Vie consacrée : la richesse des jeunes chrétiens
Entre l’entrée en catéchuménat et l’entrée en religion, quelles analogies peut-on retirer ? Quel est l’apport des jeunes dans l’Église et pour la Vie consacrée ? Autour de Mgr Rossignol, des religieux et religieuses du diocèse de Tournai se sont penchés sur la question.
Depuis 2023, date de leur dernière rencontre annuelle, les membres de la Vie consacrée n’avaient pas encore eu la possibilité de se retrouver en un lieu du diocèse. Ce 17 octobre 2026, au Séminaire de Tournai, ils se sont à nouveau réunis pour une journée d’échanges et de réflexion.
L’importance de la formation continue
Devant l’auditoire installé dans la salle Saint François d’Assise du Séminaire, notre évêque, qui est aussi président du Vicariat de la vie consacrée et référent francophone au sein de la Conférence épiscopale, les a invités à s’interroger sur les catéchumènes et sur ce qu’ils apportent au sein de l’Église mais aussi ce qu’ils pourraient apporter à la vie consacrée.
Il a aussi rappelé l’importance de la formation continue, au travers des rencontres mais aussi d’ouvrages, de conférences voire de sessions de formation plus poussées. En direct, en ligne ou via podcast, il existe de nombreux moyens de se former sur de nombreux sujets.
L’apport des catéchumènes
Dans une Église qui accueille chaque année de nouveaux baptisés, la question du lien entre ce phénomène qui prend de l’ampleur et les vocations au sein de la vie consacrée semblait un thème important à aborder. Même si, comme Mgr Rossignol l’a souligné en souriant, il faudra un peu de patience avant de voir de nouvelles vocations naître parmi ces néophytes.
À partir du livre d’Antoine Pasquier, Enquête sur ces jeunes qui veulent devenir chrétiens, paru le 12 septembre 2025 aux éditions Mame, notre évêque a fait des parallèles entre l’entrée dans la vie chrétienne et l’entrée dans la vie religieuse. Il a remarqué que les catéchumènes sont à la fois « vierges de connaissances mais aussi de préjugés ». S’ils n’ont pas les connaissances de ceux qui ont baigné dans la culture chrétienne, ils n’ont souvent pas les préjugés des générations précédentes. De plus, en posant des questions, ils nous poussent à nous interroger à notre tour et à rechercher des réponses. L’importance de l’accueil de ces nouveaux venus au sein de nos communautés a également été abordée.

Une société technologique
À la suite de Mgr Rossignol, quatre témoins ont pris la parole. Deux questions leur avaient été posées en amont : « Jeunes de mon temps, qu’est-ce que j’apporte de ma génération à l’Église d’aujourd’hui pour qu’elle soit plus ajustée à la société d’aujourd’hui, pour lui annoncer l’Évangile ? » et « Jeunes de mon temps, qu’est-ce que je laisse de ma génération pour m’ajuster davantage à ce que l’Église attend de moi ? »
Les deux premiers, Sarah et Thomas, ont reçu récemment les sacrements de l’Initiation chrétienne. Baptisée en 2025, Sarah est aujourd’hui catéchiste au sein de sa paroisse. Elle a posé un constat : « Ma génération et les suivantes vivent dans une société qui vit une révolution majeure, celle des technologies. Autour de leurs écrans, les gens sont à la fois très connectés et très isolés ».
Si les algorithmes réduisent le champ de vision des utilisateurs à des contenus similaires, la confrontation d’idées de personnes venues de différents horizons et les échanges qui s’ensuivent peuvent parfois être positifs.
Elle a aussi constaté une évolution : l’éducation religieuse d’aujourd’hui n’est plus aussi poussée que celle d’hier. Les générations actuelles ne connaissent plus très bien le message de l’Évangile mais sont avides de le comprendre. Ils sont dans une quête de vérité.
« Dans un monde où l’on nous pousse davantage à acheter, consommer, accélérer, penser à soi, penser plutôt aux autres par manque de temps, beaucoup se rendent compte qu’une fois l’envie assouvie par tout notre quotidien, finalement, on en ressort insatisfait. On a une grande précarité spirituelle, émotionnelle, relationnelle. Et c’est dans la foi que, finalement, on trouve du sens à la vie, une stabilité et une permanence dans l’impermanence de ce monde. »
Se laisser porter
Thomas, de son côté, a révélé avoir la même impression : les personnes de son âge veulent comprendre. « La simple transmission d’une pratique parce qu’elle a toujours existé ne leur suffit plus. Elles cherchent à comprendre pourquoi cette pratique existe, ce qu’elle signifie et ce qu’elle dit de leur foi ». Il l’admet cependant, cette recherche de vérité a ses limites, car elle ôte aussi une part de mystère aux rites.

