Carême 2026 : vers une sobriété heureuse

Le Jeûne mobilité

Aujourd’hui, nous vivons à 100 à l’heure et nous déplaçons parfois à 120 sans même songer à nos trajets… Mais est-il encore possible de s’arrêter quelques minutes pour s’interroger sur l’impact que nos déplacements ont sur la Création, sur les autres et même sur nous-même ? Vous l’aurez compris, notre halte sobriété de cette semaine portera sur le jeûne mobilité.

Ralentir pour la maison commune

Si « le chrétien est toujours en marche », force est de constater qu’il est surtout de plus en plus en voiture ! Circulation toujours plus difficile, niveau de pollution élevé, quantités énormes d’énergies non renouvelables consommées et construction d’autoroutes supplémentaires et de lieux de stationnement qui nuisent au tissu urbain et à la planète, voilà les constats que le Pape François nous partageait sur le recours intensif à la voiture en 2015. Plus d’une décennie plus tard, rien n’a changé, si ce n’est un nombre toujours croissant de véhicules sur la route… Avec un taux d’occupation moyen de 1,6 personne par voiture en Europe en 2018, les voitures personnelles sont responsables de près de 60 % des émissions totales de CO2 dues aux véhicules sur les routes en Europe. Ne serait-il alors pas temps de repenser nos déplacements si nous en avons la possibilité, dans un monde où en moyenne 40% des trajets de moins de 2 km sont parcourus en voiture ?
En privilégiant la mobilité douce, qui comprend donc les modes de transport non motorisés (vélos mécaniques, par ex., ou tout simplement marche à pied), nous entendons le cri de notre terre et prenons action pour les générations futures.

« Rien ne me donne plus de joie que d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité. » (3 Jn 1,4)  

Une place pour l’émerveillement

Repenser ses déplacements devient, comme nous l’avons vu, un geste spirituel, un acte de respect envers la Création et les autres, mais peut également nous permettre, à titre personnel, de renouer avec Dieu et d’apprendre à le remercier pour ses merveilles. En effet, en nous tournant vers les transports en commun, nous nous lèverons peut-être plus tôt mais cela nous permettra aussi d’observer la rosée sur l’herbe bordant l’abribus, de sentir les premiers rayons du soleil sur notre peau, de profiter du chant matinal des oiseaux et de respirer l’air encore empli de l’odeur de pluie de la nuit dernière… Etant partout autour de nous, il n’est, de ce fait, pas toujours obligatoire de prendre sa voiture pour aller à Sa rencontre ! En choisissant la marche par exemple, notre quotidien peut aisément devenir un véritable chemin spirituel.

« A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? »
(Ps 8,4-5)

La décroissance, un impératif pour la santé de l’humanité

Et bien que la marche ait de nombreuses vertus comme le fait de nous garder en forme, d’améliorer l’humeur ou de nous aider dans la prise de décisions, elle nous permet surtout de ne pas nous intoxiquer les uns les autres ! En effet, dans son rapport d’octobre 2018, l’Agence européenne pour l’environnement concluait que l’exposition aux particules fines était responsable d’environ 422.000 décès prématurés (avant l’âge de l’espérance moyenne de vie) dans l’ensemble des 41 pays européens. En 2019, l’excès de mortalité imputable à la pollution de l’air extérieur était d’ailleurs de ± 4 millions de morts par an d’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Alors si prendre sa voiture semble souvent relever d’une décision individuelle, ce n’est malheureusement pas vraiment le cas puisque ce choix concerne la qualité de vie de tout le monde. Ainsi, en décidant de moins solliciter notre voiture, nous œuvrons à un monde où il fait mieux vivre pour tous et toutes.

« Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui. » (1 Co 10,24)

Partir à la découverte de l’autre

Prendre son vélo, partir à pied, covoiturer et utiliser les transports en commun sont autant d’occasions de rencontrer de nouvelles personnes et d’avoir avec elles de riches échanges. Connaissance d’un jour ou ami pour toujours, en sortant de nos trajets individuels classiques, nous laissons la place à l’autre, un autre souvent négligé ou oublié. Nous laissons-nous encore surprendre par l’autre ? Dans nos existences bien rangées, est-il encore possible de se laisser interpeller par l’autre ? Partager une voiture peut certes s’avérer moins confortable que ce à quoi nous sommes habitués mais cela nous permet aussi d’avoir par ex. une conversation privilégiée avec le conducteur et de rendre un trajet plus convivial. Même s’il en peine plus d’un, un retard de train peut aussi rapprocher bien des gens. Mésaventure est parfois synonyme de belle découverte, en ce Carême 2026, gardons une place à l’autre, tissons des liens et surtout apprenons à l’aimer car c’est bien là que se joue aussi notre foi.

« Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps. Vivez dans l’action de grâce. » (Col 3,14-15) 

Quelques conseils pratiques pour vivre ce jeûne de mobilité :

  • privilégier la marche ou le vélo surtout pour des trajets de moins d’1-2 km
  • utiliser plus souvent les transports en commun et penser à effectuer du covoiturage
  • envisager des vacances plus près ou plus longues pour éviter les trajets en avion multiples (20 jours en Espagne ne sont-ils pas mieux que 5 x 4 jours sur une année ?)
  • préférer ne faire qu’une partie de son trajet en voiture et l’autre en transport en commun
  • effectuer des déplacements groupés (si je dois aller le même jour au magasin mais aussi chez le spécialiste et chez un ami, j’essaie de combiner mes trajets afin de ne pas rentrer à la maison entre chaque étape et faire des km inutiles)

Alors, partants pour un covoiturage ensemble cette semaine ? 😊

Pour aller plus loin…

Émissions de CO2 des voitures : faits et chiffres (infographie), site du Parlement Européen, 22/03/2019 (consulté le 12/03/2026).

Adam A., C’est quoi les différences entre mobilité douce, mobilité durable, intermodalité et tout ce lexique ?, site de la RTBF, 19/10/2023 (consulté le 12/03/2026).

Castaignède L., Airvore ou la face obscure des transports. Chronique d’une pollution annoncée, Montréal, Ecosociete Eds, 2022, 344 p.

Pape François, Laudato Si, Namur, Fidélité, 2015, 205 p.

Malleret T. et M. A., Dix bonnes raisons d’aller marcher, Paris, Paulsen Eds, 2025, 152 p.

Mandard S., La pollution de l’air tue deux fois plus que ce qui était estimé, en ligne dans Le Monde, 12/03/2019 (consulté le 12/03/2026).

Le jeûne alimentaire

Intermittent ou total, sec ou hydrique, le jeûne alimentaire a régulièrement fait parler de lui ces dernières années en raison de ses bienfaits sur la santé… Mais outre cette étiquette «d’habitude de vie saine», il constitue surtout l’un des 3 piliers du Carême avec la prière et l’aumône.

Chaque année, nous jeûnons presque par automatisme, mais nous demandons-nous encore quels sont les enjeux derrière cette pratique? Et si nous relisions cette année cet acte de manière consciente?

Pourquoi jeûner?

Si le jeûne alimentaire est bien connu pour être un exercice de bien-être du corps, il est aussi perçu par certains comme une privation volontaire de nourriture pour se libérer du superflu et ainsi donner plus de place à Dieu dans sa vie, et comme une démarche ascétique pour se rapprocher du Seigneur.

Pour d’autres, c’est avant tout en soignant sa relation avec soi-même que l’on soigne sa relation à Dieu: le jeûne se conçoit alors comme une libération intérieure avant d’être une privation. Jeûner, c’est s’unir à Dieu en récupérant le temps généralement monopolisé par un repas pour apprendre à mieux Le connaître ou Le reconnaître et penser à l’Alliance.  

«Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.» (Jn 6,35)

Le jeûne alimentaire pratiqué habituellement le Mercredi des Cendres ou le Vendredi saint n’est donc pas un objectif en soi, mais plutôt un chemin pour se préparer à la Résurrection du Christ. Ce jeûne, que le Pape Léon XIV nous encourageait dans son message de Carême 2026 à vivre dans la foi et l’humilité, a donc pour but de nous donner soif et faim de Dieu et de sa Parole en nous éloignant de l’accessoire et en nous ramenant à l’essentiel.

