Accompagner et espérer, au-delà de la souffrance

Accompagner et espérer, au-delà de la souffrance

Physique, mentale, spirituelle… la souffrance s’invite parfois dans nos vies, sous une forme ou une autre. On essaie de l’éviter, de la nier, on n’aime pas trop en parler. Pour les aumôniers et visiteurs, en hôpital ou en maison de repos, comment témoigner de l’espérance au cœur-même de la souffrance?

«Se mettre en chemin»: c’est le thème que le Vicariat pour le Développement humain intégral avait choisi comme fil rouge de cette année pastorale 2025-2026. Après s’être mis dans les pas de Marie pour une première session de formation en novembre, l’équipe du DHI nous avait invités à «redessiner les cartes du monde» en février, pour rêver d’une société parfaite. «Dès que le premier petit pas est fait, qu’on le fasse seul ou ensemble, on se met en route», souligne Anne De Smedt, responsable de l’écologie intégrale et de la solidarité pour le diocèse de Tournai.

Le sujet placé au centre de la soirée du 26 mai 2026 était un peu plus lourd: la souffrance. Y a-t-il une lumière à espérer à travers elle? Comment l’affronter, comment l’écouter, comment la dépasser? Malgré une chaleur digne d’une journée de plein été, ils étaient plus de soixante venus de presque tout le diocèse à avoir rejoint la maison diocésaine de Mesvin pour réfléchir sur cette question autour de Marie-Thérèse Hautier, bibliste, ancienne aumônière aux Cliniques universitaires Saint-Luc, et aujourd’hui encore bénévole en soins palliatifs à Saint-Luc et Saint-Jean, à Bruxelles.

Une espérance ancrée

L’intervenante l’annonce d’emblée, elle n’a pas l’intention de faire un grand exposé théorique et articulé, mais plutôt de livrer son expérience d’accompagnement à petites touches, tout en impressionnisme. «Accompagner, c’est être ‘avec’ celui ou celle avec qui je partage le pain; on peut partager un pain qui est bon mais aussi parfois un pain de misère», reconnaît Marie-Thérèse Hautier.

À de nombreuses reprises, la théologienne s’appuie sur les textes bibliques. Comme à la lettre aux Hébreux, qui lui tient à cœur. «C’est un écrit un peu mystérieux, qui contient des perles. Qui nous dit que ‘Dieu s’est engagé de façon irrévocable’, que cette espérance, ‘nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme’. Espérer dans une vie après la mort, est-ce que cela alimente l’espérance dans le quotidien?»

Personne ne «mérite» ça…

Engagée bénévolement dans des unités de soins palliatifs, Marie-Thérèse Hautier sait à quel point l’imaginaire collectif est fort autour de ces lieux souvent synonymes de phase extrême, de dernière étape de la vie, où certains malades «crèvent de mal»: «Mais c’est aussi un lieu existentiel et essentiel, on peut encore y vivre bien des choses. Il n’y a plus besoin de paraître, on n’a plus rien à faire de la superficialité, il faut saisir le temps qui est donné. C’est un lieu qui nous confronte à la finitude, à notre propre mort mais où il y a de la vitalité et d’espérance, malgré tout.»

Venir passer une soirée à évoquer la souffrance, c’est courageux, estime l’intervenante, qui remercie l’assemblée d’être là. «On n’aime pas la souffrance, mais il faut bien en parler parce qu’elle est là. Mais il faut sortir de tout ce qui moralisme et culpabilité, ne pas penser que ‘le Bon Dieu me punit’, qu’on a mérité la souffrance.» Évidemment, certains comportements et habitudes augmentent les risques de déclencher telle ou telle maladie, mais jamais elle ne doit être envisagée comme un châtiment.

La Bible, réservoir inépuisable

Pour Marie-Thérèse Hautier, si l’on veut parler de joie et d’espérance à des personnes durement touchées dans leur corps, il faut d’abord accepter d’écouter la souffrance de celui ou celle qui nous fait face. «La souffrance nous confronte à une réalité qui dérange, déroute, désorganise, on cherche une porte de sortie. Dire ‘ça va aller’ peut être inaudible. On veut vite réconforter parce que cela nous fait peur, on peut avoir un réflexe de fuite. Parfois il n’y a rien à dire, on peut juste être là.»

Et si l’on veut parler, comment «mettre des mots sur la souffrance»? Pour l’oratrice, les psaumes constituent un véritable réservoir de mots et d’images dans lequel puiser. Ils sont écrits au départ des victimes, de ceux qui souffrent, pas des conquérants. Ils nous invitent à lire nos vies et celle des autres. Avec l’espoir d’être entendu, parce qu’en face du psalmiste se trouve un Autre qui écoute. Ces prières sont habitées par l’espérance indéracinable que le mal ne sera pas le dernier mot de l’histoire et ouvrent sur la solidarité. Marie-Thérèse Hautier s’arrêtera aussi sur le livre de Job et sur le symbole de la croix, comme la petite croix en bois de noisetier et en laine confectionnée par un membre de l’équipe du DHI et remise à chaque participant en début de soirée.

Au cours de ses visites aux malades, aux fragiles, aux souffrants, la théologienne n’apporte pas de solutions, ne «sauve» pas. Mais essaie de voir et de laisser des traces et des signes d’espérance. Après avoir cité Kierkegaard ou Adolphe Gesché, elle termine avec Paul Claudel: «Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est même pas venu l’expliquer, il est venu la remplir de sa présence.»

Agnès MICHEL

Références utilisées par Marie-Thérèse Hautier lors de son intervention

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