Dilexi te: une exhortation à nous mettre en marche aujourd’hui
Une nouvelle fois, le diocèse de Tournai, Entraide & Fraternité, Action Vivre Ensemble et Caritas Hainaut ont décidé de travailler main dans la main pour nous bousculer et nous interpeler. Sur la place que nous donnons réellement aux pauvres, dans l’Église et dans notre vie.
Cinq mois à peine après avoir été élu pape, Léon XIV publiait en octobre 2025 sa première exhortation apostolique, Dilexi te («Je t’ai aimé»). Un document reposant en grande partie sur des notes laissées par son prédécesseur, François, qui souhaitait écrire un texte sur la place des pauvres. Léon XIV, heureux de faire sien ce projet bien entamé, a ainsi tenu à souligner dès le début de son pontificat le lien profond entre l’amour du Christ et la proximité avec les pauvres.
C’est donc sur cette «option préférentielle pour les pauvres» de l’Église que le Vicariat du Développement humain intégral, les abbés Étienne Mayence et Michel Pattyn, Entraide & Fraternité, Action Vivre Ensemble et Caritas Hainaut ont invité Jean-Claude Brau à nous faire réfléchir le temps d’une après-midi de formation, le 6 octobre 2026 à la maison diocésaine de Mesvin. Bibliste et ancien coordinateur du Centre de formation Cardijn, ce prêtre engagé au plus près des réalités sociales est aussi un fervent défenseur d’une théologie construite à partir des expériences vécues qu’il appelle avec humour «la théologie par les pieds».
Tourner les chrétiens vers un agir
En préambule, l’orateur a voulu rappeler la différence entre une encyclique et une exhortation apostolique. «Une exhortation apostolique insiste plus sur l’engagement, l’invitation à agir. Dilexi te n’est pas là d’abord pour nous apprendre des choses ou spéculer mais vise à nous mettre à l’œuvre, à tourner les chrétiens vers un agir.» Jean-Claude Brau se réjouit d’ailleurs du titre de cette session de formation: «Dans l’édition française de Dilexi te, le sous-titre est ‘Exhortation apostolique autour des pauvres’. Le Vicariat du DHI a intitulé la rencontre ‘Les pauvres interpellent l’Église’, cela veut dire que vous allez un pas plus loin et vous soutenez le pape dans son propos. L’idée est que les pauvres ‘savent’ et que nous allons nous asseoir pour les écouter.»
Quand on reçoit le texte d’un pape, ce texte n’arrive pas sur un sol vierge, note le conférencier du jour. «Nous avons chacun des attentes et des réponses sur ce qu’un pape devrait dire ou pas, taire, faire, aurait dû faire…» Alors comment les chrétiens reçoivent-ils cette exhortation, quand l’Évangile a parfois des paroles d’une clarté et d’une dureté choquantes auxquelles on a pris l’habitude de résister? «Dire que ce qui compte comme sens final de la vie est ce que nous aurons fait pour les malades, les prisonniers, les étrangers est une parole très forte. Dire que les puissants seront renversés et les humbles élevés (…) sont des paroles qui nous brûlent la langue et les mains. Ce trésor qui nous a été confié, que nous portons de siècle en siècle, le pape en a fait une exhortation apostolique forte.»
Le Messie des pauvres et pour les pauvres
Il y a dans Dilexi te une véritable insistance de Léon XIV pour dire que Dieu choisit les pauvres. «C’est dans son fils fragile et humilié que Dieu se présente à nous, c’est ainsi qu’a inauguré un règne de justice, de fraternité et de solidarité. (…) Un règne qui commence par le bas, où les plus faibles et les plus humbles ont leur place.» Pour le bibliste, Jésus –dans sa fragilité– est la continuation du peuple dans l’Ancien Testament. En errance permanente, Jésus est le Messie des pauvres et pour les pauvres.
Hier comme aujourd’hui, l’Église est invitée au même choix. Le pape se montre lucide sur les réalités actuelles, qui pourraient être désespérantes. Pour résister, agir, Léon XIV «fait appel à l’équipe et reprend dans l’histoire les figures qui ont été porteuses d’espérance pour leur peuple», de Moïse aux Pères de l’Église, en passant par la femme anonyme qui parfume les pieds de Jésus et le bon Samaritain. Ces figures restent dans la culture mondiale un repère sur ce que peut apporter la foi chrétienne si on écoute vraiment la parole des pauvres. «Dans Dilexi te, le pape rappelle la notion de développement humain intégral qui tenait tellement à cœur de François. Et il règle aussi ses comptes avec la théorie du mérite, tellement en vogue actuellement. La méritocratie n’est pas une façon de mesurer la dignité de nos frères et sœurs humains!»
Léon XIV reprend également dans sa première exhortation un point qui avait été souligné par le pape Paul VI: «Dire des pauvres qu’ils le sont parce que c’est de leur faute, qu’ils en sont responsables, n’est pas digne de nous. Nous devons reconnaître quand ce que nous produisons comme façon de vivre ensemble devient un système qui produit l’injustice; il faut s’en prendre aux causes de l’injustice et pas seulement aux conséquences.»
À la suite du pape Léon, Jean-Luc Brau ne nous laisse pas d’échappatoire: «La dignité de toute personne humaine doit être respectée maintenant, nous ne pouvons pas nous enfermer dans l’indifférence. Il y va de la dignité des pauvres et de la nôtre.»
Agnès MICHEL
- La conférence des évêques a émis le souhait que des «soirées-rencontres inspirantes» soient organisées durant la période de l’Avent dans les doyennés des diocèses de Belgique autour de l’exhortation apostolique du pape Léon. Une brochure Dilexi te est notamment disponible sur le site d’Action Vivre Ensemble.




























