Pélerinage diocésain à Lourdes 2026 – Commentaire du thème de l’Annonciation (thème d’année 2026 du sanctuaire de Lourdes)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (1, 26-38)
En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.
Commentaire
En ce temps-là, le temps dans l’Histoire du peuple juif et pour nous les chrétiens, héritiers de la promesse faite au peuple élu, le temps est linéaire et sacré. Il n’en a pas toujours été ainsi pour les autres peuples et autres religions du monde. Pour certaines cultures, le temps est un éternel recommencement.
La conception d’un temps cyclique, perçu comme un éternel recommencement, est au cœur des grandes religions d’origine indienne et de plusieurs religions antiques ou traditionnelles, notamment dans les religions d’origine indienne (l’Hindouisme, le bouddhisme, le Jaïnisme) et dans les religions antiques et polythéistes, chez les Grecs et les Egyptiens, notamment.
Dans l’Ancien Testament, on retrouve ce thème de la circularité du temps dans le livre du Qohelet, qui dénonce une certaine absurdité de la vie : Qohélet 1, 8-10 : Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il est une chose dont on dise : « Vois ceci, c’est nouveau ! », cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. »
Mais dans l’Evangile, le temps n’est plus circulaire, il devient linéraire et orienté. Le fait qu’en ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu montre une Histoire qui fait sens, un avant et un après, un plan de Dieu qui va se déployer dans le temps, sans même que les protagonistes n’en soient vraiment déjà conscients. Dans nos vies, de grands évènements se produisent souvent par des circonstances qui au moment où elles se produisent, nous semblent tout à fait neutres. Pour Bernadette aussi, les évènements s’enchainent non par hasard, mais grâce à la Providence. C’est la providence qui fait revenir Bernadette chez elle, peu avant les apparitions pour se préparer à sa première communion.
dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, Au temps de Jésus, Nazareth était un tout petit village agricole et isolé. Les historiens et archéologues estiment que sa population n’excédait pas 200 à 400 habitants. L’étendue du village couvrait alors environ 2 à 4 hectares, blottie sur les hauteurs de la Basse-Galilée. Au temps des apparitions en 1858, Lourdes était une petite bourgade rurale et commerçante d’environ 4 000 habitants. Isolée au pied des Pyrénées, elle s’étendait modestement le long du Gave de Pau.
Il est intéressant de voir que l’annonce de la Bonne Nouvelle se fait et pour Marie et pour Bernadette dans un monde simple, pauvre et pieux. Simplicité de la vie familiale, pauvreté des gens (du temps de Jésus, les récoltes étaient maigres et les gens avaient souvent faim, et dans la famille de Bernadette, on est à la merci de l’eau du moulin lorsqu’on produit la farine et puis ils vivront dans la misère ensuite), piété évidemment comme terreau essentiel pour préparer la semence, sans bonne terre, la semence a de la peine à germer et à croitre.
à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, surprise totale du plan de Dieu… accordée en mariage, quelque chose de naturel et d’attendu. On ne sait pas comment Marie vivait cette attente, mais sans doute dans la confiance et peut-être un peu d’appréhension. La vie consacrée ne faisait pas partie du monde spirituel d’antan. Honorer Dieu passait par fonder une famille. Marie entre dans cette logique. Pour Bernadette, le parallèle est un peu moins fort. Elle est encore une enfant. Elle n’aura que 14 ans lorsque Marie lui apparait, mais les évènements douloureux de la famille ont déjà façonné son caractère. Elle a déjà des problèmes de santé depuis son enfance (crise d’asthme), la famille est déjà dans la misère.
appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. Joseph et Marie, les noms nous sont d’emblée donnés. Le plan de Dieu ne se fait pas au travers de personnes anonymes, mais au travers de gens bien concrets. Joseph appartient à la lignée de David, celle qui selon les prophéties doit engendrer le messie, mais bien malin serait celui qui imaginerait qu’un simple charpentier deviendrait le père adoptif du sauveur du monde.
L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » Le verbe est au présent. Le fait d’être comblée de grâce est à la fois une prophétie (Marie sera comblée de grâce puisqu’elle pourra porter en son sein le sauveur du monde, mais elle est aussi comblée de grâce dès maintenant parce qu’elle a toujours fait la volonté de Dieu. C’est d’ailleurs ce qu’elle dira à Bernadette : « Je suis l’immaculée conception », et c’est à la fois une grâce reçue dès sa conception et une grâce qui perdure toute sa vie. En cela Marie est aussi celle qu’on appelle « Temple de L’Esprit Saint ». Toute sa vie est orientée vers Dieu.