«Mais Jésus répondit: «Il est écrit: L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» (Mt 4,4)

Jeûner par solidarité

Alors qu’1 personne sur 11 souffre de la faim dans le monde et que le nombre de personnes en situation de famine a doublé entre 2022 et 2023 sur le globe, l’on estime à l’échelle planétaire qu’un tiers de la production alimentaire n’est jamais consommé, soit 1,3 milliard de tonnes de nourriture perdue ou gaspillée. Embargos, politiques de soutien des prix nationaux, déséquilibres entre offre et demande, ou exigences en termes de calibrage des produits, notamment, sont autant de raisons qui font croître la faim sur la planète alors même nous produisons actuellement suffisamment pour nourrir 12 milliards de personnes.

Jeûner cette année, c’est donc aussi faire le choix conscient d’aller à contre-courant dans un monde où le gaspillage n’a d’égal que le profit.

«Vous tous, enfin, vivez en parfait accord, dans la sympathie, l’amour fraternel, la compassion et l’esprit d’humilité.» (1P 3,8)

Repenser ses habitudes alimentaires

Le jeûne alimentaire nous permet aussi, comme nous le savons, de reprendre la maîtrise de nos habitudes alimentaires afin d’être plus près de Lui. Cependant, il ne faudrait pas pour autant aller jusqu’à rejeter des aliments qui sont un don de Dieu et que nous devrions recevoir avec reconnaissance. Remercions-nous toujours le Seigneur pour ces aliments qu’il nous offre et les ressources nécessaires à la préparation de nos repas? Réfléchissons-nous d’ailleurs aux ressources en question? Utilisons donc plutôt ce jeûne alimentaire pour questionner nos habitudes alimentaires de façon générale au sein de la Création…

«Or tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n’est à rejeter si on le prend dans l’action de grâce, car alors, cela est sanctifié par la parole de Dieu et la prière.» (1 Tm 4,4-5).

Au-delà de sa dimension mystique, le jeûne peut nous permettre de prendre un moment pour songer à l’impact que notre alimentation a également sur la planète. Car la production de nourriture nécessite de grandes quantités d’eau, d’énergie et de terres agricoles. Et cette production contribue aussi aux émissions de gaz à effet de serre. Ainsi gaspiller un aliment, c’est aussi gaspiller toutes les ressources naturelles mobilisées pour sa production et ignorer le cri de notre terre dont nous voyons le jour de dépassement des ressources avancer d’année en année (29 décembre en 1970 et récemment 24 juillet en 2025).

En Belgique, un citoyen moyen gaspille environ 345kilos de nourriture par an, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). La Belgique est, ce faisant, l’un des pays européens les plus gaspilleurs en matière alimentaire, dès lors que la moyenne européenne tourne autour des 130kg/an.

Dans la mesure où ces pertes concernent l’ensemble de la chaîne d’alimentation (production, transformation, distribution, restauration et consommation), il nous est difficile à notre échelle de lutter contre ce gaspillage alimentaire. Néanmoins, il ne nous est pas impossible de réduire au sein de nos ménages ce gaspillage à l’heure où près d’1 Wallon sur 2 jette des restes de repas au moins une fois par semaine. En ce Carême 2026, et même après, pensons à l’impact que notre consommation peut avoir sur la Création.

«Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples: Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde.» (Jn 6,12)

Des solutions pour consommer de manière consciente :

  • Préférer les légumes moches et les paniers anti-gaspi lorsqu’on fait ses courses
  • Revenir à du «fait maison» et privilégier des repas simples plutôt que des plats transformés
  • Réutiliser les restes de manière créative (une courgette peut se manger crue en salade, cuite dans un plat ou même en dessert et constitue un bon épaississant pour des soupes par ex.)
  • Ne pas aller faire ses courses le ventre vide car l’on achète souvent plus et de l’alimentation plus riche que nécessaire
  • Faire de temps en temps un inventaire de son surgélateur, de son frigo ou de ses placards afin d’éviter les doublons inutiles
  • Opter pour des recettes vide frigo
  • Et envisager d’utiliser les épluchures et les fanes 🥕

Désormais plus sensible au jeûne alimentaire? Pour soi, pour les autres, pour Dieu ou pour notre maison commune, quelles seront vos raisons de jeûner?

