Le jeûne alimentaire
Intermittent ou total, sec ou hydrique, le jeûne alimentaire a régulièrement fait parler de lui ces dernières années en raison de ses bienfaits sur la santé… Mais outre cette étiquette «d’habitude de vie saine», il constitue surtout l’un des 3 piliers du Carême avec la prière et l’aumône.
Chaque année, nous jeûnons presque par automatisme, mais nous demandons-nous encore quels sont les enjeux derrière cette pratique? Et si nous relisions cette année cet acte de manière consciente?
Pourquoi jeûner?
Si le jeûne alimentaire est bien connu pour être un exercice de bien-être du corps, il est aussi perçu par certains comme une privation volontaire de nourriture pour se libérer du superflu et ainsi donner plus de place à Dieu dans sa vie, et comme une démarche ascétique pour se rapprocher du Seigneur.
Pour d’autres, c’est avant tout en soignant sa relation avec soi-même que l’on soigne sa relation à Dieu: le jeûne se conçoit alors comme une libération intérieure avant d’être une privation. Jeûner, c’est s’unir à Dieu en récupérant le temps généralement monopolisé par un repas pour apprendre à mieux Le connaître ou Le reconnaître et penser à l’Alliance.
«Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.» (Jn 6,35)
Le jeûne alimentaire pratiqué habituellement le Mercredi des Cendres ou le Vendredi saint n’est donc pas un objectif en soi, mais plutôt un chemin pour se préparer à la Résurrection du Christ. Ce jeûne, que le Pape Léon XIV nous encourageait dans son message de Carême 2026 à vivre dans la foi et l’humilité, a donc pour but de nous donner soif et faim de Dieu et de sa Parole en nous éloignant de l’accessoire et en nous ramenant à l’essentiel.
«Mais Jésus répondit: «Il est écrit: L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» (Mt 4,4)
Jeûner par solidarité
Alors qu’1 personne sur 11 souffre de la faim dans le monde et que le nombre de personnes en situation de famine a doublé entre 2022 et 2023 sur le globe, l’on estime à l’échelle planétaire qu’un tiers de la production alimentaire n’est jamais consommé, soit 1,3 milliard de tonnes de nourriture perdue ou gaspillée. Embargos, politiques de soutien des prix nationaux, déséquilibres entre offre et demande, ou exigences en termes de calibrage des produits, notamment, sont autant de raisons qui font croître la faim sur la planète alors même nous produisons actuellement suffisamment pour nourrir 12 milliards de personnes.
Jeûner cette année, c’est donc aussi faire le choix conscient d’aller à contre-courant dans un monde où le gaspillage n’a d’égal que le profit.
«Vous tous, enfin, vivez en parfait accord, dans la sympathie, l’amour fraternel, la compassion et l’esprit d’humilité.» (1P 3,8)
Repenser ses habitudes alimentaires
Le jeûne alimentaire nous permet aussi, comme nous le savons, de reprendre la maîtrise de nos habitudes alimentaires afin d’être plus près de Lui. Cependant, il ne faudrait pas pour autant aller jusqu’à rejeter des aliments qui sont un don de Dieu et que nous devrions recevoir avec reconnaissance. Remercions-nous toujours le Seigneur pour ces aliments qu’il nous offre et les ressources nécessaires à la préparation de nos repas? Réfléchissons-nous d’ailleurs aux ressources en question? Utilisons donc plutôt ce jeûne alimentaire pour questionner nos habitudes alimentaires de façon générale au sein de la Création…
«Or tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n’est à rejeter si on le prend dans l’action de grâce, car alors, cela est sanctifié par la parole de Dieu et la prière.» (1 Tm 4,4-5).
Au-delà de sa dimension mystique, le jeûne peut nous permettre de prendre un moment pour songer à l’impact que notre alimentation a également sur la planète. Car la production de nourriture nécessite de grandes quantités d’eau, d’énergie et de terres agricoles. Et cette production contribue aussi aux émissions de gaz à effet de serre. Ainsi gaspiller un aliment, c’est aussi gaspiller toutes les ressources naturelles mobilisées pour sa production et ignorer le cri de notre terre dont nous voyons le jour de dépassement des ressources avancer d’année en année (29 décembre en 1970 et récemment 24 juillet en 2025).
