Une parenthèse pleine de douceur et d’amour à Bonne-Espérance
La journée s’intitulait «La Joie de l’Amour». Plus de 400 personnes ont répondu à l’appel: des couples, des familles, des célibataires, des jeunes, des moins jeunes… Une joyeuse symphonie de parcours de vie, de réalités différentes les unes des autres, de réussites, de difficultés et de rêves.
Dans la campagne hennuyère, la brume s’étire paresseusement au-dessus des champs. Pour nous rappeler que même si le ciel n’est strié que de rares voiles nuageux et si le soleil luit généreusement, c’est bien l’automne, en ce samedi 3 octobre 2026. Il ne fait pas très chaud à 8h20 du matin, mais la lumière est magnifique et l’atmosphère un peu magique. Et voilà le site de l’abbaye de Bonne-Espérance, qui surgit au bout d’un petit chemin encaissé.
À l’entrée du parking, des bénévoles en vareuse fluo sont à pied d’œuvre pour diriger les premiers visiteurs et aligner les voitures. Il n’y a pas encore grand monde, et pourtant le site ressemble à une ruche, il y a encore du matériel à décharger, quelques détails à peaufiner. Certains ont dormi –ou essayé de dormir– sur place. Les grands sourires font presque disparaître les mines fatiguées.
Passée l’entrée, c’est un univers orange, rose et bleuté qui s’impose. Des ballons donnent un air de fête aux lieux. Et c’est une vraie fête que le service pastoral des Couples et familles, épaulé par le service des Jeunes, prépare depuis de longs mois. Pour les 10 ans d’anniversaire de l’exhortation apostolique Amoris laetitia, du défunt pape François. Une fête autour de l’amour, que l’on soit seul, en couple ou en famille, que la route soit plutôt droite ou plutôt tortueuse. Fêter le chemin parcouru, avec ses beautés et ses fragilités.
Des conférences pour réfléchir
Tandis que le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez allait s’attarder sur «Comment bien accompagner le développement sexuel des enfants et des adolescents» et plus tard Marie-Liesse Malbrancke, coach en relations amoureuses, s’interroger sur «Comment entrer dans une relation épanouissante et durable», Mgr Frédéric Rossignol a lui voulu creuser avec celles et ceux venus l’écouter le chapitre 8 d’Amoris laetitia, «Accompagner, discerner et intégrer la fragilité». Un sujet et un orateur qui ont attiré de nombreux participants à la journée dans la bibliothèque des moines du collège, presque trop petite pour l’occasion!
Pour l’évêque de Tournai, quel que soit l’appel qui nous met en marche (vivre en couple, construire une famille… ou devenir évêque!), il s’agit avant tout d’un appel à la conversion, afin de grandir et devenir plus généreux. Mais des écueils peuvent nous ralentir ou nous décourager. Comme l’idéalisme, qui nous fait rêver à un monde qui n’existe pas. «Être dans la réalité n’est pas facile. Nous sommes tous avec nos faiblesses, le poids du passé, les choix positifs et négatifs que l’on a faits.» Ou la culpabilité. De ne pas parvenir à rejoindre un idéal de vie. «Chacun participe à la beauté du monde. La vie est compliquée, semée d’embûches. (…) Les fragilités et les imperfections ne veulent pas dire le néant. On peut vivre quelque chose de beau même si ce n’est pas parfait.»
Et si les exigences de la vie chrétienne n’ont pas diminué, insiste Mgr Rossignol, la parole du pape François a changé le ton de l’Église, appelée à accueillir avant tout, à offrir espérance et encouragements, à se mettre à l’écoute sans supériorité ou superficialité mais avec humilité. «Refuser d’accueillir, c’est refuser de reconnaître l’humanité de l’autre. On a tous une tendance naturelle à aller vers l’homogénéité, mais le Christ nous dit d’accueillir celui qui est différent. Accueillir la diversité, cela s’apprend et demande du temps…»
Une célébration pour dire merci
La basilique Notre-Dame de Bonne-Espérance était comble, en fin de matinée, pour un temps de célébration qui a donné sa place à toutes et tous et qui a fortement marqué et touché l’assemblée. Enfants assis au pied de l’autel, adolescents, parents, grands-parents, personnes en couple ou célibataires, prêtres, diacres, religieux et religieuses,… Appelés à vivre dans la confiance, comme des enfants, les aînés puis les plus jeunes ont tour à tour étendu les bras les uns vers les autres pour une prière réciproque. Un peu plus tard, les versets de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens ont été récités par des lecteurs dispersés au milieu de l’assemblée: «L’amour prend patience… il supporte tout, il fait confiance en tout… L’amour ne passera jamais.»
Si les jubilaires, de 5 à 60 ans de mariage, ont été mis à l’honneur, au milieu des applaudissements et des youyous, tous les autres couples mais aussi les personnes seules, quelle que soit leur situation, ont reçu attention et douceur. Toutes et tous ont été invités à s’inspirer des enfants, joyeux de vivre, d’aimer, qui savent s’émerveiller, dire merci, ne pas garder rancune. Les «s’il te plaît» de l’assemblée, eux, se sont écrits sur des petits bouts de papier, confiés ensuite à des communautés religieuses afin qu’elles les portent dans leurs prières.
Des ateliers pour se rencontrer
La journée des familles n’a pas manqué de temps forts, mais elle a aussi été parsemée d’innombrables ateliers, moments de rencontre et d’échanges pensés pour tous les âges. Des animations pour les petits, de l’art floral, du chant, des temps d’adoration, un grand jeu de piste sur le site, une découverte des langages de l’amour, la visite de l’exposition du Centre d’Histoire et d’Art Sacré en Hainaut (CHASHa). Un jeu sur la joie de l’amour, tout spécialement créé par le service diocésain des Couples et familles, a pu être testé sur place. Les couples ont également pu prendre un temps de partage avec l’atelier «La connexion dans le couple».
Dans l’îlot de verdure au centre du cloître, des espaces avaient été aménagés pour rencontrer un prêtre ou des laïcs formés à l’écoute, déposer ses joies et ses peines ou vivre le sacrement de réconciliation. D’autres lieux ont accueilli des tables de parole. Pour les personnes séparées, divorcées, remariées. Pour les personnes homosexuelles et leurs proches, que Mgr Rossignol a tenu à rencontrer le temps d’une discussion sans faux semblants, franche et «en vérité», au-delà des tensions qui peuvent être ressenties par les uns et les autres, avec la volonté de cheminer ensemble.
Du théâtre et un concert pour rire et danser
Et puis il y a eu aussi beaucoup de moments de légèreté, de rires et de chant. Avec la troupe du KT-atre, le public a suivi le prophète Jonas, qui malgré son mauvais caractère est appelé à aller jusqu’à la ville de Ninive pour la préserver de la destruction. Une pièce toute en humour et en couleurs qui a fait vibrer la basilique.
Alors que l’après-midi était bien entamé, un goûter organisé par les jeunes et au profit des participants aux prochaines JMJ (qui se tiendront à Séoul en août 2027) a concentré les participants dans le réfectoire du collège. «The place to be» pour finir en beauté puisque c’est là que le Rise UP Tour avait dressé la scène de son concert de louange explosif! Chanteurs et musiciens en toute grande forme ont fait chanter et danser les spectateurs, qui en ont presque oublié la fatigue de cette longue journée. Et quelle journée!
Agnès Michel
Retrouvez toutes les photos de la journée des familles (et des couples jubilaires) dans notre album