C’est une sorte de paradoxe : les personnes cherchent des réponses pour donner du sens aux choses, mais en même temps elles doivent accepter de ne pas tout comprendre. Elles doivent apprendre qu’elles ne peuvent pas tout maîtriser, à faire confiance à l’autre.
Lui qui a l’impression de « se laisser porter » par sa communauté, y trouve un certain réconfort : « Je pense que cette volonté de comprendre est une richesse. Elle nous pousse à chercher, à questionner, à ne pas faire les choses uniquement parce qu’on nous a dit de les faire. Mais il faut parfois admettre de se laisser aider, de se laisser porter, et même peut-être de se laisser guider par quelqu’un de plus grand que soi.
Que cela est difficile, que peu de fois nous y arrivons, mais qu’est-ce qu’on se sent bien lorsque finalement la réponse à notre appel résonne en nous. »
Des relations authentiques
Après ces deux néophytes, la parole a été donnée à deux jeunes religieux. Le père Rafael Mariano, barnabite, a été le premier à s’adresser à l’assemblée. Âgé de 41 ans et originaire du Brésil, il a reçu l’ordination presbytérale en 2017 et vit actuellement à Strépy. Son enfance s’est passée davantage dehors, à jouer dans les rues, qu’à l’intérieur devant un écran. Cette expérience de vie a profondément influencé sa vision du monde et sa relation aux autres.
« Je pense que ce que je peux apporter de spécifique en tant que membre de ma génération, la génération Y, c’est cette valorisation des relations humaines authentiques, dans une rencontre directe, les yeux dans les yeux, avec une véritable volonté d’écouter l’autre et d’apprendre et de le connaître. »
Ce que le père Rafael retient de sa génération, « c’est une tendance au pessimisme à l’égard des jeunes d’aujourd’hui mais aussi la nécessité de faire l’effort de comprendre que leur manière d’exprimer leur appartenance en groupe est différente de la mienne. »
Ce que j’apporte ? Moi !
La dernière intervenante de la matinée ne pouvait malheureusement pas être présente physiquement. Étudiante en médecine à Bordeaux, Sr Marie, religieuse de l’Assomption, préparait ses examens. Elle a donc envoyé un témoignage vidéo.
À la première des questions qui lui ont été posées, elle a répondu tout simplement : « Ce que j’apporte, c’est d’abord moi-même, tout simplement. » Elle amène avec elle un élan vers l’amour du Christ qui l’entraîne sur son chemin. Elle a également en elle « le désir d’une certaine exigence dans la vie quotidienne, dans la pauvreté, dans la simplicité, dans la vie de prière aussi, et dans le cadre de cette vie-là aussi, qui se confronte parfois aussi avec des adversaires d’âge différent qui ont besoin d’une souplesse différente. »

Un autre point qu’elle estime spécifique à sa génération : une attention particulière à l’écologie intégrale. Elle ressent un désir de prendre soin de cette terre et de prendre conscience de l’urgence de ce soin-là dans le monde aujourd’hui. Ce désir est partagé par de nombreuses personnes de sa génération, pas forcément chrétiennes.
Sr Marie estime se situer entre deux positions extrêmes rencontrées dans sa génération : des personnes aux idées radicales bien tranchées mais opposées. Elle a ainsi donné l’exemple du port du voile par les religieuses : certains sont choqués de voir des religieuses tête nue et d’autres de les voir voilées.
Une réflexion approfondie
Si la matinée a été consacrée aux témoignages, la suite de la journée a été davantage portée sur les échanges. D’abord autour de la table du repas puis en petits groupes lors des carrefours de l’après-midi. Lors de l’eucharistie célébrée dans l’église du Séminaire, Mgr Rossignol a annoncé à l’assemblée : « Ce matin, chacun a parlé avec son cœur et son expérience. Et comme on le fait dans l’Église, à chaque fois qu’on parle avec son cœur et son expérience, on s’enrichit toujours les uns les autres. »
À la fin de la journée, toutes et tous ont repris le chemin de leur congrégation, l’esprit nourri par ces échanges qui, s’ils ne porteront pas de fruits immédiats, auront au moins semé des graines de réflexion.
Marie Lebailly

Équipe du Vicariat de la Vie Consacrée (Diocèse de Tournai)






























