De nouveaux « pavés » pour la Cathédrale
En ce soir du jeudi 23 avril 2026, nombreux étaient les curieux et les passionnés à pousser les portes du grand auditoire du Séminaire de Tournai. La raison ? Une conférence organisée « à l’aube de la restauration du dallage de la Cathédrale ».
C’était en 2019 : les travaux de restauration du transept et des cinq tours étaient achevés et provisoirement « réceptionnés » en présence des autorités et de Mgr Harpigny. Depuis, les travaux s’étaient faits très discrets et, aux yeux du profane, semblaient être au point mort. Ce dont les auditeurs de cette conférence exceptionnelle ont été bien détrompés !
À l’aube d’une nouvelle phase importante du chantier de restauration, les intervenants rassemblés par les Amis de la Cathédrale ont à la fois décrit les travaux à venir mais aussi fait le point sur les travaux et recherches effectués ces dernières années. Il fut en effet question de l’histoire et de l’archéologie du dallage de la cathédrale mais aussi des restaurations en cours et des projets à venir. Enfin, les auditeurs ont pu découvrir la pierre de Tournai qui servira à remplacer les dalles endommagées et sa méthode d’extraction.
David Lavaux, député provincial, a introduit la conférence : « La réfection du dallage de la cathédrale de Tournai n’est pas un simple chantier. Elle s’inscrit dans une démarche plus large de préservation, de transmission et de mise en valeur d’un patrimoine exceptionnel au cœur de notre identité locale et régionale. Dans les compétences qui sont les miennes, notamment en matière de culte et aussi en qualité de propriétaire de la cathédrale, celle-ci nous occupe naturellement une place toute particulière. »
3 matériaux, 3 espaces, 3 finitions
Le premier à ouvrir le bal était Laurent Deléhouzée, archéologue à l’AWAP. Il a révélé à ses auditeurs l’histoire du sol de la Cathédrale et son évolution au fil des siècles. Le carrelage actuel, de style classique en noir et blanc, a été posé autour de 1789, pillé durant les troubles révolutionnaires puis reposé lors du Concordat de Napoléon 1er.
Sa composition est différente selon que le visiteur se trouve dans la nef, dans le déambulatoire ou dans le chœur. La couleur blanche est en effet de plus en plus présente et un tapis, aujourd’hui sous protection, surmonte les dalles du chœur. « C’est normal, ces espaces n’ont pas la même dignité religieuse, et il y a donc une gradation dans la mise en forme. Et c’est normal, c’est ainsi qu’a fonctionné l’Ancien Régime. »

M. Deléhouzée a aussi mis en lien l’architecture et la liturgie. Ainsi, à l’époque médiévale, la croisée des transepts était le lieu « où tout se passait » : les stalles des chanoines et l’autel principal notamment. Le maître-autel, lui, était dans le chœur même. « Il faut distinguer le chœur liturgique et le chœur architectural », explique-t-il. Trois marches étaient également présentes pour diviser les différentes parties du bâtiment, selon l’ordre liturgique. Ces niveaux se distinguent encore en observant la base des piliers où l’observateur attentif peut découvrir une élévation successive. L’archéologie permet ainsi de voir à quel point l’évolution de la liturgie a marqué l’architecture de la Cathédrale.
Concernant les travaux à venir, il a été précisé qu’une réfection à l’identique était prévue, mais avec quelques aménagements, notamment au niveau des piliers.
Un chantier en deux phases
Pour évoquer le « pourquoi » des travaux et en expliquer le déroulement, la parole a été donnée à François Baton, architecte de la Province de Hainaut en charge de la cathédrale. Pourquoi ces travaux ? « Parce que le dallage est dans un état lamentable », lance-t-il. « Il n’y a pas de dalles récupérables ».
