Notre chemin intéresse plus le Seigneur que le but à atteindre, si noble soit-il !
Intervention de Mgr Frédéric Rossignol, à la journée « Amoris Laetitia » du 4 octobre 2026.
Il y a un peu moins d’un an, lorsque je travaillais à Rome, et que je n’étais pas encore évêque, j’ai entendu une homélie prononcée par un tout jeune évêque prononcé pour ses confrères tout jeunes évêques également. Et cet évêque disait à ses confrères : « Savez-vous pourquoi nous avons été appelés à devenir des évêques ? Pour une seule raison : nous convertir » ! J’ai trouvé cette parole absolument géniale et pertinente et elle s’applique à chacun d’entre nous ! Dans notre histoire à chacun, il n’y a qu’un seul horizon, c’est celui de la conversion, ou dit en d’autres mots : de la croissance, d’un appel à un amour toujours plus grand. Le Saint, c’est celui qui se dit tous les jours : Dieu m’appelle à me donner davantage ! Et le contraire de la sainteté, c’est l’auto-suffisance ! Ma vie, elle est pépère, elle est tranquille, elle est plus ou moins réussie mais bon, je m’en accommode très bien ainsi. Si vous rêvez d’une vie pépère, l’Evangile, je vous le dis tout de go, n’est pas fait pour vous ! Notre appel, c’est celui d’une vie donnée, et donner sa vie, c’est terriblement exigeant !
Penser ainsi présente néanmoins deux écueils dans lesquels nous pourrions facilement tomber et qui sont en fait liés l’un à l’autre : celui de l’idéalisme et celui de la culpabilité. L’idéaliste, c’est celui qui rêve à un monde dans lequel il ne vit pas. Nous avons tous des rêves ! A quoi rêvez-vous ? A la vie professionnelle hyper excitante, au conjoint aussi séduisant aujourd’hui qu’il ne l’était à ses vingt ans, à des enfants hyper matures qui rangent toujours leur chambre à point nommé, etc. etc. Vous pouvez aussi rêver d’être la personne la plus épanouie de la terre, toujours avec une maitrise de soi que les maitres Zen vous envieraient, gentille et patiente envers tous les membres de votre famille, couplant merveilleusement vie professionnelle, de couple, de parent, et trouvant du temps pour vos amis et pour vous-mêmes. Mes chers amis et amies, vous n’êtes pas quelqu’un d’idéal, vos proches le savent, vous ne le serez jamais et vous ne l’avez jamais été. Et souvent, les échecs peuvent amener à deux réactions erronées : ou bien vous minimisez vos fautes, et la grande astuce de la psychologie d’aujourd’hui, c’est de se considérez toujours comme victime de son passé ! Ce n’est pas de ma faute, c’est de la faute de mon éducation, de mon partenaire, de ma vie professionnelle, de ceci, de cela. L’avantage d’être victime si je puis dire, c’est qu’on ne doit rien assumer. Votre évêque, il fait près de 100kg, mais ce n’est pas de sa faute, il a vécu 16 ans dans un pays où on mange du riz, oui mais quand ça lui plaisait, il n’hésitait pas à se resservir ! Ou l’autre erreur, c’est de ne pas croire qu’il y a un avenir qui non seulement vous attend, mais en plus qui se réalise aujourd’hui, dans le concret de votre vie. Vous êtes des gens en croissance, en chemin ! Et ce qui est fou, c’est que votre chemin intéresse plus le Seigneur que le but à atteindre, si noble soit-il ! Vous êtes des gens formidables, parce que Dieu vous regarde ainsi ! Mais j’ai quand même une nouvelle un peu ardue à vous annoncer, si la route est belle, elle n’est pas moins semée d’embuches et surtout le sommet est encore loin et vos énergies vont êtres mises à l’épreuve encore bien des fois ! Vous n’avez pas encore tout donné et il vous est arrivé souvent de refuser d’être dans la logique du don ! Et en plus, vous êtes invités à aller de l’avant en ayant souvent le vent en sens contraire.
