Mieux se connaître pour mieux vivre ensemble

Dialogue interreligieux: se connaître pour mieux vivre ensemble

Plusieurs imams et fidèles de la communauté musulmane de la région de Charleroi ont accueilli Mgr Rossignol et une délégation catholique à la Grande mosquée Arrahma, à Marchienne-au-Pont. Une rencontre pour poser des bases d’amitié, de respect mutuel et de connaissance réciproque entre les deux traditions.

Initialement prévue à la mi-juin 2026, c’est finalement le 16 septembre que s’est tenue cette rencontre islamo-catholique à l’initiative du Père Sylvestre Eves, responsable de la Commission diocésaine pour le dialogue interreligieux. Autour du thème «Cheminer ensemble dans la Province du Hainaut», des représentants des deux communautés se sont retrouvés pendant quelques heures pour évoquer leurs réalités, leurs attentes et certaines initiatives déjà mises en place en matière de dialogue.

Mgr Rossignol et les membres de la délégation catholique ont ainsi été accueillis très chaleureusement dans la Grande mosquée Arrahma, établie sur la rive droite de l’Eau d’Heure à Marchienne-au-Pont. Un premier tour de table a permis à chacun de se présenter. Dans la bouche des uns comme des autres, les mots qui reviennent le plus souvent sont «créer des liens», «vivre ensemble», «faire ensemble» ou encore paix et amitié. Mais avant de poursuivre plus avant les échanges, participants et participantes sont invités à passer à table: «Chez nous, on ne parle pas le ventre vide», lance l’un des responsables des lieux dans un grand sourire. Et partager un repas, c’est aussi une façon de se découvrir.

S’ouvrir aux autres

L’imam Abdullah, converti à l’islam depuis près de 20 ans, insiste: «Il n’y a pas besoin d’être identiques pour bien vivre ensemble, mais il est important de se connaître.» Aujourd’hui, beaucoup de gens aux cultures et aux religions différentes se côtoient, vivent les uns à côté des autres, mais sans vraiment se connaître, parfois sans même avoir jamais parlé ensemble. «Il y a l’image véhiculée par les médias, par les réseaux sociaux… Venir dans une mosquée ne veut pas dire devenir musulman: on peut être très attaché à sa foi en étant ouvert aux autres.» Sans pour autant nier nos différences.

S’il n’a pas eu l’occasion de côtoyer la communauté musulmane pendant ses longues années de mission en Asie, c’est néanmoins pour avoir vécu dans une réalité de minorité religieuse (minorité chrétienne dans un environnement bouddhiste) que le nouvel évêque de Tournai a été désigné comme évêque référent pour le dialogue avec l’islam. Mgr Rossignol a toutefois mis le doigt sur une autre réalité: «Nous vivons dans une société où la plupart des gens n’ont pas de religion (…) et où la religion est devenue quelque chose de privé.» Un élément commun aux chrétiens et aux musulmans dans l’Europe sécularisée d’aujourd’hui.

Pour Mgr Rossignol, de nombreux défis sont présents: bien former les membres de nos communautés, accueillir les nouveaux croyants, nourrir la fraternité –parfois difficile à vivre autour de soi et dans sa propre communauté– et le dialogue: «L’Église doit être en dialogue face à une certaine radicalisation actuelle. On ne doit pas juste considérer la théorie mais prendre en compte la réalité des gens, les accueillir.»

Un éventail d’initiatives

Peu avant 14h, l’appel à la prière retentit en arabe dans la mosquée Arrahma. L’imam Abdullah en traduit les paroles pour la délégation catholique, qui est invitée à assister au rassemblement des fidèles musulmans. Les échanges reprennent de plus belle juste après. Un temps pour présenter ce qui se fait déjà en Hainaut pour favoriser la rencontre et le vivre ensemble.

Comme le GRAIR (Groupe de Rencontres et d’Actions Inter-Religieuses), mis sur pied à Charleroi au lendemain des attentats du 11 septembre. Par diverses activités, comme la visite avec des écoles de lieux dédiés aux différents cultes ou des animations dans des groupes confrontés à des problèmes de radicalisation, ce mouvement citoyen s’attache à lutter contre la méfiance et la peur. Il y a aussi Efesia-Belgique, qui se tourne vers la figure de Marie, vénérée dans les deux traditions, pour établir des ponts. Ou encore la Semaine annuelle de rencontres islamo-chrétiennes, qui se décline et se vit à Charleroi. Et bien sûr, au niveau interdiocésain, la CIRI (Commission Interdiocésaine pour les Relations avec l’Islam), qui souhaite établir un partenariat avec la communauté musulmane pour organiser une journée annuelle.

«Le dialogue interreligieux n’est pas quelque chose de compliqué», a conclu Mgr Rossignol, très heureux de cette rencontre et de tous ces échanges. «Il faut parler ensemble, s’écouter. Et c’est à nous, personnes engagées, de provoquer le dialogue, d’être des facilitateurs. Pas pour se comparer les uns aux autres, mais pour partager ce que l’on vit.»

Agnès MICHEL  

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