Le Souffle de vie: une main tendue face à l’indicible…

Le Souffle de vie: une main tendue face à l’indicible…

Créée en 1987 par un couple de la région bruxelloise, l’asbl offre son écoute et son aide aux femmes enceintes en difficulté ou aux parents blessés par les épreuves liées à la vie naissante. Un accompagnement respectueux et bienveillant pour contrer la désespérance et la solitude.

Micheline et Jacques ne sont plus tout jeunes. Mais pleins d’un enthousiasme communicatif pour un projet qu’ils ont lancé il y a 39 ans déjà. Ils pensent à l’avenir, ils rêvent de voir Le Souffle de vie non seulement perdurer mais encore essaimer avec des micro-antennes locales. Un soir d’octobre, une dizaine de personnes se sont rassemblées au Foyer Sainte-Waudru, à Mons, pour écouter leur histoire, découvrir cette aventure qu’ils mènent ensemble depuis quatre décennies. Plus réservé au premier abord, Jacques laisse volontiers la parole à son épouse Micheline. Sans langue de bois, l’ancienne institutrice explique les réalités rencontrées par l’association et les aides qu’elle n’a de cesse de mettre en place, en Belgique mais depuis quelques années aussi à Goma (RDC) et Kibungo (Rwanda).

Le Souffle de vie comporte deux branches. Il y a d’abord l’aide aux femmes enceintes en difficulté, quelles qu’elles soient. «Elles peuvent avoir des parents malades, être en situation illégale, en grande précarité, abandonnées par leur famille,… Parfois elles ont déjà connu une fausse couche et sont dans l’angoisse lors d’une nouvelle grossesse. Certaines ne savent pas si elles vont garder l’enfant ou pas et elles ont besoin d’aide pour faire leur choix.» L’association ne prendra pas la décision à leur place mais leur donnera toutes les informations possibles selon leur situation. Les conséquences positives et négatives de chaque option, les aides disponibles, la possibilité de rencontrer une personne ayant fait un choix ou l’autre. Avec en toile de fond une promesse: «Quel que soit ton choix, tu n’es plus seule.»

Deuil périnatal, le deuil impossible?

L’autre branche prise en charge par Le Souffle de vie est le deuil de l’enfant à naître ou tout juste né, cet enfant qui a été attendu, imaginé, rêvé, aimé déjà, mais qu’on ne pourra pas tenir dans ses bras. «Souvent on pense que c’est une perte qui survient autour de la naissance, mais ce deuil peut exister dès le début de la grossesse jusqu’à peu de temps après la naissance», insiste Micheline. «Il n’y a pas eu de contact affectif avec le petit être à venir mais il y a eu une projection de la vie avec cet enfant. L’imagination est sans limite, dès qu’une femme apprend qu’elle est enceinte. Avec le deuil périnatal, elle va devoir ‘détricoter’ cet imaginaire.»

Quelle que soit la cause du deuil, Le Souffle de vie met sur pied un accompagnement sur mesure pour chaque femme, chaque parent. Parfois en s’appuyant sur des expériences vécues dans d’autres pays, et surtout en ne négligeant aucune des dimensions du deuil. «Certaines femmes sont emprisonnées dans leur souffrance. Et puis on les voit se relever lentement…» Certes, le deuil fait partie intégrante de la vie. On vit des deuils tout au long de son existence, et pas uniquement le deuil de personnes mais aussi d’une maison, d’une profession, d’un rêve. Ce processus permet de passer d’un désarroi à une nouvelle «fécondité». Mais le deuil périnatal touche quelque chose de fondamental et ses conséquences sont à la fois physiologiques, psychologiques, relationnelles et spirituelles.

Un lieu du souvenir

Quand on perd un proche, un ami, un collègue, cette perte est «officialisée». On prévient son entourage, on organise les funérailles, et la société peut ainsi nous manifester sa solidarité. On se rassemble, on va au funérarium, à l’église, au cimetière. En quelque sorte, l’être disparu est encore là, autrement. Mais dans le deuil périnatal, il n’y a pas tous ces gestes importants, particulièrement pour la perte d’un enfant en début de grossesse.

Régulièrement, Le Souffle de vie organise des célébrations autour des familles ayant perdu un enfant pendant la grossesse. «Les gens peuvent ainsi exprimer leur souffrance ou leur solidarité par rapport aux familles en deuil, montrer de la compassion», explique doucement Micheline. «Il peut s’agir de grands-parents dont la fille a avorté, d’un compagnon qui n’a pas eu voix au chapitre… Parfois on organise des célébrations interconvictionnelles. On ne gomme pas les différences entre les religions mais on écoute la sensibilité de chacune d’elles, on s’accueille dans ce que chacun vit.»

