Camp vélo 2026: six jours sur les routes pour un voyage intérieur
Partis de Mouscron, ils ont sillonné les petits chemins du diocèse hennuyer pour passer par Molenbaix, Ath, Petit-Enghien, Strépy et Tournai. Ils ont grimpé des côtes, affronté la canicule. Ils ont aussi chanté, prié, partagé des petits bouts de leur vie, avec saint François d’Assise comme guide spirituel.
Une vingtaine de jeunes, venus des diocèses de Tournai et de Namur, s’étaient inscrits pour parcourir ensemble près de 200 kilomètres à travers plusieurs unités pastorales du Hainaut. Ils ont quitté la cité des Hurlus le mardi 28 juillet et ont bouclé leur périple au pied de la cathédrale Notre-Dame de Tournai le samedi 1er août. Chouchoutés par l’équipe de la pastorale des jeunes et par Sr Anne Thielen, la responsable du service diocésain de la catéchèse liée à l’initiation chrétienne, ils ont logé dans des écoles, des presbytères. À chaque étape, des moments de réflexion, de partage de prière et de célébration. «Là où quelques-uns sont réunis en mon nom…»
Le mercredi matin, vers 9h, je les rejoins à l’Institut Saint-Joseph, à deux pas de l’église Saint-Julien, au cœur d’Ath. C’est l’heure des derniers préparatifs, on range les matelas, on rassemble les sacs. Les traits sont tirés, la plupart ont des petits yeux, la nuit n’a sans doute pas été très confortable. Mais les sourires sont quand même de mise. Avant de se mettre en route, tout le monde se rassemble dans la cour et s’installe en rond, pour les laudes. Psaumes, chants et prières se succèdent. Puis Sr Anne lance quelques recommandations: troisième jour sur les routes, la fatigue commence à se faire sentir, il faut rester attentifs, éviter les chutes et ne jamais laisser quelqu’un seul.
La beauté des petites choses de la vie
Une cinquantaine de kilomètres attend les participants, entre Ath et Enghien, par le Ravel puis par les chemins de traverse. Il fait moins chaud que la veille et le début du parcours est plat, au gré des méandres de la Dendre. La veille, les jeunes ont fait un crochet par Tournai pour venir chercher Mgr Rossignol, qui n’a pas hésité à enfourcher son vélo pour se joindre à eux. «J’organisais des camps vélo depuis 2003 pour les communautés de l’Assomption, explique Sr Anne. Puis avec Antoine [ndlr: Antoine Poivre, ordonné prêtre au mois de juin 2026 à Mons], on a eu l’idée de faire découvrir le diocèse à vélo au futur évêque. Peu de temps après que Mgr Rossignol ait été désigné, nous avons appris qu’il aimait pédaler. Rendez-vous a été pris pour l’été 2026!»
Sur un pont qui surplombe la rivière, peu avant Lessines, je les vois arriver par petites grappes. Ils ont l’air heureux, saluent de la main. Les dix premiers kilomètres n’ont pas entamé leur bonne humeur. Il est un peu moins de midi quand tout le monde arrive à Grammont. Il a fallu grimper une belle côte pour se hisser sur la Grand place, mais cela tombe bien, c’est l’heure de la pause. De grands «fauteuils» en pierre sont pris d’assaut, on déballe les pique-niques, il y a même un étal de poissonnerie installé là providentiellement pour les plus gourmands.
Petite visite à l’église Saint-Barthélémy, certains se recueillent, d’autres admirent le trésor et les chapelles. Revenus sur la place, trois groupes se forment pour un temps de partage, autour de quelques questions reprises dans le carnet de route, inspiré par la vie de saint François: «Dieu habite dans le quotidien le plus simple, le plus ordinaire: comment est-ce que je l’y découvre?» ou «Qu’est-ce qui est petit et me parle de Dieu?»
Une belle solidarité
Il est temps de se remettre en selle. Le ciel s’est fameusement couvert, mais il ne pleut pas encore. Dans le peloton, quelques téméraires ont décidé de s’attaquer au fameux mur de Grammont, un défi mythique des routes flamandes. Je file m’installer (au volant de la camionnette-balai!) au sommet du Oudeberg pour immortaliser les courageux sportifs. Pendant les quelques minutes d’attente, plusieurs cyclistes chevronnés grimpent à toute allure ce dernier raidillon à 10%. Puis arrive Mgr Rossignol (aidé par son vélo électrique), juste devant un Antoine Poivre conquérant, qui parvient à la petite chapelle à la force des mollets. L’abbé Philippe, Sr Anne et plusieurs jeunes viendront aussi à bout du mur. La foi déplace des montagnes!
Le reste de la troupe attend de l’autre côté du mont, rejoint par une pente moins raide mais quand même exigeante. Tout le monde se retrouve pour entamer la dernière étape vers Enghien, avec un peu de pluie pour compagne. Le parcours est vallonné, une longue côte pavée entame un peu l’enthousiasme des plus jeunes, mais la solidarité se manifeste à chaque instant. Il n’est pas rare de voir les plus en jambes faire demi-tour pour encourager leurs partenaires d’équipée ou les pousser dans le dos quelques secondes. Les chemins serpentent au milieu des champs de maïs et des prairies. Il y aura deux chutes ce jour-là, avec quelques écorchures et une épaule douloureuse à la clé. Heureusement, le casque est de rigueur chez tout le monde!
Après l’effort…
C’est dans la cure de Petit-Enghien que se termine la journée. Une fois les vélos rentrés, tout le monde se rassemble –encore en tenue de route– dans une pièce du rez-de-chaussée pour la célébration. Conscient de l’état de fatigue des jeunes cyclistes, Mgr Rossignol écourte l’homélie mais leur indique un chemin de liberté et de confiance: «Nous avons tous un passé, avec ce qui est bien et aussi avec toutes nos blessures. Mais le Seigneur ne veut pas nous enfermer dans notre passé, il nous promet un horizon de bonheur. Le monde est fait de gens qui font le bien et de gens qui font le mal. C’est vrai dans notre propre vie, dans la société. Avec tout ce que nous avons dans le cœur, continuons notre route…»
Avant une douche bienvenue, de délicieuses glaces venues d’une ferme toute proche redonnent des forces aux participants. Ce soir, ils pourront bricoler une croix, prendre un repas tous ensemble, chanter. Puis tenter de dormir un peu et de récupérer l’énergie nécessaire pour la prochaine étape, vers Strépy, avant de rentrer sur Tournai avec une célébration finale à la cathédrale. C’est tout ça, le camp vélo. De l’amitié, du partage, de la fatigue, parfois une pointe de découragement, beaucoup de solidarité, de l’attention aux autres. Un chemin de foi pour se (re)trouver soi-même et rencontrer un peu plus l’Autre.
Agnès MICHEL
Petite pose à quelques kilomètres d’Enghien, le temps d’une photo-souvenir
(sur laquelle manque un petit groupe d’échappés!)









