Alors dans notre vie humaine, nous avons parfois l’impression que la foi chrétienne, plutôt que de nous tirer vers le haut, nous enfonce encore plus. C’est comme s’il y avait un idéal à atteindre dont nous savons pertinemment qu’il est inatteignable, et qui ne nous donne qu’une envie, c’est de prendre un autre chemin ! Moi, si demain vous me dites : on va faire 120km en vélo, je vous dirai : merci, profites-en bien, perso, je préfère rester dans mon fauteuil ! Et pour ne rien arranger, si vous avez parfois l’impression que l’Eglise vous enferme dans un carcan moral, il faut avouer qu’elle a parfois sa part de responsabilité. Pendant longtemps, l’Eglise a pointé vers un idéal, et cet idéal a semblé si lointain que beaucoup se sont dit : c’est gentil, mais ça n’est pas pour moi. Et en gros, on offrait une perspective binaire : « c’est 1 ou 0. On est dans le cercle ou on ne l’est pas ! On est dans les conditions pour accéder aux sacrements ou on ne l’est pas ! Ou vous acceptez la vérité ou vous tombez dans le laxisme, le n’importe quoi ». Je dois dire que dans notre société d’aujourd’hui, nous sommes parfois passé à l’extrême opposé, il n’y a plus de norme, il n’y a que le sujet. « L’important, c’est d’être bien avec soi-même ! » ou comme disait la chanson : « Chacun sa route, chacun son chemin, passe le message à ton voisin ! » Le pape nous dit à ce sujet : « il est facile aujourd’hui de confondre la liberté authentique avec l’idée selon laquelle chacun juge comme bon lui semble ; comme si, au-delà des individus il n’y avait pas de vérité, de valeurs ni de principes qui nous orientent, comme si tout était égal, et que n’importe quoi devait être permis ». (AL34)
Mais depuis le pape François, il faut bien avouer que le ton dans l’Eglise a bien changé mais les exigences de la vie chrétienne n’ont pas été rabaissées pour autant ! Que nous dit le pape François dans Amoris Laetitia ?
Le pape nous dit une quantité de choses dans son encyclique, mais je voudrais me focaliser sur la question des chrétiens en situation de « fragilité ou d’imperfection » (296). J’aime bien les deux expressions parce qu’elles disent quelque chose de notre engagement aujourd’hui : nous nous sentons parfois fragiles ou nous vivons quelque chose d’imparfait. Remarquez que la fragilité ou l’imperfection ne s’apparentent nullement au néant. La fragilité est liée à la vulnérabilité. Ça peut casser, mais ça peut tenir ! L’imperfection, c’est un état qui n’est pas de l’ordre du binaire, bon-pas bon… Au numéro 295, juste avant, le pape parle de « sujets qui ne sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. » On n’a pas compris tout ce que la vie chrétienne avait d’exigence, en conséquence on ne l’a pas valorisé et donc on ne l’observe pas pleinement ! Est-ce que vous croyez que moi, j’ai compris, valorisé et que j’observe pleinement les exigences de ma vie d’évêque ? Mais j’ai envie de dire : c’est impossible ! Le pape parle aussi de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition (296). Ne pas être en situation idéale, nous fait souffrir ! Moi, je me dis souvent : mais bon sang, si tu avais davantage de qualités, tu serais un meilleur évêque ! Et je m’attriste de ne pas être un meilleur pasteur ! Ai-je raison de m’attrister ? Oui, d’une certaine manière ! Mais est-ce que m’attrister me motive à aller de l’avant ? Non ! La mission de l’Eglise, pour le pape, c’est d’encourager sur le chemin de la vie et de l’Évangile (AL 299), de donner une parole de vie et d’espérance (AL 57). Encourager, c’est au fond le rôle de tout un chacun en responsabilité par rapport à d’autres personnes. L’Eglise a reçu la mission d’aider les chrétiens à progresser dans leur vie pour goûter à la joie de l’Evangile et aussi pour prendre conscience que cette joie ne se fait pas sans y mettre du sien avec une générosité qui peut aller au-delà de ce qu’on aurait imaginé spontanément.
