Enseignement: une journée pour respirer et s’inspirer
Pour la troisième année consécutive, les directions du fondamental du diocèse de Tournai ont été invitées à vivre une parenthèse de quelques heures, hors les murs des établissements scolaires. Se reposer, s’apaiser, déposer ses fardeaux avant de se remettre au service des enfants et des équipes pédagogiques.
Pour cette édition 2026, c’est à nouveau dans le magnifique bâtiment des anciennes écuries du parc d’Enghien que la Pastorale scolaire du fondamental a accueilli directrices et directeurs des écoles primaires catholiques du diocèse de Tournai. Cette «journée de respiration» se voulait un subtil mélange entre convivialité, inspiration, réflexion, échange ou encore balade ressourçante dans le vaste parc communal.
Pour se plonger dans l’atmosphère voulue par l’équipe organisatrice, la matinée a commencé par quelques minutes d’immersion en pleine nature: images de montagnes, de torrents impétueux, du ressac de la mer se sont mêlées aux notes d’une musique douce pour inciter l’assemblée à admirer la beauté de la Création: «Dieu nous invite à l’émerveillement». Mais aussi pour encourager les participants à prendre le temps: «À l’image de Dieu, vivons notre 7e jour» afin de contempler ce qui a été créé pendant la semaine.
Des mains tendues…
L’intervenant choisi cette année était Ilios Kotsou, docteur en psychologie, auteur de plusieurs ouvrages, mais aussi fondateur avec sa compagne de l’asbl Émergences, située à Etterbeek. «Son association œuvre à l’amélioration de la santé mentale et à la construction d’une société plus solidaire, en offrant à chacun et chacune des outils pour prendre soin de soi, des autres et du vivant», a souligné Françoise Prévost, responsable de la pastorale scolaire du fondamental dans le diocèse hennuyer. «La résistance naturelle face aux imprévus et aux contrariétés peut générer des tensions inutiles. (…) Le développement personnel lui-même nous abreuve d’injonctions au bonheur qui nous stressent. Comment, sans tomber dans les solutions toutes faites, cultiver un état intérieur serein et résilient?»
Très décontracté, l’orateur fait face à cette «classe» inhabituelle faite de directeurs et de directrices. Il va d’abord leur parler des attentes: «Les attentes c’est compliqué: plus on a d’attentes, plus on a de risques d’être déçu.» De la transmission, qui passe par des histoires. De sa propre histoire aussi, d’ailleurs: une enfance vécue au cœur d’une secte dans le sud de la France, avec son lot d’abus et d’emprise, des parents décédés trop tôt,…
Quatre clés pour lâcher prise
Et pourtant, Ilios dit être né sous une bonne étoile: «D’autres enfants qui étaient avec moi ont eu une vie très difficile, certains ne sont plus là, d’autres sont pleins d’addictions. Moi, je suis ici avec vous ce matin. Souvent, le développement personnel nous dit qu’on s’en sort parce qu’on est des gens formidables, grâce à notre propre force. C’est une vision très individualiste de l’être humain. Mais on s’en sort grâce aux mains tendues, aux autres. (…) Rien ne fonctionne si au moment où on en a besoin personne ne croit en nous.» Persuadé qu’on ne contrôle jamais seul sa vie, Ilios Kotsou insiste: on peut donc aussi, à certains moments, être la personne qui va tendre la main et changer la vie de quelqu’un.
Pour se libérer de nos prisons, on a besoin des autres. Mais qu’est-ce qui fait qu’on se libère? L’orateur identifie quatre clés qui nous sont offertes.
«La sagesse naît de l’étonnement»: apprentissage, curiosité, enthousiasme, émerveillement,… nous ouvrent à la créativité, à l’ouverture, à la résolution de problèmes. Parce que des esprits ouverts sont des esprits disponibles. «Si nos vies sont pleines, il n’y a pas d’espace pour construire quelque chose. Il faut retrouver l’esprit de l’enfance. (…) Porter notre attention à l’instant présent permet de garder la vie comme étant un cadeau, pas un dû.»
La capacité à changer de regard est également vitale, selon Ilios. «Si tu ne sais pas changer de regard, tu ne sauras pas résoudre de problèmes complexes, entrer en relation avec d’autres. Mettre les lunettes de quelqu’un d’autre nous ouvre le monde.» Pour changer de perspective, il suffit parfois de prendre de la hauteur, de se projeter, s’imaginer ce qu’on sera dans quelques années: «Cela permet de prendre conscience que ‘les choses passent’, qu’une difficulté va passer. Tout passe toujours sauf le changement.»
Un puzzle à reconstituer ensemble
Une autre clé, point commun dans toutes les traditions philosophiques, est d’apprendre à dire «oui». Oui à la vie et à ce qui nous arrive, puis utiliser l’énergie économisée pour faire autre chose. «On n’a de toute façon pas le choix de ce qui est au moment-même, mais on a le choix immédiatement après. On peut mettre son énergie à résoudre ce qui doit l’être plutôt que de passer son temps à s’indigner de ce qui existe, partir des choses comme elles sont plutôt que comme je voudrais qu’elles soient.»
Enfin, l’orateur a évoqué l’importance de la présence: «Rien ne fonctionne sans présence. S’il n’y a pas de présence, les choses se passent sans nous. Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à soi-même ou à quelqu’un est celui de la présence…»
Forts de ces quelques considérations et réflexions, par petits groupes, directeurs et directrices se sont élancés dans le parc d’Enghien, à la recherche de dix pièces d’un puzzle. À chaque pièce trouvée, un moment de détente, d’attention à ce qui les entouraient. Mais on ne se refait pas: la balade a surtout été l’occasion pour les participants d’échanger sur leur quotidien, leurs joies, leurs difficultés, leurs pratiques. Parce que le monde de l’enseignement, c’est avant tout un monde d’engagement et de passion. Qui a aussi besoin de soutien et de considération. Et ça, la Pastorale scolaire l’a bien compris!
Agnès MICHEL




















