Une journée avec Aiguillages pour (vraiment) se rencontrer

Avec Aiguillages pour (vraiment) se rencontrer

À la suite des pèlerins d’Emmaüs, plusieurs dizaines de résidents des institutions La Pommeraie et Les Huits Bonniers se sont retrouvés à la maison diocésaine de Mesvin. Ensemble, ils et elles ont creusé le thème de la «rencontre». Et ont pris le temps de se dire, avec beaucoup de sincérité et d’émotion.

La pastorale des personnes en situation de handicap du diocèse de Tournai organisait ce vendredi 10 avril 2026 une journée de ressourcement à l’intention des personnes avec un handicap mental. Si la plupart d’entre elles sont des habituées des activités proposées par le service Aiguillages, d’autres venaient à ce type de journée pour la première fois. Mais toutes ont fait le plein d’enthousiasme, d’échanges, de rires et de rencontres pendant ces quelques heures suspendues, hors du quotidien, dans le magnifique écrin de la maison de Mesvin.

Il faut dire que tant l’équipe organisatrice, permanents et bénévoles confondus, que les hôtes de la maison ou encore les éducateurs et éducatrices des deux institutions ayant répondu à l’appel se sont coupés en quatre pour faire de cette journée un moment d’accueil et de bienveillance. Avec la «rencontre» comme thème central, pouvait-il en être autrement?

La route est courte…

Ce matin-là, presque tous les participants sont arrivés avec un peu d’avance. Autour des tables garnies de café, de jus de fruits et de biscuits, on se salue, on s’embrasse, on se présente dans un joyeux brouhaha. À la vue de l’appareil photo qui crépite, certains sourient, prennent la pose. «J’aime bien les photos», répète Samuël à plusieurs reprises. «Et aussi les bracelets… et les bagues», ajoute-t-il en montrant ses poignets décorés d’ornements colorés.

Une fois rassemblés dans la grande salle du rez-de-chaussée, les participants écoutent attentivement Élisabeth, qui présente la journée et celles et ceux qui l’animeront. «Aujourd’hui, on va essayer de voir ce que veut dire ‘se rencontrer’.» Une chanson aux paroles évocatrices est lancée: la route est courte, ce serait dommage de se croiser sans se regarder, sans se rencontrer…

C’est alors qu’un saint Luc sorti tout droit du passé s’invite au milieu des résidents: il raconte l’histoire des pèlerins d’Emmaüs, qui croisent sans le reconnaître tout de suite le Christ sur leur route, lui parlent l’écoutent, le rencontrent…

À cœurs ouverts

En petits groupes, les participants s’égaillent dans les pièces de la grande maison. Ils discutent de la différence entre «se croiser» et «se rencontrer». «Parfois c’est difficile d’apprendre à se connaître, de se parler», dit l’un. «Mais ça peut faire plaisir», répond un autre. Chacun peut parler de ses centres d’intérêt, de ses activités préférées: le théâtre, le dessin, le travail à la ferme ou encore l’hippothérapie. Ils racontent leurs amitiés. Les moments d’épreuve et les mains tendues sur leur chemin. «J’étais très mal, mais les éducateurs et les autres résidents m’ont soutenue, m’ont aidée, je suis très heureuse de ça», explique Ludivine. «Moi j’ai aidé une amie qui a perdu ses parents, je lui ai fait des câlins; j’ai aussi été invitée à un anniversaire», se rappelle Anne-Sophie.

Des histoires d’amour illuminent les visages. Véronique vient de la région parisienne, cela n’a pas été facile de venir en Belgique et de s’éloigner de sa famille. Mais elle est heureuse car elle a rencontré David. «On est dans le cœur de l’autre, on est contents quand on se voit.» À côté d’elle, David sourit. Joël, lui, s’est marié avec Delphine il y a quelques années. Et il a aussi un ami, Laurent. Deux belles «rencontres» dans sa vie. Puis Domitille évoque longuement une chanson de Georges Brassens qu’elle écoutait beaucoup quand elle était enfant. Jeanne et son auberge ouverte à tous, «la dernière où l’on peut entrer sans frapper, où on vient n’importe quand, et comme par miracle, par enchantement, on fait partie de la famille». 

Sur des bouts de papier en forme de pas, on écrit quelques mots pour se souvenir de tout ce qui a été dit. La rencontre? C’est dépasser ses peurs, accueillir, demander pardon, ne pas s’arrêter aux apparences, le partage, la réciprocité…

Prendre le temps de s’écouter

Après un repas très animé et un détour par la terrasse ensoleillée de la maison le temps d’une ou deux photos de groupe, c’est au tour de Brigitte de venir témoigner. Brigitte est infirmière à domicile. Mais elle ne donne pas de médicaments, ne fait pas de piqûres, ne sauve pas toujours les gens. Elle les écoute. Elle écoute les peurs, la colère, la tristesse. Elle délie la parole, même pour parler de choses aussi difficiles que la mort.

Dans l’assemblée, certains veulent prendre la parole. Pas toujours facile de s’écouter jusqu’au bout, sans s’interrompre. Alors, Brigitte fait circuler une fleur qui devient «la fleur de la parole». On la prend, on se raconte, puis on la donne à quelqu’un d’autre. Des peurs s’expriment. Celle de devenir fou, de faire n’importe quoi. Des passés ressurgissent. Avec des relations familiales douloureuses, des liens perdus.  «On s’est fait un beau cadeau en s’écoutant les uns les autres», remercie Brigitte. «C’est ça, la rencontre.»  

En chemin vers la chapelle de la maison, un éducateur explique qu’il n’est pas facile, pour tous ces résidents, de rencontrer des gens en-dehors de leur famille et du monde de l’institution. «Et quand les parents ne sont plus là, c’est un double deuil. La perte des parents mais aussi parfois les liens plus compliqués à maintenir avec les frères et sœurs, qui ont leur vie, qui viennent moins souvent.»

Dans la chapelle magnifiquement décorée, tout le monde se retrouve pour un dernier moment de partage. Un «Notre Père» pendant lequel une grande chaîne de mains se forme. Puis, sur une longue bande de papier déroulée dans l’allée centrale, un à un, les «pas» décorés et pleins de petits mots sont collés et tracent un chemin. Un chemin de joie et de rencontre.

Agnès MICHEL

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