250 ans d’architecture, de liturgie et de mémoire

Bonne-Espérance : 250 ans d’architecture, de liturgie et de mémoire

Le 7 juin 2026, l’abbatiale de Bonne-Espérance a célébré ses 250 ans dans le cadre d’une messe jubilaire, en lien avec la fête du Saint-Sacrement et la fête de saint Norbert.

Cette célébration a marqué un temps fort du calendrier liturgique et patrimonial, en rappelant qu’un édifice religieux n’est pas seulement un monument : il demeure un lieu vivant de culte, de transmission et d’identité communautaire. Dans la continuité de cet anniversaire, le CHASHa et la Maison de la Mémoire de Bonne-Espérance ont ouvert une exposition consacrée à l’histoire de l’abbatiale et à son rayonnement jusqu’à nos jours.

Entre Leffe et Bonne-Espérance

La messe jubilaire du 7 juin a donné à l’anniversaire une dimension spirituelle autant que mémorielle. Présidée par le Père abbé de Leffe Christophe Monsieur, abbaye prémontrée, elle s’est inscrite dans la tradition liturgique du lieu, avec un chant grégorien qui a souligné la continuité entre le passé monastique de Bonne-Espérance et sa vocation actuelle. Le choix de cette date, associée à la fête du Saint-Sacrement et à saint Norbert, fondateur de l’ordre des Prémontrés, a conféré à la célébration une forte cohérence symbolique.

Elle a mis en lumière le lien profond qui unit saint Norbert à la fête du Saint-Sacrement, au cœur de la spiritualité prémontrée. Chez les Prémontrés, l’Eucharistie constitue en effet la source de la vie communautaire, de la prière commune et du service pastoral : c’est autour du Christ réellement présent que s’ordonne toute la vie de l’Église. Cette centralité est aussi exprimée par l’iconographie de l’ostensoir, qui rappelle saint Norbert comme ardent défenseur de la foi dans l’Église, ainsi que par le décor du chœur, où les scènes de l’Ancien Testament, notamment celles liées à Moïse, préfigurent le mystère eucharistique. Dans cette continuité, l’abbatiale prémontrée a ensuite été transmise au grand séminaire afin de demeurer un lieu de formation et de vie de la foi chrétienne dans le diocèse, avant de devenir basilique en 1957, à l’occasion du pèlerinage de la Vierge.

Pour le public, cette messe a permis de percevoir l’abbatiale non comme un objet patrimonial figé, mais comme un espace où architecture, musique et liturgie continuent de dialoguer.

Une exposition à découvrir 

Le vernissage de l’exposition a inauguré cette célébration en ouvrant au public un parcours scientifique et sensible dans l’histoire du chantier de la fin du XVIIIe siècle. Francis Tourneur, docteur en sciences géologique et spécialiste des pierres et marbres en Wallonie, a inauguré l’exposition avec une conférence sur les marbres de Bonne-Espérance. L’exposition, déployée entre la nef de l’église abbatiale et l’ancienne sacristie devenue espace muséal du CHASHa, rassemble plans originaux, études, œuvres d’art et objets liturgiques afin d’éclairer la genèse, l’usage et les transformations de l’édifice. Elle rappelle aussi que l’actuelle basilique est l’œuvre de Laurent-Benoît Dewez, architecte majeur des Pays-Bas autrichiens, dont le langage néoclassique a marqué plusieurs grands chantiers religieux et civils de la région. Le vernissage a ainsi mis en valeur la complémentarité entre la lecture architecturale du monument et l’approche muséale proposée par le CHASHa, opérateur d’appui de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour le patrimoine religieux des fabriques d’église du Hainaut.

Un patrimoine à lire

L’exposition ne se limite pas à célébrer une date anniversaire ; elle propose une véritable lecture du patrimoine religieux hennuyer. Les objets exposés, qu’ils relèvent de la liturgie, de la création artistique ou de la mémoire documentaire dans les archives, permettent de comprendre comment une basilique se construit dans le temps, par ses matériaux, ses usages, ses décors et les gestes qui l’animent. Cette approche répond pleinement à la mission du CHASHa, créé pour conserver, étudier et valoriser le patrimoine religieux en lien avec le diocèse de Tournai et le territoire hennuyer, en articulant conservation, médiation et expertise de terrain. Dans ce cadre, l’exposition montre aussi les enjeux actuels de sauvegarde, de conservation préventive et de transmission aux générations futures.

Jouez avec le patrimoine

Pour renforcer l’accessibilité du discours patrimonial, le CHASHa propose également un jeu d’enquête patrimonial conçu comme une immersion dans l’histoire vivante de Bonne-Espérance, de manière ludique. Inspiré d’archives authentiques, ce parcours invite les visiteurs à résoudre le mystère de la crosse du dernier père abbé, disparue depuis la période révolutionnaire, en rencontrant des personnages réellement attestés par les documents conservés — abbé, architecte, sacristain, chasublier, novice ou fille du meunier. En rendant le visiteur actif, ce jeu transforme la visite en expérience d’apprentissage, tout en valorisant la rigueur historique et l’attention aux sources matérielles, ce qui correspond à la vocation pédagogique du CHASHa. Il s’agit aussi d’un moyen concret de montrer que le patrimoine religieux ne se comprend pleinement que lorsqu’on apprend à lire ses objets.

Des inédits !

Parmi les éléments à découvrir, l’exposition met en lumière des plans, des études préparatoires, des pièces d’orfèvrerie, des textiles, des tableaux et des documents qui racontent à la fois le chantier du XVIIIe siècle et la vie liturgique de l’édifice au fil du temps. Les visiteurs peuvent ainsi admirer les plans originaux dessinés par Laurent-Benoit Dewez prêtés par les archives générales du Royaume, tout comme sa quittance de paiement pour les plans, retrouvées dans le fonds de Bonne-Espérance aux archives de l’état à Mons.

L’intérêt de l’exposition tient précisément à cette articulation entre un grand récit historique et des objets concrets, parfois modestes en apparence, mais essentiels pour comprendre les usages du lieu. À travers eux, c’est toute l’histoire d’une communauté, de ses rites et de ses transformations que l’on peut reconstituer.

Déborah Lo Mauro

Exposition : infos pratiques

Abbaye de Bonne-Espérance, Rue Grégoire Jurion 22, 7120 Estinnes

Ouverture tous les dimanches de 14h30 à 18h00 du 7 juin 2026 au 4 octobre 2026. Accès gratuit.

Visite guidée tous les dimanches à 15h00 sans réservation (10€).

Visite guidée pour les groupes sur réservation (10€ par personne, min. 10 personnes)

Jeu d’enquête sur la disparition de la crosse du dernier père abbé. A partir de 5 ans avec un adulte, à partir de 10 ans en autonomie. Gratuit.

Audioguide gratuit sur Izitravel (exposition et site de l’abbaye).

Contact : info@chasha.be +32 64 33 03 46

www.chasha.be

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