Homélie de la Messe Chrismale (31 mars 2026 – Église Saint Christophe de Charleroi)

Homélie de la Messe Chrismale

31 mars 2026 – Église Saint Christophe de Charleroi

Chers frères et sœurs,

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons le Christ se rendre à la Synagogue comme à son habitude, pour écouter la Parole. Se familiariser avec la Parole de Dieu est essentiel pour le Christ. Elle lui permet d’approfondir sa foi au Père, dans la grande tradition de son peuple. Des passages du premier Testament, tels le livre d’Isaïe ou les Psaumes, viennent façonner sa manière d’être et également sa compréhension de sa propre mission comme l’Envoyé de Dieu, le Messie tant attendu. Pour nous chrétiens, il n’y a pas de mission sans écoute et la première écoute, c’est celle de la Parole de Dieu. Ce sont ces moments de la journée où nous laissons de côté nos activités pour nous tourner vers Dieu et nous nourrir de sa Présence et de sa Parole. C’est une humble activité, discrète, mais qui porte ses fruits lorsque nous prenons la prière au sérieux. C’est une discipline aussi, parce que nous vivons nous aussi dans un monde de distraction qui nous éloigne de l’essentiel, la vie spirituelle. Lorsque le Seigneur entend la lecture du prophète Isaïe, il s’identifie à cette lecture.

Dans nos prédications, nous ne pouvons jamais dissocier la Parole de notre expérience personnelle. Sans nous mettre au centre de l’attention, nous devons néanmoins parler en « Je » dont l’objectif est de faire résonnance avec les gens qui nous écoutent. Si nous ne partons pas d’une expérience personnelle de la Parole, cette Parole reste lettre morte. Elle doit en effet s’incarner pour prendre vie. Cette Parole est à la fois résonnance de ce qui nous habite déjà et prophétie parce qu’elle nous interpelle, nous invite à une conversion plus profonde de notre agir chrétien.

La résonnance de la Parole d’Isaïe dans la vie du Christ se traduit par les mots : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture ». C’est une parole osée. Jésus nous dit qu’il annonce aux captifs la libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, il annonce une année favorable accordée par le Seigneur. » Quel optimisme dans la bouche du Seigneur, un optimisme qui semble détonner avec la réalité crue de la Passion et de la mort du Christ. Quelle liberté, quelle libération, quelle guérison ? Le Christ fait certes des miracles et touche des cœurs autour de lui mais il cristallise aussi la haine et la violence à l’égard de l’innocent.

Dans nos vies de chrétiens, nous faisons la même expérience, celle de vouloir apporter à nos frères et sœurs le cœur de l’Evangile, celle d’un Dieu qui nous aime personnellement et nous invite à le suivre en recevant une mission unique à chacun. C’est le moteur de notre activité pastorale. Dans quelques minutes, je bénirai les saintes huiles et consacrerai le Saint Chrême. Nous porterons alors dans notre prière tous les gens que nous touchons par notre activité apostolique, ceux à qui sont destinés les saintes huiles: les futurs baptisés, confirmés, les malades, les mourants, ceux qui recevront les ordres.

En pensant à eux nous vient immanquablement la question : notre pastorale est-elle pertinente et efficace ? Souvent nous faisons l’expérience d’être des « distributeurs de sacrements ». Les gens viennent vers nous en consommateurs, et lorsqu’ils ont consommé, nous ne les revoyons plus. Combien de personnes reçoivent les sacrements sans qu’ils ne soient associés à une profonde conversion du cœur ? À cette superficialité de l’éphémère s’ajoute la solitude du chrétien et en particulier du pasteur. Nous donnons mais nous ne voyons pas toujours les fruits de notre travail. Pire encore, nous n’arrivons pas toujours à mobiliser les gens pour qu’eux-mêmes à leur tour prennent des responsabilités dans l’Église, qu’ils soient eux aussi « en tenue de service ».

Frères et sœurs, la Bonne Nouvelle dans tout cela, c’est que nous prenons exactement le chemin qu’a pris notre Seigneur avant nous ! Les épreuves nous façonnent, les épreuves attisent notre générosité ! Les épreuves renforcent notre foi ! Nous n’avons pas à être les juges ni de nos frères et sœurs, ni de nous-mêmes ! Dans l’Évangile de Jean, Jésus dit : « Et si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde pas, moi, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu juger le monde mais sauver le monde. » Mais revenons à l’Évangile d’aujourd’hui. Lorsque le Christ dit qu’aujourd’hui, ce passage de l’Ecriture s’accomplit », il atteste que sa mission est féconde, malgré les vents contraires. Il est le Sauveur, non pas seulement des gens qu’il touche aujourd’hui, concrètement, par ses prédications et par sa Parole, mais Il sauve l’humanité entière. Notre mission porte également ses fruits et elle transcende l’ici et le maintenant! Notre mission est reçue avec reconnaissance par Dieu ! Chaque sacrifice que nous faisons pour la mission a du prix aux yeux de Dieu ! Et nous ne restons jamais longtemps sans voir les fruits de notre apostolat, tout comme Jésus a vu des conversions au long de son apostolat ! Notre vie prend sens lorsqu’elle est à la mesure du Christ, une succession de joies et de persécutions ! Ne croyons ni en vie exempte de persécutions ni en une vie stérile !

En cette messe chrismale, prions pour nous-mêmes, prions pour les vocations consacrées et tous ceux qui sont au service de l’Eglise.

Votre frère et pasteur,
+ Frédéric Rossignol

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