Trois questions se posaient pour la réalisation de ces travaux : l’origine de la pierre, l’aménagement liturgique et le traitement des fouilles. La première question a trouvé sa réponse : la pierre proviendra d’une carrière de Tournai. La seconde est en cours d’étude par la Fabrique d’église. Quant à la troisième, elle a également été résolue : « Ce qui est prévu, c’est un nettoyage, un scan 3D, du sable aspirable avec des parties en verre cellulaire pour le poids, pour que ce soit plus léger. Au-dessus, on met une dalle de béton et un dallage continu homogène pour toute la partie de la nef. L’idée, plus tard, est de pouvoir toujours aspirer ce stade et rendre accessibles les fouilles. »
Afin de garder le bâtiment accessible au culte, les travaux seront réalisés en deux phases. Après avoir protégé ce qui restera en place (portes, jubé, éléments du patrimoine), le chantier débutera par le transept. Dans un deuxième temps, le dallage sera remplacé dans la nef.
Des travaux d’envergure
Depuis plusieurs décennies, l’entreprise Monument Hainaut restaure ce sanctuaire. Et si d’aucuns pensaient que les restaurations étaient à l’arrêt, l’exposé de Ghislain Claerbout, administrateur de ladite entreprise, les en a bien détrompés. Des travaux d’entretien y ont en effet lieu régulièrement. Bien nécessaires, car les réparations provisoires datent tout de même de l’an 2000…
Parmi les dernières grandes tâches réalisées, il y eut la séparation physique entre le chœur et le transept, par l’installation d’une magnifique bâche en trompe-l’œil. Et bien sûr la dépose des vitraux du chœur. Pour ce dernier travail, 5000 m2 d’échafaudages ont dû être installés. Il a aussi fallu aménager dans la tour Saint-Jean une zone de stockage, avec des armoires adaptées. Aucun vitrail ne quittera ainsi la cathédrale et les analyses préliminaires s’y dérouleront avant restauration.
Cette nouvelle phase des travaux s’annonce également importante : outre les 2000 m2 de dallage à remplacer, il leur faudra aussi s’adapter à la technicité nécessaire pour le remblayage des fouilles. Sans oublier l’installation d’éclairages et de câbles électriques.
Une pierre locale et artisanale
Pour en savoir plus sur la pierre bleue qui sera utilisée lors de ces restaurations, Vincent Van Overbeke, responsable des Opérations Aggregats chez Heidelberg Materials Benelux, ingénieur civil des Mines et administrateur de Pierres et Marbre de Wallonie a pris la parole. C’est en effet l’entreprise Heidelberg Materials Benelux qui exploite la carrière de la Roquette d’où sera extraite la pierre nécessaire à la réalisation des dalles.

Après avoir décrit la composition du sol et de la pierre de Tournai, M. Van Overbeke a décrit les différentes méthodes d’extraction de la pierre ornementale. À l’étonnement des auditeurs, l’extraction des blocs nécessaires pour le dallage de la cathédrale sera réalisée « à l’ancienne », dans une carrière récemment réouverte et exploitée uniquement trois mois par an. Environ 70 blocs en sont extraits chaque année, soit 200 m3.
« Ce qu’il faut retenir, c’est que la carrière de La Roquette est la dernière et unique carrière de pierre de Tournai. C’est une production artisanale de blocs et le seul but de son exploitation est la préservation du patrimoine », a expliqué l’intervenant. Une carrière qui est également très riche en biodiversité et qui peut fournir ce type de pierre pendant encore 200 ans.
Ces blocs seront vendus à Monument Hainaut, qui s’occupera de la découpe des blocs et de la réalisation des dalles.
Un héritage à transmettre
Après un temps de questions-réponses, c’était à Benjamin Brotcorne, échevin des Travaux de la Ville de Tournai, de délivrer le mot de la fin. Ravi devant le nombre de défenseurs du patrimoine présents dans la salle, il a conclu : « Toutes ces personnes, dans la variété de leurs compétences, de leurs qualités, nous rappellent que la cathédrale, c’est à la fois un formidable monument patrimonial, C’est aussi un lieu de culte, un lieu sacré, et c’est un lieu vivant qu’il nous appartient de préserver, car nous ne sommes que de passage et il nous revient de transmettre ce formidable joyau à nos enfants. »
Marie Lebailly
Informations pratiques
Début des travaux : 4 mai 2026
Durée estimée : 20 mois (fin prévue le 4 janvier 2028)
Montant des travaux : 1 985 283, 77 € HTVA





















