Magnifica humanitas : un texte à lire, à méditer et à appliquer

Magnifica humanitas : un texte à lire, à méditer et à appliquer

Pour les 135 ans de l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII, le pape Léon XIV publie sa première encyclique, Magnifica humanitas. Il s’agit d’une étape supplémentaire de la doctrine sociale de l’Église.

Au nom de la Conférence des Évêques de Belgique, Mgr. Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, nous livre une première réaction : « Le sous-titre est évocateur : « La protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». Le pape désire donc mettre en valeur la dimension humaine, par rapport à la dimension technologique. Il est conscient de l’opposition qui règne entre un monde tenté de construire une tour de Babel plutôt que la Jérusalem nouvelle. Il analyse la situation concrète des défis technologiques actuels, en particulier l’intelligence artificielle : celle-ci est une création passionnante, mais dangereuse. « Les intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, la responsabilité ». On ne peut pas tout confier aux algorithmes, ajoute le pape. De plus, le monde actuel a tendance à ériger une culture de la puissance, qui montre la guerre comme inévitable.

Face à cela, il faut construire, avec la grâce du Christ, « une civilisation de l’amour, qui adopte le regard des victimes comme critère de jugement et reconnaît dans la diplomatie et le dialogue les instruments ordinaires de la construction de la paix. Avec la paix, on ne perd rien ; avec la guerre, on perd tout ».

Un texte à lire, à méditer et à appliquer !

Trois universitaires ont également apporté leur éclairage sur le contenu de cette encyclique.

Le professeur Lode Lauwaert, professeur en philosophie de technique à la KU Leuven : “L’encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV est une contribution bienvenue au débat sociétal sur l’IA. Que l’on soit croyant ou non : l’Église exerce une autorité morale qui reste rarement sans écho, et il est bon qu’elle mette cette autorité en œuvre ici. Le message central — que l’IA doit être alignée sur l’humain, que la dignité humaine demeure la boussole — je le soutiens pleinement. Je dois cependant dire honnêtement : ce sont des principes quelque peu évidents. Ce qui est également remarquable, c’est ce qui manque : le texte se concentre fortement sur les risques et la protection, mais à peine sur les immenses avantages potentiels. Pensez à quelqu’un dans un village reculé en Inde sans accès à un médecin : l’IA peut fournir des conseils médicaux vitaux — certes imparfaits, mais mieux que rien ou que des conseils de personnes sans formation médicale. Un cadre moral plus complet reconnaît les deux aspects.”

Le professeur Dominique Lambert (professeur en philosophie des sciences, UNamur et UCLouvain), qui a mené, en collaboration avec le Vatican, des recherches sur les questions soulevées par l’IA dans le domaine militaire : “Sans nier le droit à la légitime défense, l’encyclique, à la suite du Pape François, insiste sur la nécessité de dépasser la théorie de la « guerre juste », qui a été trop souvent utilisée pour tenter de légitimer à tort certains conflits.

L’encyclique apporte des critères très importants et précis sur l’usage de l’IA dans le domaine militaire (§§197…). Refusant d’identifier le jugement moral à une procédure purement algorithmique, l’encyclique demande (1) une identification claire des responsables et des responsabilités (traçabilité des décisions, refus de procédures opaques), (2) de préserver un délai permettant le jugement moral pour ce qui est des décisions irréversibles et (3) d’assurer la protection des non-combattants (dans la logique du Droit international humanitaire).

L’encyclique insiste sur la nécessité d’un contrôle « effectif, conscient et responsable » des algorithmes par l’humain et cela se traduit par la nécessité de « désarmer l’IA » (§110) qui est une des originalités et une des expressions fortes de l’encyclique ! « Désarmer l’IA » signifie la soustraire à la logique de la compétition militaire et économique (et aussi des monopoles d’acteurs privés) en l’empêchant de la voir dominer l’humain dans une course à la performance algorithmique, géopolitique ou commerciale qui est une nouvelle forme de la course aux armements (§194). L’encyclique demande une régulation au niveau international en reconnaissant l’ONU comme une instrument essentiel et en valorisant la culture de la négociation (§221).”

Et enfin le professeur Stipe Odak (professeur d’éthique appliquée à la Faculté de théologie et d’étude des religions de l’UCLouvain) : ”L’encyclique Magnifica humanitas convoque deux figures bibliques — la tour de Babel et Jérusalem reconstruite — pour penser les enjeux du développement technologique. À ces deux images s’en ajoute une troisième, plus redoutable : la Babel post humaniste, qui n’ambitionne plus de dépasser les limites humaines, mais de s’en affranchir totalement en déléguant les projets humains à des successeurs augmentés. Cette tour ne s’élance plus vers les cieux ; elle prétend transformer l’immanent en transcendant. Pourtant, l’encyclique nous rappelle que la communication la plus parfaite ne produit pas nécessairement la communauté — c’est souvent l’inverse : la communauté engendre ses propres formes de communication. L’image de Jérusalem rebâtie par des bâtisseurs imparfaits l’illustre avec force : les limites humaines ne sont pas un obstacle, mais un fondement — « une œuvre qui a Dieu au centre et qui rétablit les liens avant même de poser les pierres » (MH 8).”

25/05/2026
Service de presse et d’information de la Conférence des Évêques de Belgique

Comprendre « Magnifica Humanitas », la première encyclique du pape Léon XIV, en 12 minutes de lecture [Cathobel]

Magnifica humanitas : «L’intelligence artificielle doit être désarmée» [Vatican News]

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