Bois du Cazier : 70 ans et une émotion toujours aussi vive
Sur le site du Bois du Cazier, à Marcinelle, une assemblée recueillie s’est rassemblée le sous le chevalet, pour une messe en mémoire des 262 victimes de la catastrophe du 8 août 1956.
Avant la journée de commémoration proprement dite, nombreux étaient ceux à rejoindre le musée ce vendredi 7 août 2026 pour assister à la messe présidée par Mgr Rossignol. À ses côtés, l’abbé Procureur, doyen du Pays de Charleroi, mais aussi des prêtres venus du diocèse de Tournai et même d’Italie. Dans l’assemblée se retrouvaient des représentants des autorités belges et italiennes, des membres des familles des victimes et des paroissiens.
Une portée internationale
70 années se sont écoulées depuis la tragédie. Cela nous paraît à la fois lointain et pourtant si proche encore. Ce qui frappe, c’est non seulement son ampleur mais aussi sa portée internationale, car cette catastrophe prit la vie de 136 Italiens, 95 Belges, 8 Polonais, 6 Grecs, 5 Allemands, 3 Hongrois, 3 Algériens, 2 Français, 2 Russes, 1 Britannique et 1 Néerlandais.
Cette interculturalité s’est traduite dans la célébration par des lectures en italien et des intentions lues en plusieurs langues. Le Notre Père a étalement été récité en italien et en français. Derrière l’assemblée flottaient les drapeaux de tous les pays touchés par la catastrophe.
De Léon XIII à Léon XIV
Dans son homélie, Mgr Rossignol a évoqué le pape Léon XIII et son encyclique Rerum Novarum sur la justice sociale. Publiée en 1891, elle constatait déjà les ravages de la révolution industrielle. Tout en apportant la prospérité, celle-ci traînait derrière elle son lot de malheurs et de souffrance. Dans son encyclique, Léon XIII abordait la question du travail, des devoirs et des droits des travailleurs et des patrons.
135 ans plus tard, son successeur Léon XIV a publié une nouvelle encyclique sociale, Magnifica Humanitas, centrée sur le monde numérique. Comme le constate notre évêque : « entre le pape Léon XIII, la catastrophe du bois du Cazier et 2026, les choses n’ont pas tellement changé ». Si les conditions des travailleurs en Europe ont évolué, nous pouvons observer un retour en arrière, « dans un monde numérique, où vous avez vraiment une petite minorité qui commence à avoir un pouvoir supranational, et parfois nos hommes politiques sont bien en peine pour avoir une emprise sur le monde dans lequel nous vivons ».
Pour un monde plus juste
Devant les injustices sociales actuelles, Mgr Rossignol suggère trois actions que tout chrétien peut entreprendre pour rendre le monde plus juste : tendre vers plus de sobriété, rechercher un profit plus mesuré et être solidaire.
La sobriété, c’est trouver du plaisir dans les choses ordinaires et ne pas rechercher le luxe, la démesure ou le plaisir continuel. C’est apprécier son quotidien dans la sobriété. Cela permet aussi d’apprécier davantage les quelques extras.
Rechercher un profit qui soit mesuré est quelque chose de difficile, car c’est une façon de penser qui va à l’encontre d’une tendance naturelle. Mais cela est valable tant pour les grandes multinationales que pour chacun de nous. Chacun a droit à un salaire juste par rapport à son travail, mais celui qui profite d’un produit qu’il est le seul à pouvoir fournir et qui fait s’envoler les prix participe à la création d’une société inégalitaire.
Être solidaire, cela peut passer aussi par prévoir dans son budget une partie dédiée au plus démunis. Si notre modèle social actuel, avec ses taxes et sa solidarité globale, est une bonne chose, il ne suffit pas pour permettre à tous un accès digne aux produits de première nécessité, notamment médicaux.
Cette homélie à caractère social nous rappelle que les tragédies comme celles de Marcinelle sont aussi des leçons à retenir. Pour que plus jamais elles ne puissent se reproduire.
Marie Lebailly
En savoir plus : site du Bois du Cazier




