Alors quelles sont les situations concrètes dans lesquels les gens se retrouvent et peuvent se sentir jugés par l’Eglise, enfoncés au lieu d’être accueillis, compris et encouragés ? (Demander l’avis des gens) : les personnes qui ont raté un mariage, les personnes qui ont une orientation sexuelle différente de la majorité des gens, les personnes célibataires, les chrétiens non pratiquants, les victimes d’abus, les couples qui ne veulent pas s’engager par les liens du mariage, ceux qui ne veulent pas d’enfants, les couples qui ont avorté, les personnes qui sont en dépression, les marginaux, les personnes handicapées, les agnostiques, les personnes qui ne croient pas en l’institution et ceux qui la représentent, les personnes qui ont transgressé la loi et ont une lourde dette par rapport à la société ou par rapport à l’Eglise, …
Comment devons-nous nous situer par rapport à toutes ces personnes qui se sentent à la périphérie de l’Eglise ? L’Eglise nous invite à les accueillir ! C’est l’attitude de base exigée de tout chrétien. Refuser d’accueillir, c’est refuser de reconnaitre l’humanité de la personne qui est en face de moi. Un premier constat s’impose : nous ne sommes pas toujours à l’aise pour accueillir celui qui est à la marge. Sans doute parce que nos valeurs et notre style de vie diffère grandement du leur (et encore !). Mais au fond, est-ce moi qui doit les accueillir ou est-ce le Christ en moi qui les accueille ? Si c’est moi qui les accueille, je peux avoir des critères d’affinités ou d’antagonismes qui régissent mes rapports aux autres. Si c’est le Christ qui accueille les gens par moi, alors le Christ les accueille gratuitement et avec un véritable intérêt et un amour inconditionnel. Premier constat qui s’impose donc, accueillir demande une vraie conversion !
Accueillir suppose se mettre à l’écoute et entrer dans le monde de l’autre. Le pape dénonce ceux qui au lieu d’accueillir s’asseyent sur la cathèdre de Moïse pour juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées. (AL 305) On voit bien que l’écoute s’oppose à la supériorité et à la superficialité. Elle suppose au contraire humilité et profondeur. L’humilité, c’est au fond avoir une véritable bienveillance à l’égard de l’autre. C’est plus que cela, c’est de découvrir la présence et l’action de Dieu dans la personne qui est en face de moi : Je rends grâce à Dieu du fait que beaucoup de familles, qui sont loin de se considérer comme parfaites, vivent dans l’amour, réalisent leur vocation et vont de l’avant, même si elles tombent souvent en chemin.(57) Il s’agit donc d’identifier d’abord ce qu’il y a de bien et de beau dans l’autre.
Mais ce n’est pas tout ! Si l’Evangile est un moteur de croissance et de conversion, la profondeur exige que l’on aide les gens à identifier ce qui leur empêche d’avancer, leurs échecs, les dimensions de leur vie où l’Evangile ne s’est pas encore déployé.
Nous arrivons au cœur de l’encyclique, avec une tension entre deux pôles qui sont à tenir ensemble : l’exigence de Vérité et celui de la Miséricorde. L’exigence de vérité, c’est rappeler que la vie chrétienne implique fondamentalement deux choses complémentaires : l’examen de conscience et le discernement. Être vrai sur ce que l’on vit aujourd’hui et ce que l’on a vécu dans le passé. D’autre part, il faut discerner ce qui est de l’ordre du possible pour tendre vers le Royaume. Le pape insiste sur la conscience personnelle dans cet exercice. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non pas à prétendre nous y substituer (AL 137). Mais les consciences doivent être éclairées et c’est là le rôle de l’Eglise : pointer vers un idéal possible et qui offre des étapes de conversion, à partir d’une expérience de la miséricorde de Dieu. La miséricorde de Dieu n’est pas vue comme un but à atteindre mais au contraire comme un point de départ et un accompagnement de tout le processus de conversion. « la miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux croyants. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne face au monde, rien ne peut être privé de miséricorde » (AL 310)
Une situation en particulier attire l’attention d’Amoris Laetitia, c’est celle des divorcés remariés.[1] Le pape valorise le bien fondé du mariage avec toutes ses exigences de fidélité, il dit : « En tant que chrétiens nous ne pouvons pas renoncer à proposer le mariage pour ne pas contredire la sensibilité actuelle, pour être à la mode, ou par complexe d’infériorité devant l’effondrement moral et humain. Nous priverions le monde des valeurs que nous pouvons et devons apporter. Nous devons faire un effort plus responsable et généreux, qui consiste à présenter les raisons et les motivations d’opter pour le mariage et la famille, de manière à ce que les personnes soient mieux disposées à répondre à la grâce que Dieu leur offre. » (AL 35) Et il rappelle que s’engager dans le mariage, c’est s’engager à vivre la fidélité, l’engagement à vie (l’indissolubilité) et l’ouverture à la vie.