En Belgique, un citoyen moyen gaspille environ 345kilos de nourriture par an, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). La Belgique est, ce faisant, l’un des pays européens les plus gaspilleurs en matière alimentaire, dès lors que la moyenne européenne tourne autour des 130kg/an.
Dans la mesure où ces pertes concernent l’ensemble de la chaîne d’alimentation (production, transformation, distribution, restauration et consommation), il nous est difficile à notre échelle de lutter contre ce gaspillage alimentaire. Néanmoins, il ne nous est pas impossible de réduire au sein de nos ménages ce gaspillage à l’heure où près d’1 Wallon sur 2 jette des restes de repas au moins une fois par semaine. En ce Carême 2026, et même après, pensons à l’impact que notre consommation peut avoir sur la Création.
«Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples: Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde.» (Jn 6,12)
Des solutions pour consommer de manière consciente :
- Préférer les légumes moches et les paniers anti-gaspi lorsqu’on fait ses courses
- Revenir à du «fait maison» et privilégier des repas simples plutôt que des plats transformés
- Réutiliser les restes de manière créative (une courgette peut se manger crue en salade, cuite dans un plat ou même en dessert et constitue un bon épaississant pour des soupes par ex.)
- Ne pas aller faire ses courses le ventre vide car l’on achète souvent plus et de l’alimentation plus riche que nécessaire
- Faire de temps en temps un inventaire de son surgélateur, de son frigo ou de ses placards afin d’éviter les doublons inutiles
- Opter pour des recettes vide frigo
- Et envisager d’utiliser les épluchures et les fanes 🥕
Désormais plus sensible au jeûne alimentaire? Pour soi, pour les autres, pour Dieu ou pour notre maison commune, quelles seront vos raisons de jeûner?
Pour aller plus loin…
- 24 juillet 2025: jour du dépassement, consulté sur le site d’Agir pour la transition-ADEME, 31/10/2025, consulté le 08/03/2026.
- Des chiffres de la faim invariablement élevés pendant trois années consécutives sur fond d’aggravation des crises partout dans le monde: un rapport des Nations Unies, consulté sur le site de la FAO, 24/07/2024, consulté le 08/03/2026.
- Jeûne intermittent et jeûne chrétien, consulté sur le site des Ermites de saint Benoit, 10/03/2021, consulté le 08/03/2026.
- Les 5 conseils de l’AFSCA pour lutter contre le gaspillage alimentaire, consulté sur le site de l’AFSCA, 26/09/2022, consulté le 08/03/2026.
- Stop au gaspillage alimentaire, consulté sur le site de INBW, consulté le 08/03/2026.
- Businaro S., Jeûner, est-ce bon pour la santé? Les bienfaits et les limites du jeûne dans « La Grande Forme », consulté sur le site de la RTBF, 15/01/2021, consulté le 08/03/2026.
- Catel O., Jeûner avec la bible, Paris, Cerf, 2025, 120 p.
- Ghijselings A., L’objectif d’un monde sans faim semble plus que jamais hors d’atteinte, consulté sur le site du CNCD, 26/09/2023, consulté le 08/03/2026.
- Hutchinson J., Jeûner: une pratique-clé pour la vie chrétienne?, consulté sur le site de l’Institut Biblique de Bruxelles, 22/06/2020, consulté le 08/03/2026.
- Kouepou J., Le jeûne, consulté sur le site de La Croix, 20/02/2026, consulté le 08/03/2026.
- Léon XIV, Message du Saint-Père Léon XIV pour le Carême 2026, 13/02/2026, consulté sur le site du Vatican, consulté le 08/03/2026.
- Pasquier G., Carême 2025: 5 choses à savoir sur la pratique du jeûne, consulté sur le site de La Croix, 14/02/2024, consulté le 08/03/2026.