À la maison du Souffle de vie, à Uccle, un lieu du souvenir et de l’espérance a été aménagé. Il est possible d’y mettre une petite plaque sur laquelle les parents choisissent ce qu’ils veulent écrire. On peut y aller à tout moment, sans devoir sonner et s’annoncer, pour y laisser une fleur et se recueillir.

Un projet nourri de spiritualité

La toute première chose que font les bénévoles quand ils reçoivent un appel à l’aide est de confier cet appel à une personne priante. «C’est anonyme. C’est comme une ‘chaudière’: on ne la voit pas, mais elle chauffe toute la maison. C’est la partie invisible du Souffle de vie.» Pour l’association, le spirituel a une place prépondérante. «Parce que la spiritualité fait partie de nous, que l’on soit athée ou croyant. Certains vivent de leur foi, d’autres pas, mais tous vivent cette spiritualité.» Et dans le deuil périnatal, les gens touchent en très peu de temps le mystère du début de la vie et celui de la mort…

Alors, Le Souffle de vie accompagne aussi cette dimension importante du deuil. Si les deux fondateurs de l’association vivent leur engagement dans la foi chrétienne, ils se veulent ouverts à tous les courants philosophiques et des personnes de tout bord peuvent franchir leur porte. Pour les catholiques, protestantes, orthodoxes ou musulmanes, le parcours s’appuie sur la lecture des disciples d’Emmaüs. Il permet de faire le deuil d’une absence, de tout remettre en Dieu, de comprendre qu’on n’est pas mort avec celui qui est parti si tôt, qu’on peut avoir des élans de vie en soi sans pour autant couper le lien avec l’être décédé.

Pour les personnes athées ou en révolte contre leur Dieu, contre cette souffrance qui les dépasse, pour laquelle on veut trouver un coupable, c’est une chanson de Lara Fabian qui sert de point de départ. «La parcourir permet de passer par chaque étape du deuil», explique Micheline. «Les personnes repartent avec des phrases issues de l’humanité entière, des philosophes, des chanteurs,… Cela permet de voir qu’on n’est pas seul, qu’on est porté par l’humanité dont le petit être disparu fait aussi partie. Et petit à petit de remettre de la vie en soi…»

Agnès Michel

L’espoir d’une équipe en Hainaut

Aujourd’hui, tout en restant fortement impliqués dans l’asbl qu’ils ont créée il y a près de quatre décennies, Micheline et Jacques souhaitent penser à la transmission du projet, tout en gardant son esprit de départ.

En 2025, au-delà du suivi à long terme de tous les accompagnements déjà en cours, plus de 360 nouveaux appels ont été reçus pour toute la Belgique. Parfois par des personnes qui ont vu une affiche du Souffle de vie, qui sont tombées sur le site de l’association. Mais aussi via des hôpitaux, des centres Fedasil ou des antennes de l’ONE.

La plupart des appels proviennent de Bruxelles et de Liège, mais le Hainaut n’est pas absent de cette chaîne de solidarité, avec environ 25 appels issus de Tournai, Mouscron, Mons ou Charleroi l’an dernier. C’est pourquoi le rêve de Micheline et Jacques serait la formation d’une équipe en Hainaut, soit pour l’ensemble du diocèse, soit avec des micro antennes plus locales.

Et de préciser d’emblée: «On ne se substitue pas aux services sociaux. On est simplement des êtres humains qui se rendent proches, frères et sœurs de ceux qui sont en souffrance, pour apporter une écoute bienveillante, donner des pistes. Il n’est pas question de faire les choses à la place de la personne ni de s’imposer mais parfois les gens peuvent être réellement seuls, sans famille, ou avoir un sentiment de solitude. On peut les soutenir avec une famille de parrainage. Et s’il y a des besoins financiers, la demande repasse par le secrétariat, pour ne pas miner la relation amicale.»

Dans une équipe, chaque bénévole peut trouver sa place et son rôle, selon son temps et ses possibilités. Contacter les priants, être couple responsable/coordinateur, essayer de monter un vestiaire, ou même donner des petits coups de main ponctuels.

Plus d’infos: site Le Souffle de Vie

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