Mais valoriser le mariage ne veut pas dire déconsidérer ceux qui n’ont pas réussi à construire une fidélité durable dans leur couple, autrement dit ceux qui ont vécu un échec dans leur mariage. A ceux-là, quel chemin d’espérance et de gratitude leur est proposé ? « l’Église se tourne avec amour vers ceux qui participent à sa vie de façon imparfaite : elle invoque avec eux la grâce de la conversion, les encourage à accomplir le bien, à prendre soin l’un de l’autre avec amour et à se mettre au service de la communauté dans laquelle ils vivent et travaillent . » (AL 78)
Essayons d’approfondir les éléments de cette citation. Tout d’abord il y a un enjeu de conversion. Cette conversion se vit par rapport au temps présent, et c’est essentiel. Il s’agit de voir comment on grandit et on fait grandir l’autre et quelles sont les attitudes d’aujourd’hui qui sont contraires à l’Evangile. Mais il y a aussi nécessairement un regard sur le passé.
Ce regard implique un examen de conscience sur le pourquoi de l’échec[2], sur la responsabilité des conjoints, en particulier de sa propre personne et sur les dommages qui perdurent jusqu’à aujourd’hui et sur le caractère réversible ou irréversible de la situation. Pour être dans la vérité, il faut regarder objectivement le passé et le regarder avec humilité. Il serait erroné de simplement tirer un trait sur le passé, en disant : le passé est le passé. Quand on regarde le passé, on voit nécessairement d’une part des ombres et des lumières et d’autre part, un degré d’objectivité dans l’échec du mariage qu’il y a lieu d’identifier. Une chose serait par exemple d’avoir été complètement victime de l’infidélité et de l’immaturité de son conjoint (auquel cas, on devrait étudier la possibilité de la nullité du lien conjugal), une autre serait d’avoir construit sur de bonnes bases communes mais petit à petit d’avoir cessé de travailler à entretenir l’amour dans son couple, une autre situation encore serait d’avoir suivi un chemin égoïste, centré sur son propre intérêt et d’avoir laissé tombé un conjoint, certes jamais idéal, mais résolu à la fidélité et à construire son couple. Ce sont trois situations bien distinctes et dont les répercussions dans la vie d’aujourd’hui sont bien différentes.
Poser à nouveau son regard sur le passé est délicat parce que cela implique au moins trois personnes : mon ex-conjoint, moi-même et mon nouveau conjoint. Cela réveille des mauvais souvenirs et le risque est de tomber dans la culpabilité et de me faire perdre confiance et engagement dans la vie qui est la mienne aujourd’hui. L’examen de conscience peut aussi réveiller en moi la colère et le fait que je n’ai pas su ou pu pardonner à mon ex-conjoint. Il peut aussi mettre mal à l’aise mon conjoint actuel qui voudrait que je sois pleinement à lui/ à elle aujourd’hui, indépendamment des erreurs du passé.
En principe, cet examen de conscience a pour but de vivre un vrai pardon (par rapport à Dieu, à mon conjoint et à moo-même), d’examiner s’il y a lieu de vivre une réparation et de chercher à construire ma vie d’aujourd’hui avec plus d’authenticité et de don de moi-même.
Une question qui me semble importante de réfléchir, c’est comment et avec qui faire la vérité sur son passé. Je pense que le faire avec quelqu’un qui est membre de l’Eglise et extérieur au(x) couple(s) concerné(s) est important pour vivre une démarche de pardon qui soit objectivée. Les prêtres seront impliqués dans la démarche mais pas nécessairement en première ligne. Un couple prêt à accompagner, une proposition de démarche concrète sont des pistes à travailler.
« les encourage à accomplir le bien, à prendre soin l’un de l’autre avec amour et à se mettre au service de la communauté dans laquelle ils vivent et travaillent. »
« Il est important de faire en sorte que les personnes divorcées engagées dans une nouvelle union sentent qu’elles font partie de l’Église, qu’elles ne sont pas ‘’excommuniées’’ et qu’elles ne sont pas traitées comme telles, car elles sont inclues dans la communion ecclésiale. Ces situations « exigent aussi [que ces divorcés bénéficient d’un] discernement attentif et [qu’ils soient] accompagnés avec beaucoup de respect, en évitant tout langage et toute attitude qui fassent peser sur eux un sentiment de discrimination. (AL 243)
L’important est que le couple ait l’occasion de vivre sa foi, au niveau personnel, en couple et en famille. Le couple lui-même veillera à ne pas être une source de scandale pour la communauté chrétienne dans laquelle il s’insère. C’est particulièrement vrai s’il y a eu une personne lésée par le divorce ou la séparation qui reste membre de la communauté chrétienne locale. Le tout c’est la délicatesse et de la part du couple et de la part des autres membres de l’Eglise.