Pour aller plus loin…

Le jeûne d’écran

Le jeûne est une invitation à mieux entendre la parole de Dieu. Travail, recherches, loisirs, les écrans font partie intégrante de nos vies. Pratiques, ils facilitent ou égaient notre quotidien mais ils peuvent aussi nous monopoliser. Dans notre société ultraconnectée, quelle place nous laissons-nous pour mieux accueillir Sa parole, se mettre en relation avec les autres ainsi qu’avec la Création?

Après la publication d’un rapport récent classant les Philippines au 2e rang mondial en termes de temps passé en ligne, la Conférence des évêques des Philippines (CBCP) a invité les fidèles à observer cette année –en plus du jeûne alimentaire– un jeûne d’écran. Via cette démarche qui répond à des enjeux plus contemporains, les évêques ont ainsi encouragé à une conversion intérieure passant par le silence et la prière. Mais si les Philippins sont devant leurs écrans environ 5 jours sur 7, les Belges ne sont pas en reste non plus avec leur 4 jours sur 7 occupés par les multimédias. Alors que faire dans un monde où plus de 6 milliards de personnes sont désormais connectées?

Remettre Dieu au centre

Grâce au jeûne d’écran, nous prenons de la distance par rapport aux divertissements et aux informations en continu, qui peuvent parfois nous saturer et nous amener à adopter des attitudes proches de l’idolâtrie. Quand écran rime avec asservissement, c’est qu’il convient de réévaluer notre relation avec ces technologies afin de replacer Dieu au cœur de nos vies.

La luminosité des écrans, en plus d’être nocive pour la santé (baisse de la concentration, problèmes oculaires,…), nous pénètre et nous transporte dans un autre univers où nous sommes coupés de la réalité. En cherchant constamment à tromper la solitude, nous ne vivons plus consciemment, à partir de notre cœur, mais dans un rapport qui est extérieur à nous-mêmes. Notre relation intérieure à Dieu en pâtit. Un jeûne d’écran nous permet de nous recentrer spirituellement et de nous rendre compte que nous ne sommes pas seuls car notre intérieur est habité par la présence de Dieu.

«Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.» (Mt 6,6)

Remettre l’Humain au centre

Et même si les écrans aident indéniablement à garder le lien entre des personnes éloignées géographiquement ou à mobilité réduite, il est impératif de limiter ces écrans dans notre pratique afin de retrouver les liens qui nous unissent et de ne pas basculer dans un monde de désincarnation. Ainsi, quand nous regardons moins les écrans, nous nous regardons davantage dans les yeux et pouvons découvrir ce qui compte vraiment, à savoir que nous sommes tous frères, sœurs et enfants du même Père, comme le disait le pape François en avril 2025.

«Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima.» (Mc 10,21)

Après cette prise de conscience, nous pouvons nous rendre compte que s’éloigner de cette dépendance chronophage est aussi signe de disponibilité envers les autres car nous revenons à leur écoute et c’est là que se joue notre vie en Église.

«Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur.» (Rm 12,10-11)

Remettre la Création au centre

Mais s’il a été établi que ces écrans polluent notre vie spirituelle et humaine, ils polluent aussi notre maison commune… Alors qu’on estime la production de CO2 liée à un ordinateur portable à 156kg et celle d’un petit smartphone (12,7cm) à environ 32kg, les dégâts sur l’environnement dus à leur production ne sont pas plus réjouissants. Pollution des sols, de l’eau et de l’air en Amérique du Sud, en RDC et en Chine afin d’extraire les 45 métaux rares qui composent notre GSM, les implications ont de quoi nous faire remettre en question notre utilisation de ces technologies. D’autant que cet extractivisme représente des sources plus grandes de déstabilisation, de conflits armés et de violences faisant croître les inégalités et menant à la misère. En ce Carême 2026, ayons une utilisation consciente de ces technologies.

«Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu.» (Rm 8,20-21)

Quelques pistes pour diminuer les écrans

Afin de renouer avec sa vie intérieure, les autres et la Création, voici quelques conseils pratiques pour mettre en œuvre ce jeûne d’écran:

  • Limiter l’utilisation des réseaux sociaux
  • Désactiver les notifications
  • Éviter d’utiliser son téléphone au saut du lit et avant de se coucher
  • Identifier les moments de la journée où l’on est le plus susceptible de se laisser distraire par les écrans (actualités, vidéos,…) et se fixer des limites de temps pour chaque activité
  • Établir des moments de déconnexion totale où GSM, télé, tablette et ordinateur sont éteints
  • Profiter des silences et se choisir une activité de substitution (contemplation, adoration,…)

Si vous avez lu cet article, vous êtes donc devant un écran… Alors peut-être est-il temps de vous déconnecter, de regarder dans les yeux la personne en face de vous, de lire un verset de la Bible, de vous promener le nez au vent? En ce qui nous concerne, nous restons tout de même connectés (avec modération!) puisque nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour le jeûne alimentaire!

Pour aller plus loin…

Le jeûne électrique

Cette semaine, nous partons à la découverte d’une autre forme de sobriété pouvant être mise en pratique durant ce Carême : le jeûne électrique. L’électricité semble incontournable dans nos sociétés occidentales insatiables. Mais face à cette course folle à la consommation, serait-il possible de s’arrêter un instant afin de réfléchir à la lumière qui nous habite vraiment ?

Nous appuyons sur un interrupteur pour éclairer une pièce, nous mettons un plat à réchauffer au micro-ondes et nous rechargeons notre téléphone, autant de gestes nécessitant de l’électricité, auxquels nous ne pensons même plus. Mais que recouvre réellement notre consommation électrique et pourquoi se questionner à propos de celle-ci ?

« Ne nous lassons pas de faire le bien, car, le moment venu, nous récolterons, si nous ne perdons pas courage. » (Ga 6,9)

Notre consommation moyenne, qui correspond à l’énergie utilisée par nos appareils ménagers, notre chauffage mais aussi l’eau chaude, l’éclairage et les appareils en veille, est d’environ 3.500 kilowattheures (kWh) par an et par foyer en Belgique. Même si ce chiffre est inférieur à la moyenne européenne et peut varier légèrement selon les saisons, lorsqu’il est multiplié par plusieurs millions de Belges, il a une certaine incidence sur notre Terre et les êtres qui la peuplent.

Repenser sa consommation

Bien que l’on ne s’attarde pas forcément sur son empreinte écologique, ni sur ses conséquences sur les autres ou lors du choix d’un électroménager, tout est pourtant lié ! En jeûnant et en faisant donc plus attention à notre consommation, nous nous inscrivons dans une démarche non seulement écologique, mais aussi solidaire.
Dans une Europe où plus de 30 millions de ménages avaient encore un problème d’accès physique aux infrastructures énergétiques en 2020, s’ajoutant au prix inabordable de l’énergie, réduire notre consommation c’est avoir une pensée pour ces ménages et remettre en question ce que nous tenons pour acquis. Mais réduire, c’est aussi désengorger les réseaux et diminuer la demande d’électricité constante, responsable en 2022 d’environ 40 % des émissions mondiales de CO2, nuisibles à la santé des hommes comme à celle de la Planète.

« Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? » (Is 58,6)

Retrouver sa lumière intérieure

Un lave-vaisselle (192 kWh/an), un climatiseur fixe (1.050 kWh/an), un sèche-linge (301 kWh/an), et encore plus de kWh dépensés si tout ce petit monde est connecté, mais au final avons-nous vraiment besoin de tout ça ? En ce temps de Carême, prenons un instant pour faire le point sur ce qui est réellement important pour nous et pour interroger notre rapport à Dieu et à la Création.
Dans notre monde où les distractions alimentées par l’électricité rythment notre vie, pratiquer un jeûne électrique peut aussi nous permettre de retrouver silence et sérénité, propices à la méditation.

Et puisque qui dit jeûne électrique dit aussi jeûne de bruit, profitons de l’occasion pour retrouver notre silence intérieur et favoriser le cœur à cœur avec Dieu.

