Quand «faire Église» passe aussi par les ondes…
À celles et ceux qui souhaitent vivre la messe dominicale mais n’ont pas la possibilité de rejoindre une paroisse, il suffit chaque semaine d’allumer la radio sur le coup de 11h. Pendant plusieurs dimanches, les sœurs de Soleilmont ont accepté d’accueillir commentateurs et techniciens pour élargir leur communauté bien au-delà des murs de leur église abbatiale.
«Accueillir» est sans doute le mot qui définit le mieux les religieuses de l’abbaye de Soleilmont, tout près de Fleurus. Là-bas, on est toujours reçu avec un sourire, une embrassade, un «comment vas-tu?». On a le sentiment d’être attendu, on se sent chez soi, on n’a jamais l’impression de déranger.
Pourtant, c’est sûr, «accueillir» pendant six semaines les «messes radio», cela oblige à se laisser bousculer, à changer un peu ses habitudes. Il y a les micros qui fleurissent un peu partout dans l’église. Il y a les techniciens de La Première (RTBF) qui font des tests, tirent des câblent, et puis testent encore. Il y a les commentateurs, qui prennent place dans un coin et qui délivrent explications et approfondissements à voix basse pendant les «silences» de l’office. Il y a un horaire strict à respecter: on commence à 11h02, selon l’actualité et la durée du journal parlé, pour terminer à 11h57 ou 58.
Mais il y a surtout toute une communauté qui s’agrandit, qui ouvre grand les portes, et qui permet à celles et ceux qui sont loin, isolés, âgés, malades ou ne peuvent pas se déplacer de prendre part à la messe, de prier et de chanter.
Un service riche de sens
Dimanche 15 mars 2026. C’est déjà la quatrième semaine que la messe dominicale sera diffusée au départ de l’abbaye de Soleilmont. À 10h, il y a déjà pas mal d’agitation dans la petite église abbatiale, moderne, lumineuse, avec sa grande baie vitrée qui ouvre le mur derrière l’autel sur la nature généreuse du domaine. Pierre et Alexandre, les deux techniciens de la RTBF, effectuent les derniers réglages. Bernard Carlier, titulaire des grandes orgues de la Collégiale Sainte-Waudru à Mons (aux côtés de Benoit Lebeau), fait courir ses doigts sur le clavier de l’orgue. Les sœurs vont et viennent, certaines s’installent, répètent les chants du jour.
Michèle Galland, Manu Hachez et André Ronflette, le trio de commentateurs du diocèse de Tournai, regardent leurs notes, se concentrent ou saluent les fidèles qui arrivent peu à peu. «C’est vraiment riche et formidable de pouvoir assurer les commentaires des messes radio», se réjouit André Ronflette. «Cela nous oblige à entrer en profondeur dans les textes du jour, à y réfléchir, à se les approprier.»
Une célébration aux accents vietnamiens

Vers 10h30, le célébrant arrive. Cette semaine, c’est Mgr Frédéric Rossignol qui présidera l’office mis en ondes, accompagné de l’abbé Gaston Debevere, l’aumônier de la congrégation de Soleilmont. Mgr Rossignol se prête lui aussi au jeu des tests de micro… mais pas en français! Car dans l’assemblée, une vingtaine de Vietnamiens sont présents. Une communauté que les conflits ont poussée à l’exode il y a maintenant plusieurs décennies mais qui se montre toujours fidèle et reconnaissante du soutien apporté à l’époque par les sœurs de Soleilmont. C’est donc tout naturellement que plusieurs membres de cette communauté ont tenu à venir chanter dans leur langue pour fêter la venue du plus asiatique des évêques de Belgique.
10h55. Le silence est total dans l’église, tout le monde est concentré. Casque sur les oreilles, les commentateurs écoutent le décompte. 11h02, André Ronflette fait un signe à l’assemblée: la rediffusion commence. Après avoir salué les auditeurs de la RTBF, le 101e évêque de Tournai remercie les sœurs: «Je suis très heureux d’être ici au milieu de vous. Je suis venu ici il y a très longtemps, quand j’étais séminariste, mais je n’étais plus revenu depuis.» Et remet le carême au centre de la célébration: «Nous sommes à la mi-carême. L’occasion de voir où nous en sommes sur notre chemin de conversion…»
La grâce de l’inattendu
Au cours de son homélie, évoquant David –un «petit» choisi par Dieu à la surprise de tous pour devenir le plus grand des rois d’Israël– et le mendiant aveugle de naissance à qui Jésus rend la vue, Mgr Rossignol insiste sur le lien entre ces deux événements: la grâce de l’inattendu. Mais aussi sur la force du temps qui, une fois la grâce reçue, permet de comprendre celle-ci, d’en percevoir les enjeux et les conséquences. «Il ne suffit pas d’être oint par le prophète pour devenir un bon roi, tout comme il ne suffit pas de recevoir le sacrement du mariage ou de l’ordre ou de prononcer ses vœux pour devenir un bon couple, un bon prêtre, un bon évêque ou un bon religieux.»
Le carême est ainsi une période qui nous offre de continuer à découvrir les grâces que Dieu nous octroie et qui nous permettent de faire le bien autour de nous, faisant ainsi de nous des instruments de l’amour de Dieu pour nos frères et sœurs.
Une fois la célébration terminée et les micros coupés, l’évêque de Tournai remercie encore les sœurs de Soleilmont pour leur disponibilité au cours de ces semaines de radiodiffusion. Un service qui bouscule et peut être source d’un peu de stress, «mais parfois c’est bien d’être bousculés dans notre charité», souligne l’évêque dans un sourire.
Agnès MICHEL


















