Pélerinage diocésain à Lourdes – Homélie de la messe de clôture (Vendredi 17 juillet 2026)
Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger.
En méditant sur cette parole de l’Evangile, je pensais à la procession eucharistique dans la Basilique Saint Pie X que j’ai présidée il y a deux jours. Les gens me demandaient si l’ostensoir n’était pas trop lourd. Trop lourd, non, en soi, il n’est pas trop lourd, mais ce qui fait la lourdeur de l’ostensoir, c’est qu’il faut le porter pendant un certain temps. S’il fallait le porter pendant une heure, il s’avérerait effectivement fort lourd.
N’en est-il pas de même dans nos vies avec la maladie et les souffrances qui sont les nôtres ? C’est le temps qui nous pèse. D’où notre étonnement lorsque le Seigneur nous dit que son joug est facile à porter et son fardeau léger. Nous aurions envie de lui dire : peut-être pour toi, mais certainement pas pour moi. Et pourtant la Parole de Dieu nous est donnée pour être accueillie, mais c’est une écoute qui nous est demandée. X
Ce qui est dur dans la maladie et la souffrance, c’est qu’elle nous fait nous refermer sur nous-mêmes. Notre maladie ou celle de nos frères et sœurs que nous portons, prend de plus en plus de place, au point que notre horizon se rétrécit. Avant, j’étais libre, aujourd’hui, je me sens prisonnier d’une condition physique qui mobilise toutes mes forces. La maladie devient comme un bruit terrible dans ma tête, celui de mes angoisses et de mes préoccupations, bien légitimes d’ailleurs. C’est vrai que le joug est bien lourd.
Et l’étonnement c’est que Jésus nous demande de prendre SON joug, comme si le sien ne nous suffisait pas. C’est pourtant le chemin qui nous est proposé à Lourdes et que nous expérimentons durant ces jours passés ensemble.
Dans les hospitalités en particulier, les malades sont invités à partager de grandes chambres à 4 ou 5, durant les sorties, il faut être patient pour que tout le monde arrive, avec les jours qui passent, la fatigue s’accumule. Et pourtant, le poids de la souffrance personnelle nous semble bien plus léger, parce que nous ne sommes pas seuls à vivre nos épreuves.
Hier, je priais avec des jeunes à l’hospitalité, et une jeune disait cette parole ou une parole semblable : « Seigneur, prends pitié de tous les lourds secrets qui nous habitent et qui sont ignorés des autres. » Cette phrase m’avait émue parce qu’elle nous habite tous, nous sommes tous convaincus que le poids de nos souffrances ne peut pas être porté par quelqu’un d’autre. Mais nous faisons l’expérience qu’ici à Lourdes, nos frères et sœurs sont prêts à porter notre fardeau, tout au moins à l’alléger un peu.
Mais Jésus nous dit : est-ce que tu veux bien que nous portions nos fardeaux ensemble ? Voilà la bonne nouvelle, lorsque Jésus nous demande de porter ses fardeaux, qui sont bien lourds, il s’engage lui-même à porter les nôtres. Et Dieu sait si le fardeau de Jésus continue d’être pesant ; c’est celui de nos propres résistances, de notre manque de confiance et de paix, c’est celui de vouloir tout vivre à notre manière, nos joies et nos souffrances, sans y inviter Dieu, c’est celui de nos manques de charité et de compassion pour nos frères et sœurs, c’est celui enfin d’un monde qui peine à se convertir et à reconnaitre Dieu pour ce qu’Il est, le chemin, la vérité et la vie.
Frères et sœurs, nous sommes en mission, et je le dis très humblement, chaque jour, le Seigneur nous demande si nous voulons prendre notre Croix et la Sienne, ensemble, et si nous lui répondons oui, nous sentirons d’abord un vrai soulagement de ce qui nous pèse, mais ensuite, en continuant de porter notre croix et celle du Christ, nous retrouverons le poids de la Croix et celle-ci s’accentuera mais elle prendra de plus en plus de sens, nous serons heureux d’être invités à participer à la croix du Christ, à le soulager de sa souffrance, nous marcherons ensemble, épuisés mais heureux, il y aura des moments de pause, de soulagement, de rires, et puis le Seigneur nous fera un petit signe, allons, il est temps de reprendre le chemin, de porter cette croix ensemble, parce que ce n’est qu’ainsi que toi et moi, nous sauverons le monde.
Amen.

