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » (1 S 3,9)

Alors, permettons-nous de sortir de nos modes de vie régis par une technologie toujours plus gourmande en électricité et redirigeons plutôt nos existences vers Dieu et vers l’humain.

« Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route. » (Ps 118,105)

Infléchir le cours de la situation par de petits gestes

Si choisir des appareils écoénergétiques et consommer en heures creuses sont deux approches opportunes, c’est la sobriété énergétique qui demeure, à notre échelle, la meilleure solution pour réduire notre consommation électrique et œuvrer à la préservation de notre maison commune.

« Tout m’est permis », dit-on, mais je dis : « Tout n’est pas bon ». « Tout m’est permis », mais moi, je ne permettrai à rien de me dominer. » (1 Co 6,12)

Afin de renouer avec la frugalité proposée par les Evangiles et de nous recentrer sur ce qui compte pour nous, notre foi et notre communauté, misons donc durant ce Carême sur des « éco-gestes », des gestes écologiques à la portée de toutes et tous, comme :

  • Favoriser la lumière naturelle pendant la journée en ouvrant davantage rideaux et volets
  • Limiter l’usage intensif du chauffage électrique ou des climatiseurs
  • Privilégier les bougies lorsque les circonstances s’y prêtent (veillée)
  • Changer ses ampoules classiques pour des ampoules à basse consommation
  • Éteindre les lampes en journée dès qu’elles ne sont plus utiles
  • Supprimer les veilles inutiles (débrancher chargeurs et appareils inutilisés, sources de consommation vampire) et recourir à des multiprises à interrupteur
  • Baisser la température de votre chauffage électrique d’1°C, quitte à porter un vêtement supplémentaire et à fermer les portes pour conserver la chaleur

Et si vous nous disiez combien d’appareils inutilisés vous avez débranchés cette semaine ? A vos veilleuses !

Et bon jeûne électrique !

Pour en savoir plus :

Le jeûne plastique

Le Carême est un temps de partage où le jeûne occupe une place plus importante au centre de nos vies. Remise en perspective de nos pratiques de consommation, prise de recul par rapport à nos désirs et surtout retour vers nos fondements en Dieu, voilà ce que peut nous offrir le jeûne. Et si ce jeûne alimentaire classique nous permet de tourner davantage notre cœur vers le Seigneur, pourquoi ne pas l’étendre à d’autres aspects de notre vie ? Et si cette année, nous vivions un jeûne plastique afin de nous rapprocher de Dieu et de sa Création ?

Quelques constats

Des bouteilles aux jouets, en passant par les sacs et les emballages, le plastique est partout où nous posons les yeux. Bien que polluant et nocif pour la Création, le plastique – issu à 90 % d’hydrocarbures -, par son coût avantageux, sa malléabilité aisée et sa grande légèreté, est devenu incontournable dans notre société.

Mais, en 2019, 22 millions de tonnes d’éléments plastiques ont été rejetés dans l’environnement, selon l’OCDE, convergeant inexorablement vers les cours d’eau, les mers et les océans, au point que les plastiques représenteraient environ 85% du total des déchets marins. Et sur ces 22 millions de tonnes, seuls 9% seraient, dans les faits, recyclés au niveau mondial, le reste finissant incinéré, ou dans des décharges contrôlées, ou pire encore, dans des décharges sauvages. Car tous les plastiques ne sont pas identiques et ils sont donc difficiles à trier. De plus, à la différence du verre ou du métal, qui peuvent être maintes fois recyclés sans grande perte de qualité, le plastique, lui, perd de ses propriétés à chaque nouveau recyclage. Pour les entreprises consommatrices, il est souvent moins cher d’utiliser du plastique neuf usiné au départ du pétrole ou du gaz naturel que du plastique recyclé.

La surproduction de ces plastiques, le plus souvent à usage unique, ne déstabilise pas uniquement nos écosystèmes, elle est aussi à l’origine de nombreux déséquilibres sociaux. En effet, les premières victimes de cette extraction constante de pétrole et de la pollution qu’elle entraine se trouvent être les plus pauvres. Ainsi, en étant plus attentifs à notre consommation plastique, nous faisons un premier pas vers la sobriété, mais surtout vers nos prochains et les plus petits.