Trois questions se posent pour les personnes qui ont vécu un échec dans leur mariage. Peuvent-elles communier, aller se confesser et obtenir une bénédiction si elles sont dans une nouvelle union ? La difficulté est qu’il n’y a pas de réponse toute faite, que cela dépend de l’histoire de chacun dans le passé et le présent.
Je prends un exemple radical : un chrétien qui a vécu dans un adultère caché, alors que son conjoint n’y avait pas de responsabilité. Son conjoint apprend la chose il y a quelques mois, le divorce n’est pas acté, la situation reste très douloureuse. Dans ce cas-là, l’Eglise demande qu’il y ait avant toute démarche d’accès à la communion et à la réconciliation une vraie démarche d’examen de conscience et de conversion.
En revanche, si une personne a été abandonnée il y a longtemps, lorsqu’elle était jeune, qu’elle en a beaucoup souffert, qu’elle a retrouvé un conjoint, qu’ils s’aiment sincèrement, ont des enfants, et souhaitent retrouver l’accès à la communion, à la réconciliation, voire à une bénédiction, il y a dans ce cas là une demande légitime qui doit être accueillie avec respect et déboucher sur des démarches, pas nécessairement publiques, mais dans lesquelles les personnes concernées se sentent encouragées à faire le bien et à s’investir dans l’Eglise. C’est au prêtre en définitive à prendre une décision de commun accord avec le couple en question sur ce qu’il y a lieu de faire ou non.[3] Il m’est arrivé ainsi de donner la communion ou le sacrement de réconciliation à des gens dont je sentais une démarche humble, de foi et une souffrance à dépasser en faisant l’expérience de la miséricorde de Dieu. Mais vivre la communion ou la réconciliation ne veut pas dire qu’à partir du dimanche prochain, on a « droit » aux sacrements. Les sacrements sont toujours à recevoir avec reconnaissance, sans prétention, et en gardant présent la situation « imparfaite » qui est la sienne. Mais on évitera notamment d’organiser une prière des couples dans le cadre d’une célébration publique où les gens l’interpréteraient comme un mariage. Pour cela, je recommande qu’une prière pour le couple soit précédée de belles et profondes rencontres avec un couple et un prêtre de la paroisse et que la prière garde un aspect privé ou très intime (avec les enfants par exemple).
Pour conclure, je dirais qu’il faut comme l’insiste Amoris Laetitia, travailler surtout en amont, pour aider les couples à cheminer et à construire leur amour. Une petite réunion d’une heure entre le curé et le couple ne suffisent absolument pas à établir des fondements pérennes pour un bonheur de couple et de famille. Certes, beaucoup de couples viennent avec des valeurs d’authenticité, de générosité qui impressionnent l’Eglise et grâce auxquelles elle peut vraiment partager la joie de les accompagner dans leur bonheur d’aimer et d’être aimé, mais la vie nous montre que la vie de couple et de famille est un constant appel à la conversion. Il n’y a pas de joie sans croix, mais encore faut-il comprendre la valeur de tout ce que l’on fait, la sagesse de mettre sa foi en Dieu et en l’Eglise pour construire son couple et sa famille. Et pour cela, il faut s’instruire, partager et faire confiance à Dieu, à son conjoint et à l’amour que l’Eglise porte à chacun de ses membres. Les trois pôles sont un continuum des jeunes années jusqu’au dernier souffle !
[1] Je remarque qu’Amoris Laetitia n’aborde pratiquement pas la question des couples homosexuels. La question est complexe et je ne l’aborde pas dans mon intervention. Le but de tout croyant, quelque soit son orientation sexuelle, est de chercher à comprendre et à réaliser pleinement la volonté de Dieu dans sa vie. Ce discernement se fait dans un respect mutuel entre les personnes concernées et l’Eglise dans un climat de confiance et de vérité. Ici encore l’Eglise propose un idéal de vie mais l’important est toujours de partir du vécu pour comprendre là où Dieu est déjà présent (action de grâce) et là où il nous attend (conversion).
[2] Dans ce processus, il sera utile de faire un examen de conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. (AL 300)
[3] « Aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur. Je souligne également que l’Eucharistie n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » Notre de bas de page [AL 351] « Les prêtres ont la mission « d’accompagner les personnes intéressées sur la voie du discernement selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque ». (AL 300)
















