Un peu d’espérance derrière les barreaux

Fidèle au rendez-vous, Mgr Guy Harpigny a célébré la messe de Noël avec une vingtaine de détenus de la prison de Tournai. Il a aussi accueilli parmi ceux-ci un futur catéchumène. Un moment de partage et de chaleur pour éclairer un quotidien difficile.

Au cœur de l’établissement pénitentiaire tournaisien, on célèbre Noël avec quelques jours d’avance. Pour cette fête de la Nativité 2023, c’est le lundi 18 décembre que Mgr Harpigny –présent chaque année auprès des détenus depuis son accession à l’épiscopat– a traversé de longs couloirs et franchi d’innombrables portes afin de rejoindre la chapelle de la prison. Là, autour de l’estrade sur laquelle trônent l’autel et le cierge pascal, les membres de la chorale Saint-Paul répètent une dernière fois les chants prévus. Des petites bougies déjà allumées et des roses de Noël donnent un air presque joyeux à ces lieux austères. Au pied de l’autel, une crèche sobre et lumineuse.

Après une demi-heure d’attente, les premiers détenus arrivent des différentes ailes de la prison. Beaucoup d’entre eux viennent serrer la main de l’évêque, des choristes, des bénévoles, avant de prendre place sur les bancs qui encerclent l’autel. L’ambiance est plutôt détendue: sourires, accolades, échange de nouvelles. Seuls quelques visages restent fermés. Amélie, membre de l’équipe d’aumônerie, donne deux ou trois consignes dans un brouhaha de classe un peu dissipée.

Des gestes symboliques

Avant d’entamer la célébration proprement dite, Mgr Harpigny s’adresse à Michel, un détenu désireux de se mettre en chemin vers le baptême: «Chaque année, des personnes souhaitent devenir chrétiennes, à la suite du Christ. C’est comme ça depuis 2000 ans… Et on profite de la messe de Noël pour les accueillir.» L’évêque de Tournai marque ainsi d’une croix le front, les oreilles, les yeux, la bouche, le cœur et les épaules de Michel pour signifier son entrée en catéchuménat.

Un peu plus tard, au cours de son homélie, Mgr Harpigny revient sur cette foi si mystérieuse, sur ces moments où l’on commence à croire: «Si on y réfléchit, soit on rejette l’idée, on se dit que ce n’est pas possible, soit on cherche à savoir. Jésus? C’était quelqu’un de bien, de gentil avec tout le monde… Et puis si on a le courage de prendre une Bible, on découvre un Jésus qui se met en colère, qui s’oppose à des gens savants, à des responsables politiques, comme Pilate.»

Cette recherche de toute une vie passe aussi par l’écoute et la prière. «Jésus est toujours vivant. Aujourd’hui, il me parle, dans mon cœur. Parfois, cela fait du bien. Parfois, il ne se passe rien. Ceux qui accompagnaient Jésus n’en parlaient pas tous de la même façon, mais tous sont d’accord sur un point: il nous parle. Il le fait pour tous, y compris ceux qui sont enfermés. Il ne donne pas de réponses spécifiques à nos questions mais il nous aide, il nous met sur le chemin de la confiance.»

Un colis pour passer les fêtes

En guise de souvenir, chacun repartira avec un petit Jésus couché dans sa mangeoire, béni par Mgr Harpigny. Souvenir d’une célébration, signe d’une présence aimante. Les participants qui le souhaitent pourront aussi emporter un CD enregistré par l’organiste de la chorale Saint-Paul, heureuse de leur offrir ce petit cadeau. Sans oublier le colis de Noël préparé par l’aumônerie : un set de table décoré d’un assemblage de photos, une tasse remplie de chocolats, des biscuits, un jeu de carte, une affiche de Noël, ou encore un agenda. De quoi vivre cette période des fêtes avec un peu de douceur, pour oublier un peu le passé, l’exiguïté des cellules, l’éloignement de ses proches.

Cette douceur, elle s’est aussi invitée dans le long moment de convivialité qui a suivi la célébration. Un verre dans une main, une gaufre ou un biscuit dans l’autre, tous se sont mélangés pour échanger un parcours de vie, des questions, des rêves. Certains, sérieux et très attentifs. D’autres avec légèreté. Tous visiblement heureux de cette parenthèse dans leur quotidien. Et c’est avec l’impression de se connaître un peu mieux que tous les participants à cette fin d’après-midi pas comme les autres, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre des barreaux, se sont dit au revoir…

Agnès MICHEL