« Alors il leur répondra : « En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. » » (Mt 25, 45)

Des pistes de solutions : consommer moins, recycler, réutiliser …

Décroître et recycler sont deux réponses possibles au problème, mais on peut aussi songer à la réutilisation ! Le réutilisable peut devenir en effet plus avantageux que le jetable après un certain nombre d’utilisations. Il faudra par ex. se servir d’une gourde en plastique pendant 5 mois pour compenser sa fabrication en termes d’émissions carbone, mais cela permettra au consommateur d’éviter en moyenne entre 150 et 300 bouteilles en plastique par an responsables de bien plus d’émissions. En misant sur le réemploi ou l’utilisation de plastiques plus durables (ex. tupperwares) plutôt que sur le seul recyclage, nous pourrions, comme le montre le tout récent rapport de l’Imperial College de Londres et de l’Université d’Oxford, qui compare le recyclage et la réutilisation, réduire de manière significative la pollution globale par le plastique. L’espoir étant qu’avec la réduction de la demande, les peuples les plus touchés par la crise plastique puissent entrevoir de meilleures conditions de vie.
 « Je leur donnerai un cœur pour connaître que je suis le Seigneur. Ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu, car ils reviendront à moi de tout leur cœur. » (Jr 24,7)

Et si nous passions à l’action ?

En ce Carême 2026, revenons à la simplicité, honorons donc le don que Dieu nous a fait en prenant soin de notre Terre et de nos semblables via quelques actions concrètes comme :

–        Passer de bouteilles en plastique jetables à une gourde réutilisable, ou à tout le moins réutiliser ses bouteilles pour d’autres usages

–        Ne plus acheter de produits suremballés et considérer le vrac

–        Penser aux matériaux durables (sac en tissu pour les courses et essui/toile cirée plutôt que film alimentaire pour couvrir les plats)

–        Employer ces plastiques un maximum de fois et en refuser d’autres quand ils nous sont proposés (couverts, gobelets, etc.)

–        Opter pour les produits consignés

Alors, prêts à compter ensemble le nombre de sacs bleus évités ces 40 prochains jours ?

Car tout est lié. Car faire un jeûne plastique, c’est penser à l’autre et choisir la Création.

« Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit :« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! ». Ses oreilles s’ouvrirent ; » (Mc 7, 34-35)

Bon jeûne plastique !

Pour en savoir plus … 

 

Carême 2026 : vers une sobriété heureuse, un parcours de jeûne écologique en 7 étapes

Le mercredi 18 février débutera le Carême, un temps de conversion pour grandir en nous, repenser nos relations au monde qui nous entoure et accueillir plus intimement Dieu dans nos vies. À cette occasion, le vicariat du Développement Humain Intégral (DHI) vous proposera, durant 7 semaines, un parcours de Carême écologique, axé sur le jeûne pour suivre la voie de la sobriété tracée par le Seigneur.

Ainsi, du mercredi des Cendres jusqu’à la veille de Pâques, nous prierons et jeûnerons tous ensemble à l’image de Jésus dans le désert affrontant la tentation. Au cours des prochaines semaines, nous vous inviterons donc, par une série de 7 articles sur le jeûne, à questionner et réenvisager vos habitudes de vie…

« Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4).

Chacun de ces 7 articles, rédigés dans une optique de décroissance et non de privation, présentera un type de jeûne particulier. Dans l’ordre, vous retrouverez en semaine 1 le jeûne plastique, en semaine 2 le jeûne électrique, en semaine 3 le jeûne d’écran, en semaine 4 le jeûne alimentaire, en semaine 5 le jeûne de mobilité, en semaine 6 le jeûne papier et en semaine 7 le jeûne consommation.
Nous aborderons dans un premier temps les enjeux de ces jeûnes puis, dans un second temps, nous proposerons des actions concrètes qui pourront être mises en œuvre par tous ceux qui le souhaitent, afin de nous détacher du superflu, de nous libérer intérieurement et de nous rapprocher du Créateur et de la Création.

À la joie de faire ce petit bout de chemin avec vous !

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