faut aller vers les autres. Avoir un regard négatif sur les personnes vers qui on va ne fera pas de bons missionnaires. «Dieu ne nous juge pas sur nos défauts mais part de ce qui est bon en nous», dit l’un. «Les préjugés qu’on peut avoir avant de rencontrer l’autre ‘coupent’ la relation; il faut aborder l’autre sans préjugés et privilégier avant tout la relation humaine», dit l’autre.  

Appel aux dons

La rencontre tournaisienne à l’occasion de cette journée missionnaire consacrée au Vietnam a aussi permis aux représentants de l’asbl Aide à l’Église en Détresse de faire appel à la générosité des chrétiens soucieux du sort de leurs frères et sœurs persécutés dans le monde.

«10% des prêtres du monde sont soutenus par les offrandes de messes d’AED», a souligné Mgr Herman Cosijns, conseiller ecclésiastique de l’association. D’où l’importance de trouver des donateurs. «Nous sommes une Église universelle. Nous sommes responsables les uns des autres. Aide à l’Église en Détresse est un moyen. C’est un signe de l’Amour de Dieu…»

A. Michel 

Pour en savoir plus ou faire un don, rendez-vous sur le site d’AED

© Copyright - ASBL Evêché de Tournai