Mais si Marie est toute orientée vers Dieu, elle n’a pas pour autant la science infuse qui lui ferait deviner son destin de mère de Dieu. Elle reçoit une mission de la part de l’ange. Il y a là un appel qui est tellement fort, qu’il ne se limite pas à une intuition. C’est bien Dieu-même qui s’adresse directement à elle au travers de l’ange.
À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. Être bouleversée est le propre de celle/celui qui fait l’expérience de la présence divine.
L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. La mission est toujours une grâce, celle d’une plus grande proximité avec Dieu et celle d’un appel et pour soi et pour les autres. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils Marie engendre la vie. Celui qui suit sa vocation engendre toujours la vie autour de lui, d’une manière ou d’une autre. Marie prend soin de Dieu en Jésus. Bernadette aussi reçoit une mission qui deviendra féconde mais dont elle ne soupçonne pas encore la portée. Marie en recevant cette vocation de mère ne fait pas de plan sur celui qu’elle va engendrer. Son rôle est de d’être une mère aimante. Le reste ne lui appartient pas. ; tu lui donneras le nom de Jésus. Jésus veut dire, « Dieu sauve », mais comment Dieu sauve-t-il ? Marie en fait l’expérience dans sa vie, qui est toute centrée sur la confiance en la Providence. « Dieu pourvoira » pourrait être sa devise. Mais en même temps cette mission de Jésus de sauver l’humanité ne sera révélée que petit à petit. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Les paroles de l’ange sont exprimées dans un style très vétérotestamentaire. Elles ne correspondent pas à cette mission de Kénose qu’adoptera Jésus, y compris en vivant l’anonymat pendant 30 ans à Nazareth. La divinité du Christ, sa glorification n’aura lieu qu’à la résurrection. Sa mission restera une grâce à accueillir et non une puissance prophétique qui balaie tout sur son passage. Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » Le ton de Marie est très important. Zacharie avait aussi demander à l’ange : « Comment cela se fera-t-il puisque ni moi ni mon épouse ne sommes plus en mesure d’engendrer. Ici, la question ne surgit pas d’un doute mais d’une demande pour savoir de fait comment peut-on engendrer sans l’intervention d’un homme ? L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Cette parole révèle un des mystères les plus grands du christianisme, celui de la nature même du Christ, vrai Dieu et vrai homme, qui a été confirmée au concile de Nicée (4ème siècle), alors que deux tendances opposées s’affrontaient sur la condition du Christ : un homme extraordinaire mais qui n’est pas Dieu ou un Dieu qui ne prend que l’apparence humaine, sans l’être vraiment.
La mission se donne toujours selon ce double mystère de l’humanité et de la divinité qui sont inséparables l’une de l’autre. Dans nos vies également, nous ne devenons jamais des saints simplement en prenant distance des réalités terrestres, que du contraire. Tout l’effort qui nous est demandé est d’identifier dans nos vies concrètes, dans nos responsabilités, dans nos joies et nos difficultés où est la volonté de Dieu. Bernadette avait les pieds bien sur terre pour accomplir sa mission. Elle était enjouée, elle avait de la répartie et de l’humour. Elle n’était pas naïve par rapport aux gens qui l’entouraient. Elle connaissait bien le cœur humain.
Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Le « Oui » de Marie est lié à une multitude de oui du passé et du futur. Elisabeth a dû dire oui à sa maternité tardive. Le oui de Marie permettra en son temps à Bernadette de dire son propre oui. Il y a là à la fois une grâce extraordinaire pour nous aussi : à chaque fois que nous disons oui aux appels de Dieu, nous permettons à d’autres de trouver le chemin vers Dieu, tout comme Bernadette nous aide à dire oui nous aussi. Mais la responsabilité est grande, parce qu’à chaque fois que nous disons non, nous devenons aussi un obstacle au oui des autres.
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta. A l’obéissance de Marie succède le départ de l’ange. Le oui de Marie implique qu’elle continue son chemin dans la foi, sans sentir nécessairement la présence de Dieu à ses côtés à chaque instant. Marie devra prendre des décisions en âme et conscience, parfois dans la complexité des choses, sans savoir toujours quel chemin elle devra prendre. Il en fut de même pour Bernadette, il en est de même pour nous.

