Le jeûne d’écran
Le jeûne est une invitation à mieux entendre la parole de Dieu. Travail, recherches, loisirs, les écrans font partie intégrante de nos vies. Pratiques, ils facilitent ou égaient notre quotidien mais ils peuvent aussi nous monopoliser. Dans notre société ultraconnectée, quelle place nous laissons-nous pour mieux accueillir Sa parole, se mettre en relation avec les autres ainsi qu’avec la Création?
Après la publication d’un rapport récent classant les Philippines au 2e rang mondial en termes de temps passé en ligne, la Conférence des évêques des Philippines (CBCP) a invité les fidèles à observer cette année –en plus du jeûne alimentaire– un jeûne d’écran. Via cette démarche qui répond à des enjeux plus contemporains, les évêques ont ainsi encouragé à une conversion intérieure passant par le silence et la prière. Mais si les Philippins sont devant leurs écrans environ 5 jours sur 7, les Belges ne sont pas en reste non plus avec leur 4 jours sur 7 occupés par les multimédias. Alors que faire dans un monde où plus de 6 milliards de personnes sont désormais connectées?
Remettre Dieu au centre
Grâce au jeûne d’écran, nous prenons de la distance par rapport aux divertissements et aux informations en continu, qui peuvent parfois nous saturer et nous amener à adopter des attitudes proches de l’idolâtrie. Quand écran rime avec asservissement, c’est qu’il convient de réévaluer notre relation avec ces technologies afin de replacer Dieu au cœur de nos vies.
La luminosité des écrans, en plus d’être nocive pour la santé (baisse de la concentration, problèmes oculaires,…), nous pénètre et nous transporte dans un autre univers où nous sommes coupés de la réalité. En cherchant constamment à tromper la solitude, nous ne vivons plus consciemment, à partir de notre cœur, mais dans un rapport qui est extérieur à nous-mêmes. Notre relation intérieure à Dieu en pâtit. Un jeûne d’écran nous permet de nous recentrer spirituellement et de nous rendre compte que nous ne sommes pas seuls car notre intérieur est habité par la présence de Dieu.
«Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.» (Mt 6,6)
Remettre l’Humain au centre
Et même si les écrans aident indéniablement à garder le lien entre des personnes éloignées géographiquement ou à mobilité réduite, il est impératif de limiter ces écrans dans notre pratique afin de retrouver les liens qui nous unissent et de ne pas basculer dans un monde de désincarnation. Ainsi, quand nous regardons moins les écrans, nous nous regardons davantage dans les yeux et pouvons découvrir ce qui compte vraiment, à savoir que nous sommes tous frères, sœurs et enfants du même Père, comme le disait le pape François en avril 2025.
«Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima.» (Mc 10,21)
Après cette prise de conscience, nous pouvons nous rendre compte que s’éloigner de cette dépendance chronophage est aussi signe de disponibilité envers les autres car nous revenons à leur écoute et c’est là que se joue notre vie en Église.
«Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur.» (Rm 12,10-11)
Remettre la Création au centre
Mais s’il a été établi que ces écrans polluent notre vie spirituelle et humaine, ils polluent aussi notre maison commune… Alors qu’on estime la production de CO2 liée à un ordinateur portable à 156kg et celle d’un petit smartphone (12,7cm) à environ 32kg, les dégâts sur l’environnement dus à leur production ne sont pas plus réjouissants. Pollution des sols, de l’eau et de l’air en Amérique du Sud, en RDC et en Chine afin d’extraire les 45 métaux rares qui composent notre GSM, les implications ont de quoi nous faire remettre en question notre utilisation de ces technologies. D’autant que cet extractivisme représente des sources plus grandes de déstabilisation, de conflits armés et de violences faisant croître les inégalités et menant à la misère. En ce Carême 2026, ayons une utilisation consciente de ces technologies.
«Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu.» (Rm 8,20-21)
Quelques pistes pour diminuer les écrans
Afin de renouer avec sa vie intérieure, les autres et la Création, voici quelques conseils pratiques pour mettre en œuvre ce jeûne d’écran:
- Limiter l’utilisation des réseaux sociaux
- Désactiver les notifications
- Éviter d’utiliser son téléphone au saut du lit et avant de se coucher
- Identifier les moments de la journée où l’on est le plus susceptible de se laisser distraire par les écrans (actualités, vidéos,…) et se fixer des limites de temps pour chaque activité
- Établir des moments de déconnexion totale où GSM, télé, tablette et ordinateur sont éteints
- Profiter des silences et se choisir une activité de substitution (contemplation, adoration,…)
Si vous avez lu cet article, vous êtes donc devant un écran… Alors peut-être est-il temps de vous déconnecter, de regarder dans les yeux la personne en face de vous, de lire un verset de la Bible, de vous promener le nez au vent? En ce qui nous concerne, nous restons tout de même connectés (avec modération!) puisque nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour le jeûne alimentaire!
Pour aller plus loin…
- Aux Philippines, les évêques appellent au «jeûne numérique», consulté sur le site de AD EXTRA, 20/02/2026, consulté le 01/03/2026.
- Carême: un jeûne des écrans pour réincarner la vie spirituelle, consulté sur le site de Vatican News, 21/02/2021, consulté le 01/03/2026.
- Digital 2026, le guide essentiel du numérique dans le monde, consulté sur le site de We Are Social le 01/03/2026.
- En avril, le Pape invite à prier pour un bon usage des nouvelles technologies, consulté sur le site de Vatican News, 01/04/2025, consulté le 03/03/2026.
- Le jeûne numérique: une alternative pour reconnecter l’humain et le réel, consulté sur le site de Salésiens de Don Bosco AON, 19/03/2025, consulté le 01/03/2026.
- Quelle pollution le numérique entraîne-t-il sur l’environnement?, consulté sur le site d’Ecoconso, 21/06/2021, consulté le 01/03/2026.
- Commission Justice et Paix, Les minerais de la transition énergétique, Bruxelles, Els Hertogen, 2020, 40 p.
- Mouton S., Écrans, un désastre sanitaire : Il est encore temps d’agir, Paris, Gallimard, 2025, 64 p.
- Pitron G., L’enfer numérique, Paris, Des Liens qui Libèrent, 2021, 304 p.
- Sersiron N., Dette et extractivisme, Paris, Utopia, 2014, 192 p.
Le jeûne électrique
Cette semaine, nous partons à la découverte d’une autre forme de sobriété pouvant être mise en pratique durant ce Carême : le jeûne électrique. L’électricité semble incontournable dans nos sociétés occidentales insatiables. Mais face à cette course folle à la consommation, serait-il possible de s’arrêter un instant afin de réfléchir à la lumière qui nous habite vraiment ?
Nous appuyons sur un interrupteur pour éclairer une pièce, nous mettons un plat à réchauffer au micro-ondes et nous rechargeons notre téléphone, autant de gestes nécessitant de l’électricité, auxquels nous ne pensons même plus. Mais que recouvre réellement notre consommation électrique et pourquoi se questionner à propos de celle-ci ?
« Ne nous lassons pas de faire le bien, car, le moment venu, nous récolterons, si nous ne perdons pas courage. » (Ga 6,9)
Notre consommation moyenne, qui correspond à l’énergie utilisée par nos appareils ménagers, notre chauffage mais aussi l’eau chaude, l’éclairage et les appareils en veille, est d’environ 3.500 kilowattheures (kWh) par an et par foyer en Belgique. Même si ce chiffre est inférieur à la moyenne européenne et peut varier légèrement selon les saisons, lorsqu’il est multiplié par plusieurs millions de Belges, il a une certaine incidence sur notre Terre et les êtres qui la peuplent.
Repenser sa consommation
Bien que l’on ne s’attarde pas forcément sur son empreinte écologique, ni sur ses conséquences sur les autres ou lors du choix d’un électroménager, tout est pourtant lié ! En jeûnant et en faisant donc plus attention à notre consommation, nous nous inscrivons dans une démarche non seulement écologique, mais aussi solidaire.
