Les migrations: une dimension structurante de la vie ecclésiale
Au cours d’une matinée de rencontre et d’échanges, le service des migrations de notre diocèse a montré à quel point cette pastorale ne se résume pas à un simple «secteur» de la vie diocésaine mais constitue une réelle opportunité pour l’Église. Et combien elle touche au cœur de l’Évangile.
De tous temps, des hommes et des femmes se sont déplacés, ont quitté leur pays d’origine, se sont installés «ailleurs». La Bible n’est pas en reste d’histoires de fuites, d’exils, de «mouvements», depuis Abraham jusqu’au Christ lui-même. Et de tous temps sans doute, l’accueil de l’étranger, de cet autre qui vient parfois bousculer nos habitudes, est source d’inquiétudes et de questionnements, quand ce n’est pas de rejet et d’agressivité. Et pourtant, en apportant avec lui sa culture, ses traditions, son dynamisme et ses rêves, «l’étranger» est aussi une source de richesse, de partage, de renouvellement.
Pendant une matinée, à quelques jours de Pâques, une petite centaine de personnes se sont retrouvées à la maison diocésaine de Mesvin à l’invitation du Service pastoral des Migrations. L’occasion de parler évolution, enjeux, défis, mais aussi de présenter au nouvel évêque de Tournai un service qui se veut un carrefour entre diversité et unité, qui promeut une Église de l’hospitalité ou encore qui encourage la participation active des fidèles issus de l’immigration. «Des communautés venues de différents pays, cultures et traditions n’enrichissent-elles pas aujourd’hui nos paroisses?», s’est interrogé l’abbé Claude Musimar, responsable du service. «Nous observons de plus en plus la fraîcheur de foi qu’apportent les personnes venues des autres continents, une foi encore vivante, leurs expressions liturgiques, leur sens communautaire et leur dynamisme missionnaire…»
Une tradition d’hospitalité
Le vicaire général Olivier Fröhlich a dressé un portrait en chiffres du diocèse hennuyer. Le Hainaut, ce sont près de cent nationalités, soit environ 167000 personnes de nationalité étrangère. Les communes qui comptent le plus de migrants sont Charleroi, Mons ou La Louvière, devant Tournai et Mouscron. Les plus nombreux sont les Italiens, suivis par les Français, les Marocains, les Roumains et les Espagnols. «Notre société est multiculturelle, et cette réalité n’est pas un phénomène transitoire», a relevé l’abbé Fröhlich.
Le service pastoral des migrations du diocèse de Tournai a vu le jour en 2004. Il s’est vu rapidement attribuer quatre missions principales: assurer l’accompagnement humain et spirituel des migrants; promouvoir une approche positive des phénomènes migratoires en rappelant que les migrations constituent une chance et un enrichissement tant pour les migrants eux-mêmes que pour la société qui accueille; servir les droits fondamentaux de tout être humain; et interpeller l’Église locale afin d’ouvrir nos communautés à l’universalité, à travailler à ce qui nous rassemble et à perpétuer la tradition d’hospitalité présente dans la Bible. «Le droit d’émigrer est un droit fondamental de la personne humaine, quel qu’en soit le motif. Et comme chrétiens, nous avons à être présents aussi dans le débat socio-politique. Pas uniquement par des mots mais en vivant concrètement la solidarité avec les personnes migrantes.»
Bienveillance et interculturalité
Mais l’orateur va plus loin. Pour lui, la migration peut être vue comme un «lieu théologique», c’est-à-dire une opportunité de développer une réflexion théologique, de réfléchir à la vie et à la mission de l’Église. «Il ne faut pas uniquement partir du cœur de la foi mais aussi des périphéries pour revisiter notre manière de faire Église. Accueillir les nouveaux venus, et pas seulement les migrants. Sommes-nous capables de nous laisser bousculer, d’accueillir leurs questions?»
Les migrations sont également un réel appel à la bienveillance, en nous invitant à être des artisans de dialogue et de paix. Pas uniquement dans de grands discours mais de façon très concrète, en essayant de nous décentrer de nos propres idées et de faire de l’Église un «laboratoire de bienveillance». Enfin, les migrations nous poussent à expérimenter l’interculturalité, à relativiser et réinterroger nos manières de faire: dépasser les concepts d’assimilation et de multiculturalité pour parvenir à une interculturalité. «Cela signifie entrer en dialogue, s’interpeller. Un chemin de confiance est nécessaire, pour tenter de comprendre l’autre et de nous enrichir mutuellement.»
La charité, le critère ultime
Mgr Frédéric Rossignol est lui aussi intervenu pour évoquer ce sujet qui lui tient à cœur. Hier «migrant» en Asie où il fut missionnaire pendant de nombreuses années, aujourd’hui «migrant» en Belgique dans une Église qu’il n’avait plus côtoyée depuis longtemps. Pour l’évêque de Tournai, il est essentiel que les chrétiens soient sensibilisés aux réalités des migrants, en les écoutant, en apprenant à apprécier la culture de l’autre. Mais également que l’Église valorise la «sagesse» des migrants: «Qu’est-ce que nous connaissons de la spiritualité des migrants? Leurs grandes figures religieuses, leurs écrivains, leurs intuitions théologiques? Plus on connaît des choses de l’extérieur, plus on s’enrichit.»
Avec beaucoup d’émotion, Mgr Rossignol a partagé quelques souvenirs avec l’assemblée, mais aussi sa visite toute récente de plusieurs associations sociales tournaisiennes. À nouveau, il a mis en avant l’écoute, pour mieux connaître, pour comprendre et prendre des décisions. «Finalement, c’est la charité qui est le critère ultime de nos décisions.»
A. Michel
- Prière de la journée (Service pastoral des migrations)

Des voix et des saveurs multiples
Signes de la diversité de l’Église en Hainaut, plusieurs intervenants sont venus dire quelques mots des communautés qui enrichissent notre diocèse: le Père Oleh pour les Ukrainiens, le diacre Angelo Macchia pour les Italiens, l’abbé Ilunga pour le continent africain, avant que les îles et l’Océan indien ne fassent encore irruption dans cette belle rencontre.
Puis, à la chapelle de la maison de Mesvin, prières et chants ont résonné dans de nombreuses langues. Des langues qui se sont même mélangées, entrecroisées, nourries le temps du «Notre Père».
Et quel meilleur moyen de s’unir dans la diversité que de partager un repas aux saveurs venues d’ailleurs? À Mesvin, les tables étaient plus colorées que jamais avec des plats qui ont fait voyager les participants en Italie, en Espagne, au Vietnam, au Venezuela, au Liban ou encore au cœur du continent africain…

