Dans une Europe où plus de 30 millions de ménages avaient encore un problème d’accès physique aux infrastructures énergétiques en 2020, s’ajoutant au prix inabordable de l’énergie, réduire notre consommation c’est avoir une pensée pour ces ménages et remettre en question ce que nous tenons pour acquis. Mais réduire, c’est aussi désengorger les réseaux et diminuer la demande d’électricité constante, responsable en 2022 d’environ 40 % des émissions mondiales de CO2, nuisibles à la santé des hommes comme à celle de la Planète.
« Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? » (Is 58,6)
Retrouver sa lumière intérieure
Un lave-vaisselle (192 kWh/an), un climatiseur fixe (1.050 kWh/an), un sèche-linge (301 kWh/an), et encore plus de kWh dépensés si tout ce petit monde est connecté, mais au final avons-nous vraiment besoin de tout ça ? En ce temps de Carême, prenons un instant pour faire le point sur ce qui est réellement important pour nous et pour interroger notre rapport à Dieu et à la Création.
Dans notre monde où les distractions alimentées par l’électricité rythment notre vie, pratiquer un jeûne électrique peut aussi nous permettre de retrouver silence et sérénité, propices à la méditation.
Et puisque qui dit jeûne électrique dit aussi jeûne de bruit, profitons de l’occasion pour retrouver notre silence intérieur et favoriser le cœur à cœur avec Dieu.
« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » (1 S 3,9)
Alors, permettons-nous de sortir de nos modes de vie régis par une technologie toujours plus gourmande en électricité et redirigeons plutôt nos existences vers Dieu et vers l’humain.
« Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route. » (Ps 118,105)
Infléchir le cours de la situation par de petits gestes
Si choisir des appareils écoénergétiques et consommer en heures creuses sont deux approches opportunes, c’est la sobriété énergétique qui demeure, à notre échelle, la meilleure solution pour réduire notre consommation électrique et œuvrer à la préservation de notre maison commune.
« Tout m’est permis », dit-on, mais je dis : « Tout n’est pas bon ». « Tout m’est permis », mais moi, je ne permettrai à rien de me dominer. » (1 Co 6,12)
Afin de renouer avec la frugalité proposée par les Evangiles et de nous recentrer sur ce qui compte pour nous, notre foi et notre communauté, misons donc durant ce Carême sur des « éco-gestes », des gestes écologiques à la portée de toutes et tous, comme :
- Favoriser la lumière naturelle pendant la journée en ouvrant davantage rideaux et volets
- Limiter l’usage intensif du chauffage électrique ou des climatiseurs
- Privilégier les bougies lorsque les circonstances s’y prêtent (veillée)
- Changer ses ampoules classiques pour des ampoules à basse consommation
- Éteindre les lampes en journée dès qu’elles ne sont plus utiles
- Supprimer les veilles inutiles (débrancher chargeurs et appareils inutilisés, sources de consommation vampire) et recourir à des multiprises à interrupteur
- Baisser la température de votre chauffage électrique d’1°C, quitte à porter un vêtement supplémentaire et à fermer les portes pour conserver la chaleur
Et si vous nous disiez combien d’appareils inutilisés vous avez débranchés cette semaine ? A vos veilleuses !
Et bon jeûne électrique !
Pour en savoir plus :
- Électricité : Quels appareils consomment le plus dans votre maison ?, consulté sur le site de ADEME, Agir pour la transition écologique, 11/11/2025, consulté le 21/02/2026.
- La consommation moyenne d’un ménage et la mienne, comment me situer ?, consulté sur le site de TotalEnergies, consulté le 21/02/2026.
- Production d’électricité et émissions de CO2, consulté sur le site de Planete Energies, 04/12/2023, consulté le 22/02/2026.
- Quels appareils consomment le plus d’électricité à la maison ?, site de Ecoconso, consulté le 21/02/2026.
- Bafoil F., Fodor F. et Guyet R., L’aggravation de la précarité énergétique ? Réflexion sur la crise sanitaire, site de Sciences Po, 17/01/2022, consulté le 22/02/2026.
- Bamberger Y. et Püttgen H., L’électricité, au coeur de notre futur bas-carbone,
Lausanne, Presses Polytechniques Romandes, 2022, 348 p. - Merckaert J., « Laudato si’ » : accueillir nos limites, dans Revue Projet, n° 350, Saint-Denis, C.E.R.A.S, 2016, p. 28 à 37, aussi consultable en ligne sur Cairn, consulté le 21/02/2026.
- Van Lerberghe L., La consommation de gaz et d’électricité au plus bas en Belgique: les consommateurs font toujours plus attention, site de RTL Info, 05/01/2024, consulté le 21/02/2026.
Le jeûne plastique
Le Carême est un temps de partage où le jeûne occupe une place plus importante au centre de nos vies. Remise en perspective de nos pratiques de consommation, prise de recul par rapport à nos désirs et surtout retour vers nos fondements en Dieu, voilà ce que peut nous offrir le jeûne. Et si ce jeûne alimentaire classique nous permet de tourner davantage notre cœur vers le Seigneur, pourquoi ne pas l’étendre à d’autres aspects de notre vie ? Et si cette année, nous vivions un jeûne plastique afin de nous rapprocher de Dieu et de sa Création ?
Quelques constats
Des bouteilles aux jouets, en passant par les sacs et les emballages, le plastique est partout où nous posons les yeux. Bien que polluant et nocif pour la Création, le plastique – issu à 90 % d’hydrocarbures -, par son coût avantageux, sa malléabilité aisée et sa grande légèreté, est devenu incontournable dans notre société.
Mais, en 2019, 22 millions de tonnes d’éléments plastiques ont été rejetés dans l’environnement, selon l’OCDE, convergeant inexorablement vers les cours d’eau, les mers et les océans, au point que les plastiques représenteraient environ 85% du total des déchets marins. Et sur ces 22 millions de tonnes, seuls 9% seraient, dans les faits, recyclés au niveau mondial, le reste finissant incinéré, ou dans des décharges contrôlées, ou pire encore, dans des décharges sauvages. Car tous les plastiques ne sont pas identiques et ils sont donc difficiles à trier. De plus, à la différence du verre ou du métal, qui peuvent être maintes fois recyclés sans grande perte de qualité, le plastique, lui, perd de ses propriétés à chaque nouveau recyclage. Pour les entreprises consommatrices, il est souvent moins cher d’utiliser du plastique neuf usiné au départ du pétrole ou du gaz naturel que du plastique recyclé.
La surproduction de ces plastiques, le plus souvent à usage unique, ne déstabilise pas uniquement nos écosystèmes, elle est aussi à l’origine de nombreux déséquilibres sociaux. En effet, les premières victimes de cette extraction constante de pétrole et de la pollution qu’elle entraine se trouvent être les plus pauvres. Ainsi, en étant plus attentifs à notre consommation plastique, nous faisons un premier pas vers la sobriété, mais surtout vers nos prochains et les plus petits.
« Alors il leur répondra : « En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. » » (Mt 25, 45)
Des pistes de solutions : consommer moins, recycler, réutiliser …
Décroître et recycler sont deux réponses possibles au problème, mais on peut aussi songer à la réutilisation ! Le réutilisable peut devenir en effet plus avantageux que le jetable après un certain nombre d’utilisations. Il faudra par ex. se servir d’une gourde en plastique pendant 5 mois pour compenser sa fabrication en termes d’émissions carbone, mais cela permettra au consommateur d’éviter en moyenne entre 150 et 300 bouteilles en plastique par an responsables de bien plus d’émissions. En misant sur le réemploi ou l’utilisation de plastiques plus durables (ex. tupperwares) plutôt que sur le seul recyclage, nous pourrions, comme le montre le tout récent rapport de l’Imperial College de Londres et de l’Université d’Oxford, qui compare le recyclage et la réutilisation, réduire de manière significative la pollution globale par le plastique. L’espoir étant qu’avec la réduction de la demande, les peuples les plus touchés par la crise plastique puissent entrevoir de meilleures conditions de vie.
« Je leur donnerai un cœur pour connaître que je suis le Seigneur. Ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu, car ils reviendront à moi de tout leur cœur. » (Jr 24,7)
Et si nous passions à l’action ?
En ce Carême 2026, revenons à la simplicité, honorons donc le don que Dieu nous a fait en prenant soin de notre Terre et de nos semblables via quelques actions concrètes comme :
– Passer de bouteilles en plastique jetables à une gourde réutilisable, ou à tout le moins réutiliser ses bouteilles pour d’autres usages
– Ne plus acheter de produits suremballés et considérer le vrac
– Penser aux matériaux durables (sac en tissu pour les courses et essui/toile cirée plutôt que film alimentaire pour couvrir les plats)
– Employer ces plastiques un maximum de fois et en refuser d’autres quand ils nous sont proposés (couverts, gobelets, etc.)
– Opter pour les produits consignés
Alors, prêts à compter ensemble le nombre de sacs bleus évités ces 40 prochains jours ?
Car tout est lié. Car faire un jeûne plastique, c’est penser à l’autre et choisir la Création.
« Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit :« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! ». Ses oreilles s’ouvrirent ; » (Mc 7, 34-35)
Bon jeûne plastique !
Pour en savoir plus …
- La pollution plastique, une injustice environnementale pour les communautés vulnérables, site de L’ONU, 30/03/2021 (consulté le 10/02/2026)
- Reuse and return schemes could help eliminate plastic pollution in 15 years, says report, site The Guardian, 03/12/2025, (consulté le 13/02/2026)
- AFP,Le recyclage du plastique reste un « mythe », avertit Greenpeace, site de La Libre, 24/10/2022 (consulté le 16/02/2026)
- Combe M., Survivre au péril plastique. Des solutions à tous les niveaux, Paris, Rue De L’échiquier, 2019, 256 p.
- Dicastère pour le service du développement humain intégral et SEI, Notre maison commune, consulté sur le site du Stockolm Environment Institute, 14/02/2023, (consulté le 16/02/2026)
- Gontard N. et Seingier H., Plastique, le grand emballement, Clermont-Ferrand, Mon Poche, 2022, 258 p.
- Lerolle M., Recyclage du plastique, une solution contre-productive, site du CNRS Le Journal, 29/09/2025 (consulté le 15/02/2026)
- RTBF et AFP, Le plastique et ses pollutions en chiffres, consulté sur le site de la Rtbf, 05/11/2024 (consulté le 13/02/2026)
- The Conversation, Recycler les plastiques pour protéger les océans, une illusion face à la surproduction ?, consulté sur le site de la RTBF, 28/08/2025 (consulté le 15/02/2026)
Carême 2026 : vers une sobriété heureuse, un parcours de jeûne écologique en 7 étapes
Le mercredi 18 février débutera le Carême, un temps de conversion pour grandir en nous, repenser nos relations au monde qui nous entoure et accueillir plus intimement Dieu dans nos vies. À cette occasion, le vicariat du Développement Humain Intégral (DHI) vous proposera, durant 7 semaines, un parcours de Carême écologique, axé sur le jeûne pour suivre la voie de la sobriété tracée par le Seigneur.
Ainsi, du mercredi des Cendres jusqu’à la veille de Pâques, nous prierons et jeûnerons tous ensemble à l’image de Jésus dans le désert affrontant la tentation. Au cours des prochaines semaines, nous vous inviterons donc, par une série de 7 articles sur le jeûne, à questionner et réenvisager vos habitudes de vie…
« Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4).
Chacun de ces 7 articles, rédigés dans une optique de décroissance et non de privation, présentera un type de jeûne particulier. Dans l’ordre, vous retrouverez en semaine 1 le jeûne plastique, en semaine 2 le jeûne électrique, en semaine 3 le jeûne d’écran, en semaine 4 le jeûne alimentaire, en semaine 5 le jeûne de mobilité, en semaine 6 le jeûne papier et en semaine 7 le jeûne consommation.
Nous aborderons dans un premier temps les enjeux de ces jeûnes puis, dans un second temps, nous proposerons des actions concrètes qui pourront être mises en œuvre par tous ceux qui le souhaitent, afin de nous détacher du superflu, de nous libérer intérieurement et de nous rapprocher du Créateur et de la Création.
À la joie de faire ce petit bout de chemin avec vous !

















